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Trump commence à nommer les membres d’un gouvernement d’ultra-droite

Par Patrick Martin
24 novembre 2016

Le président nouvellement élu Donald Trump a annoncé vendredi ses deux premiers choix pour la composition du gouvernement ainsi que le choix de son conseiller à la sécurité nationale. Ces trois nominations – le sénateur de l’Alabama Jeff Sessions comme ministre de la Justice, le général à la retraite Michael Flynn comme conseiller à la sécurité nationale et Mike Pompeo qui siège à la chambre des Représentants comme directeur de la CIA – soulignent le caractère d’ultra-droite, militariste et antidémocratique du nouveau gouvernement républicain.

Convaincu qu’il ne rencontrera aucune opposition politique importante, Trump fut encouragé, par la réaction du Parti démocrate à son élection, à avancer avec un programme extrêmement droitier. Au cours des dix jours qui ont suivi les élections, d’influents démocrates se sont manifestés pour lui souhaiter bonne chance en promettant de coopérer avec lui dans l’application des points clé de sa politique nationaliste.

Le choix par Trump de Stephen Bannon, l’ancien chef de la rédaction de Breitbart News, qui a des attaches avec des organisations fascisantes et nationalistes blanches, comme « stratège en chef » a en grande partie été ignoré par les démocrates et les médias. s’ils proviennent de l’establishment politique et militaire, les choix de Trump pour les membres de son gouvernement sont dans l’ensemble issus de ce milieu.

Trump a choisi comme ministre de la Justice, le poste qui supervise tant le FBI que la Civil Rights Division (section du ministère de la Justice qui s’assure du respect des droits fondamentaux), c’est une figure d’extrême-droite surtout connue parce que sa nomination au poste de juge fédéral avait été rejetée il y a 30 ans par un sénat contrôlé par les républicains en raison de ses propos racistes.

La principale qualification de Sessions pour être le plus haut responsable de l’application de la loi aux États-Unis est sa loyauté envers Trump dont le vaste empire commercial est embourbé dans des scandales et des litiges et qui font de son gouvernement une parfaite cible pour une enquête pour corruption et conflit d’intérêts.

Sessions fut le premier sénateur républicain à soutenir la campagne de Trump pour la présidence et le seul à proposer son appui avant que Trump s’assure effectivement la nomination républicaine.

Né en 1946 à Selma, Alabama, Sessions avait 18 ans à l’époque de la célèbre marche pour les droits civiques qui y fut organisée et menée par Martin Luther King Jr et John Lewis. Il fut diplômé en 1969 de l’université Huntingdon puis en 1973 de la faculté de droit de l’université d’Alabama pour rapidement rejoindre le bureau du procureur à Mobile. En 1981, Ronald Reagan le nomma procureur fédéral pour le district Sud de l’Alabama, un poste qu’il occupa pendant 12 ans.

Durant cette période, Sessions engagea dans une affaire restée célèbre des poursuites judiciaires type chasse aux sorcières contre trois vétérans du mouvement des droits civiques, Albert et Evelyn Turner ainsi que Spencer Pogue, en les accusant de fraude électorale en vertu de la loi sur le droit de vote (Voting Rights Act) et en raison de leurs efforts pour faire inscrire sur les listes électorales des électeurs ruraux noirs plus âgés. Les trois furent traduits en justice mais, un jury mixte noir et blanc les acquitta à l’unanimité de tous chefs d’accusation après seulement trois heures de délibération. Quatre mois après cette mascarade juridique, Reagan nomma Sessions pour occuper un poste vacant à la cour fédérale de district.

Quatre collègues de Sessions au ministère de la Justice ayant témoigné de propos racistes allant de références favorables au Ku Klux Klan jusqu’à appeler un procureur noir « boy » au cours d’une discussion de travail. Sessions a reconnu avoir qualifié à la fois l’organisation américaine de défense des droits civiques, la NAACP (association nationale pour la promotion des gens de couleur), et l’American Civil Liberties Union (Union américaine pour les libertés civiles), d’« antiaméricaines » et de « communistes ». Le tapage politique fut tel qu’une Commission des Affaires judiciaires du sénat contrôlée par les républicains refusa finalement de soumettre sa nomination à un vote du sénat.

Bien qu’un poste de juge lui ait été refusé, Sessions continua à exercer comme avocat en construisant sa carrière sur cette affaire qui devint une cause célèbre pour les racistes du Sud. Il brigua en 1994 le poste de ministre de la Justice de l’Alabama, qu’il obtint, puis en 1996 il fut candidat pour occuper un siège vacant au sénat américain, remportant d’abord les primaires républicaines puis les élections générales. Il fut réélu trois fois et, lors de sa dernière campagne en 2014, sans la moindre opposition, pas même d’un adversaire démocrate de façade.

Sessions fut l’une des figures les plus systématiquement réactionnaires du sénat américain, notamment en ce qui concerne l’immigration. Il a déclaré à la publication Roll Call que « nativiste » était une description parfaitement acceptable de ses vues. Son opposition pure et dure à la fois à l’immigration légale et illégale constituerait apparemment la base de son enthousiasme précoce pour la campagne de Trump.

Tout dernièrement, il a critiqué la décision du directeur du FBI James Comey comme quoi Hillary Clinton n’avait commis aucun crime en utilisant un serveur privé alors qu’elle occupait le poste de secrétaire d’État. En qualité de ministre de la Justice, Sessions serait son supérieur immédiat et pourrait lui demander de rouvrir l’enquête Clinton ou de désigner un procureur spécial comme l’avait suggéré Trump.

S’il était confirmé à ce poste, Sessions serait le premier ministre républicain de la Justice du « Grand Sud » depuis que les ségrégationnistes sudistes ont rallié en masse le Parti républicain après les réformes des droits civiques des années 1960.

En la personne du lieutenant-général Michael Flynn, Trump a attribué à un ancien officier du renseignement militaire la coordination de la politique étrangère et militaire, signe clair qu’un gouvernement Trump lancera des attaques militaires encore plus brutales même que celles engagées par son prédécesseur démocrate.

Démocrate encarté issu d’une famille de la classe moyenne de Rhode Island, Flynn avait rejoint l’armée après s’être inscrit au programme ROTC, (Corps de formation des officiers de réserves, Reserve Officer Trainig Corps), sans être passé par l’Académie militaire de West Point, en vue d’une spécialisation dans le renseignement militaire. Pendant ces 15 dernières années, il fut tout particulièrement lié aux campagnes d’assassinat menées par les forces spéciales en Irak et en Afghanistan.

En 2014, Flynn était entrée en conflit avec le gouvernement Obama et fut remercié par le directeur du Renseignement national (DI) américain, James Clapper, pour son insistance à présenter le conflit avec al Al-Qaïda et plus tard avec l’ÉI comme une guerre contre les musulmans. Selon des articles de presse, son obsession le conduisit à accepter ce que ses subalternes ont appelé des « faits Flynn », des affirmations n’ayant aucun rapport avec la réalité mais renforçant le concept que les États-Unis étaient engagés dans une « guerre mondiale » contre les militants islamistes.

Tout comme pour Sessions, la principale qualification de Flynn est sa loyauté inconditionnelle envers Trump. Il s’était engagé très tôt comme conseiller en matière de sécurité nationale en appuyant Trump dans une campagne où la quasi-totalité de l’appareil militaire et de renseignement, y compris la plupart des spécialistes républicains dans ce domaine, soutenaient Hillary Clinton.

Il a manifesté depuis une obsession grandissante pour le conflit avec l’islam en affirmant que la charia, l’ensemble des coutumes islamiques, était en train de se répandre partout aux États-Unis et que le gouvernement Obama n’avait pas réussi à lutter contre l’extension de l’ÉI parce qu’il refusait d’employer le terme de « terrorisme islamique radical » pour caractériser cette menace.

Selon un compte rendu de presse, Flynn s’était présenté l’été dernier devant un groupe d’extrême-droite au Texas en déclarant, « Je ne considère pas l’islam comme une religion. Je le considère comme une idéologie politique ». Il poursuivit en arguant que l’islam « se masque comme une religion mondiale, surtout en Occident et surtout aux États-Unis […] C’est parce qu’il peut se cacher et se protéger derrière ce que nous appelons la liberté de religion ».

Flynn a appuyé les déclarations de Trump en faveur de la torture, dont le simulacre de noyade (waterboarding) en disant dans un entretien qu’il « préconisait de laisser jusqu’à la toute dernière minute le plus grand nombre possible d’options sur la table ». Il a lancé une vive diatribe tristement célèbre contre Clinton et Obama lors du congrès national des Républicains durant lequel les délégués commencèrent à scander « Emprisonnez-la. Emprisonnez-la. » Flynn entonna lui aussi le slogan.

Trump a choisi comme directeur de la CIA un républicain, Mike Pompeo, représentant du Kansas à la Chambre des représentants et membre du Congrès trois fois élu de Wichita, où se trouve aussi le siège de la société Koch Industries des frères multimillionnaires Koch avec lesquels il entretient des liens étroits.

Diplômé de West Point, Pompeo a servi de 1986 à 1991 dans une unité blindée mais n’a pas été envoyé outre-mer. Après avoir quitté l’armée, il monta une fabrique de pièces pour le secteur aéronautique dans le Sud de la Californie qui sera finalement relocalisée à Wichita, au Kansas qui est un centre de la construction d’avions légers. C’est là que Pompeo débuta en 2010 sa carrière politique en se présentant à la succession d’un républicain en exercice qui avait démissionné pour être candidat au Sénat.

Sa première campagne qui se distingua par le fait qu’il provoqua son concurrent démocrate, Raj Goyle, né aux États-Unis mais fils de médecins indiens immigrés, par des panneaux d’affichage disant, « Votez américain, Votez Pompeo. » Ses partisans initièrent des attaques calomnieuses contre Goyle en l »appelant l’« enturbanné » et le décrivant comme non-chrétien, dans une région qui est depuis longtemps un haut lieu d’activités religieuses de la droite centré sur des attaques visant les médecins pratiquant l’avortement.

Pompeo avait soutenu le sénateur Marco Rubio lors des primaires républicaines en ne s’engageant pour Trump qu’après le retrait de Rubio. Contrairement à Sessions et à Flynn, son lien politique avec le nouveau gouvernement est le vice-président élu Mike Pence et non Trump lui-même. Pompeo et Pence ont siégé ensemble au congrès de 2010 à 2014 et ont développé une relation politique dans le cadre du groupe le plus conservateur de la majorité républicaine de la Chambre.

Tout au long des six ans qu’il a passés à la Chambre, Pompeo a prôné une politique des plus militaristes et antidémocratiques, en défendant la massive collection de données illégales rassemblées par l’Agence nationale de la sécurité après qu’elle eut été dévoilée par Edward Snowden. Pompeo est membre de la Commission permanente du congrès (House Intelligence Committee qui surveille les activités des agences de renseignement américaines) et il fut également choisi pour participer à la Commission d’enquête du Congrès sur Benghazi mise en place par la direction républicaine de la Chambre dans le but de saper la campagne électorale de Hillary Clinton.

Après les attentats à la bombe de Boston en 2013, Pompeo accusa les dirigeants religieux musulmans d’encourager de telles attaques. Il dénonça farouchement l’accord sur le nucléaire conclu entre l’Iran et six autres nations en affirmant que le gouvernement Obama avait capitulé devant le « plus grand État commanditaire du terrorisme du monde ». La veille de sa nomination à la tête de la CIA, il s’est servi de Twitter pour proclamer sa détermination de mettre fin à l’accord signé avec Téhéran.

(Article original paru le 19 novembre 2016)