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Des comités de la base pour unir les travailleurs aux États-Unis et au Canada!

Votez «non» à l’entente entre Unifor et FCA!

Par Carl Bronski
14 octobre 2016

L’Autoworker Newsletter du WSWS demande aux travailleurs de Fiat-Chrysler au Canada de rejeter la misérable entente de capitulation annoncée durant la nuit de lundi et de former des comités de la base dans les usines afin de mobiliser les travailleurs de l’automobile au nord et au sud de la frontière contre les attaques, appuyées par les syndicats, contre les salaires, les emplois et les retraites.

Unifor a annoncé que le vote sur la nouvelle convention collective commencera la semaine prochaine et le syndicat utilise tous les moyens pour faire imposer l’entente malgré la vaste opposition parmi les travailleurs de l’automobile.

L’entente chez Fiat-Chrysler est inspirée du «contrat modèle» passé de justesse chez General Motors plus tôt ce mois-ci. Les travailleurs de GM ont accepté l’entente par la plus faible majorité dans l’histoire du syndicat (64 pour cent). Chez Fiat-Chrysler, il y a une vaste opposition alimentée par un nombre croissant de nouvelles embauches sous le système de salaires à deux paliers et de travailleurs expérimentés qui ont enduré un gel salarial pendant dix ans.

Les travailleurs de FCA ont été témoins des manœuvres de la bureaucratie syndicale la semaine dernière. Le président d’Unifor, Jerry Dias, a d’abord annoncé de façon dramatique que la direction de FCA refusait le «contrat modèle» parce que les clauses concernant les nouvelles embauches étaient «trop généreuses». Après, il a accentué ses exagérations en annulant plusieurs conférences de presse et des rencontres d’urgence en petit groupe afin de montrer que l’équipe de négociation «négociait ferme».

Dino Chiodo, le président du comité principal de négociation d’Unifor auprès de FCA, avait peine à contenir son enthousiasme devant l’entente. «C’est une très bonne entente», a-t-il dit à CBC News. «C’est probablement le meilleur accord économique que j’ai vu dans toutes les ententes avec Chrysler auxquelles j’ai participé.»

Quelle fraude monumentale! Les travailleurs d’expérience vont recevoir une maigre hausse salariale de deux pour cent après la ratification de l’entente, pour ensuite encaisser un autre gel salarial de deux ans suivi d’une autre hausse de deux pour cent en 2019. La hausse de 4 pour cent sur la durée de la convention collective équivaut à une baisse réelle de salaire même lorsque le taux d’inflation historiquement bas, qui oscille entre 1,2 et 1,8 pour cent, est pris en compte. Les indexations trimestrielles des salaires seront encore suspendues jusqu’en 2020. Une somme imposable de 6000 $ sera payée en versement partiel jusqu’en 2019. Il y a aussi un bonus à la signature de 6000 $. Comme d’habitude, il n’y a pratiquement rien pour les retraités.

Les nouvelles embauches débuteront à un taux horaire légèrement amélioré – 43 cents l’heure dans la première année – et atteindront le plein salaire après 10 ans. La période de «progression» de 10 ans institutionnalise le système salarial à deux paliers sans le nommer. Vu que la convention collective proposée est seulement sur 4 ans, il n’y a rien pour empêcher les patrons de l’automobile de se débarrasser des hausses progressives en 2020. En fait, la durée de la période de «progression» a elle-même augmenté constamment dans les trois dernières conventions collectives, de deux à six ans et, en 2012, jusqu’à 10 ans.

De plus, dans le cadre d’une attaque majeure qui renverse des droits acquis par les travailleurs dans des luttes intenses, toutes les nouvelles embauches n’auront pas droit aux derniers vestiges d’un régime de retraite à prestations déterminées et seront réduites au système inférieur et instable de retraites à cotisations déterminées. Ces travailleurs vont maintenant cotiser 4 pour cent de leur salaire à leur retraite. Avec trois systèmes de retraite en fonction dans la convention collective – prestations déterminées, hybride et maintenant cotisations déterminées – Unifor a en fait introduit trois paliers d’employés.

Le soi-disant «engagement de protection des emplois» que Dias a vanté lundi ne vaut rien. Après tout, Ford a investi 250 millions de dollars dans un nouvel atelier de peinture à Saint-Thomas seulement quelques années avant que l’usine ferme. La modernisation à Etobicoke ne va pas sauver 150-200 emplois dont la suppression est prévue, car FCA est en train de mettre progressivement fin à la production de petites voitures en Amérique du Nord. Les travailleurs qui seront mis à pied là-bas auront des «opportunités d’emploi» bien incertaines à Brampton.

Tout comme le «contrat modèle» chez GM, les travailleurs de FCA ne recevront pas une copie de la nouvelle convention avant la ratification. Plutôt, ils recevront un bref document sur les «points forts» rédigé par le syndicat. Rien de ce qu’Unifor dit ne peut être prix au sérieux. L’intention de Dias et du reste des bureaucrates qui dirigent l’organisation est de dissimuler et d’édulcorer la vraie nature de l’entente et de la faire accepter par les travailleurs avant même qu’ils n’aient eu le temps d’étudier les centaines de pages de contenu et ses vraies implications. Unifor espère que cela va paver la voie à l’imposition d’une autre entente pourrie chez Ford plus tard ce mois-ci.

Il y a une large opposition parmi les travailleurs à cette entente. Une lutte doit être menée, mais aucune lutte n’est possible tant et aussi longtemps qu’elle demeure dans les limites d’Unifor. Le WSWS appelle les travailleurs de Fiat-Chrysler à former immédiatement des comités de la base dans les usines pour organiser l’opposition. Les travailleurs doivent demander le droit de lire et d’étudier l’entente au complet avant le vote de ratification.

Tout comme l'United Auto Workers aux États-Unis, qui a imposé des contrats de concessions l’année dernière par une combinaison de menaces, d’intimidation et de fraude, Unifor n’est pas une organisation de la classe ouvrière, mais un outil de la direction des entreprises et de l’État. Elle est alignée politiquement avec le Parti libéral, un parti de la grande entreprise qui est voué à intensifier les attaques contre les travailleurs de l’automobile et toute la classe ouvrière. Les libéraux ont fait l’éloge de l’entente chez GM, promettant de donner des subventions à la compagnie ainsi que d’autres incitatifs pour faire augmenter les profits de la compagnie.

La lutte contre les concessions requiert une nouvelle perspective politique: une qui rejette la perspective nationaliste et propatronale et qui est basée sur un programme socialiste et internationaliste pour unir tous les travailleurs de l’automobile, au Canada, aux États-Unis, au Mexique et partout dans le monde, dans une lutte commune.

(Article paru d'abord en anglais le 12 octobre 2016)