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Le scandale Trump : les élections américaines touchent les bas fonds

Par Patrick Martin
11 octobre 2016

L’état général dégradé de la politique américaine a atteint un niveau encore plus bas ce week-end suite à la diffusion de la vidéo montrant le candidat républicain Donald Trump se vantant de sa capacité à utiliser sa position de richesse et de célébrité pour agresser les femmes en toute impunité.

Des dizaines de responsables républicains et de candidats ont annoncé qu’ils ne voteront pas pour Trump ou ont appelé à son remplacement en tant que candidat, une impossibilité pratique compte tenu de la large distribution des bulletins de vote pour le vote anticipé, des absents ou par la poste. Les démocrates ont sauté sur l’occasion pour dénoncer Trump. Les commentateurs des médias, qui ne manquent jamais d’applaudir chaque guerre lancée par l’armée américaine, ont exprimé leur indignation horrifiée envers le traitement des femmes par Trump.

Quant aux commentaires de Trump, il n’y a rien eu qui puisse surprendre ou choquer tout observateur sérieux de la décadence effroyable de la culture politique du Parti républicain et du système capitaliste bipartite dans son ensemble. La personnalité de Trump incarne l’état arriéré de la classe dirigeante américaine, un produit des liens sordides entre le marché immobilier de New York City, les casinos d’Atlantic City et Las Vegas, et l’industrie du divertissement.

Plus significatifs que les commentaires eux-mêmes sont les usages auxquels ils servent. Il est clair qu’une partie importante de la classe dirigeante a décidé que la présidence de Trump ne peut être acceptée. Le scandale est un mécanisme de lutte qui dissimule toute discussion sur le caractère extrêmement réactionnaire de la campagne de Clinton. Les démocrates préfèrent combattre Trump au niveau le plus vil, la politique de la pornographie.

Les scandales sexuels sont devenus un mécanisme standard utilisé par la classe dirigeante américaine pour régler ses conflits sans alerter la grande masse de la population sur les véritables enjeux. De telles méthodes ont longtemps été une caractéristique de la politique américaine : le directeur du FBI J. Edgar Hoover maintenait notoirement des dossiers complets de tels scandales personnels dans son bureau, pour les utiliser dans le chantage des membres du Congrès, des représentants de l’exécutif et des présidents.

Il y a peu de doute que la vidéo de l’émission Access Hollywood de NBC a été trouvée et mise de côté pour une utilisation à un moment où elle ferait le maximum de dégâts, seulement 30 jours avant l’élection. Il y a aussi peu de doute que si cette salve particulière échoue à couler pour de bon la campagne de Trump, d’autres torpilles sont prêtes.

Les vraies questions ont émergé dans une certaine mesure dans le débat de dimanche soir. Derrière la médisance et les injures, le programme de Clinton a été exprimé dans la discussion limitée sur la politique étrangère, au cours de laquelle elle a dénoncé à plusieurs reprises « l’agression russe » et a appelé à une escalade militaire majeure en Syrie.

Répondant à une question sur une fuite de WikiLeaks qui comprenait des extraits de ses discours aux banques de Wall Street, y compris celui où elle a dit qu’il était nécessaire d’avoir une position « publique » et une position « privée » sur les questions politiques, Clinton a rapidement déplacé le débat vers une attaque contre la Russie, en affirmant que le pays cherchait à influencer les élections en faveur du Trump. « Notre communauté du renseignement vient de dire au cours des derniers jours que le Kremlin, ce qui signifie Poutine et le gouvernement russe, dirige les attaques [à savoir, l’exposition des e-mails DNC], le piratage des comptes américains pour influencer notre élection. Et WikiLeaks fait partie de cela ».

Clinton a ensuite ajouté qu’elle soutient une zone d’exclusion aérienne en Syrie, ce qui, aux dires du président des chefs d’état-major Joseph Dunford le mois dernier, signifierait la guerre avec la Russie, afin de mettre la « pression ». « La Russie a décidé que tout va se jouer en Syrie », a déclaré Clinton. « Et ils ont également décidé qui ils veulent voir devenir président des États-Unis, aussi, et ce n’est pas moi. J’ai tenu tête à la Russie. Je me suis opposée à Poutine et d’autres, et je le ferais en tant que présidente ».

C’est ce que la classe dirigeante américaine prévoit, et même met déjà en œuvre. Clinton n’a pas été interrogée par les modérateurs de débat Anderson Cooper ou Martha Raddatz sur combien de personnes elle était prête à sacrifier dans la poursuite de cette politique.

Les médias américains expriment de la consternation sur les prédations sexuelles de Trump, mais n’ont pas bronché sur les appétits d’un prédateur impérialiste qui menace la vie de milliers, voire des millions de gens. Il n’y a eu aucune fureur médiatique équivalente sur l’interview télévisée de Clinton où elle s’est amusée sur l’assassinat du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, déclarant : « Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort ».

Quant à l’issue du débat, il est évident que cela ne s’est pas passé comme Clinton et les démocrates l’avaient espéré. Alors qu’ils cherchent à capitaliser sur l’hostilité envers Trump, les démocrates ont comme candidate une personne qui est profondément méprisée, pétrie de criminalité et de corruption. Clinton n’avait pas de réponse réelle à la démagogie d’extrême-droite de Trump, qui l’a dénoncée comme « menteuse », dont les paroles n’ont aucun rapport avec ses actions.

L’exposition de l’arriération de Trump est évidemment révélatrice, mais elle souligne le caractère illégitime et frauduleux du système bipartite et du processus électoral dans son ensemble. Le Parti démocrate, avec sa nomination d’une politicarde corrompue et belliciste, ne représente aucunement une alternative. Sur un pays de 325 millions de personnes, les deux candidats sont les plus détestés de l’histoire américaine moderne, et à juste titre.

L’installation d’Hillary Clinton à la Maison Blanche ne ferait que garantir que les politiques qui représentent le consensus de l’élite américaine, à savoir une politique étrangère plus agressive et interventionniste, dirigée surtout contre la Chine et la Russie, et, à l’intérieur, la suppression des droits démocratiques et du niveau de vie de la classe ouvrière, seront poursuivies par une représentante expérimentée et de confiance des grandes entreprises, plutôt que par un milliardaire erratique qui a bien réussi son but de pousser le système politique plus à droite et d’encourager le développement de l’extrême-droite et des forces fascistes.

(Article paru en anglais le 10 octobre 2016)