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Unifor empêche une grève des travailleurs canadiens de l'automobile contre Fiat-Chrysler

Par Roger Jordan
13 octobre 2016

Le président d'Unifor Jerry Dias s'est adressé aux médias lundi juste avant minuit pour annoncer que son syndicat (anciennement connu sous le nom des Travailleurs canadiens de l'automobile – TCA) a conclu un accord de concessions pourri avec Fiat-Chrysler (FCA) sur le modèle du contrat de 4 ans dont il a forcé l'adoption par ses membres il y a deux semaines chez General Motors du Canada face à leur opposition généralisée.

La tentative de Dias de dépeindre l'accord comme une grande victoire pour les travailleurs de la société FCA est absurde. L'accord maintient le système à deux vitesses détesté dans lequel il faut une dizaine d'années aux «nouveaux employés» pour progresser au salaire normal et n'accorde aux travailleurs qui n'ont pas vu une seule augmentation de salaire en une décennie que des augmentations symboliques totalisant seulement 4 pour cent pour la durée du contrat.

Le syndicat se vante d'avoir obtenu l'engagement de FCA d'investir 325 millions $ pour moderniser l'atelier de peinture de son usine de Brampton. FCA n'a cependant pris aucun engagement à produire un nouveau modèle de véhicule à l'usine où aucun nouvel investissement n'a été fait depuis 2011. Dans leurs observations à l'Autoworkers Newsletter du WSWS, les travailleurs de FCA ont insisté sur le fait qu'en plus de la modernisation de l'atelier de peinture, l'engagement de produire de nouveaux véhicules à Brampton est nécessaire si on veut éviter de futures suppressions d'emplois.

Reconnaissant que l'avenir de l'usine de Brampton est loin d'être assuré, Dias a dit qu'Unifor rencontrera des représentants des gouvernements fédéral et de l'Ontario dans un avenir proche pour les presser à aider FCA et les deux autres Trois Grands de l'automobile. Autrement dit, le syndicat fera pression pour que plus de fonds publics soient mis à la disposition des géants de l'automobile afin d'améliorer leurs bilans financiers par le biais de subventions et de concessions fiscales, tandis que les services publics sont coupés parce qu'il manque supposément d'argent et que les travailleurs sont confrontés à plus de concessions.

Le caractère propatronal de l'accord a été précisé par Dias, qui s'est vanté qu'il «fera de Fiat-Chrysler une entreprise très rentable». Il a également salué explicitement l'intervention du PDG de FCA, Sergio Marchionne, qui l'a rencontré samedi avec son équipe de négociation à Toronto.

«J'ai apprécié son franc-parler», a déclaré Dias, sans jamais expliciter sur ce que le patron de l'automobile lui a dit. On peut être certain cependant qu'il a répété les menaces précédentes que les coûts de main-d'œuvre au Canada devaient être réduits pour que le constructeur automobile investisse au Canada.

Dias a déclaré que l'entente de principe était une grande victoire pour les nouveaux employés, dont 1700 travailleurs embauchés par FCA au cours de l'année écoulée. Quelle fraude! Les modestes augmentations de salaire qu'auront les nouveaux employés suivront à peine le rythme de l'inflation et seront un avantage énorme pour FCA alors que les travailleurs âgés prendront leur retraite.

Du point de vue de FCA, la baisse de la valeur du dollar canadien qui a chuté de près d'un quart au cours des cinq dernières années assure également de grandes économies.

De plus, comme chez GM, tous les nouveaux employés seront placés sur un plan de retraite à contributions déterminées, ce qui signifie qu'ils n'ont donc pas de pension garantie à leur retraite et que les avantages qu'ils recevront ou non seront entièrement tributaires des aléas du marché boursier.

Dias a concédé que des emplois seront perdus à l'usine de coulage d'Etobicoke, mais a affirmé que les 150 à 200 travailleurs qui perdront leur emploi pourront être mutés à l'usine d'assemblage de Brampton… dans des conditions où aucun nouveau produit n'a été garanti pour Brampton après 2019. Il propage également l'espoir que FCA investira dans l'usine d'Etobicoke. Le syndicat soutient que pour le moment, le constructeur automobile a accepté de procéder à une modernisation de sa machinerie de 6,5 millions $.

Plus tôt dans la journée, Dias a rassuré les patrons de l'automobile de sa détermination à imposer une autre entente de concessions pour éviter une grève, déclarant au Detroit News, «Je suis très confiant que nous allons arriver à un accord ce soir.»

Les travailleurs doivent voter contre cet accord lors des réunions de ratification prévues par Unifor pour la fin de la semaine. Comme chez GM, Unifor va présenter aux travailleurs de Fiat-Chrysler les supposés «points forts» et les inciter à voter en faveur d'un accord qu'ils ne verront jamais intégralement. Un «non» décisif peut servir de point de départ pour organiser une véritable contre-offensive contre les concessions imposées vague après vague par les syndicats en collusion avec les patrons de l'automobile.

Les travailleurs doivent exiger d'avoir au moins deux semaines pour étudier tout accord dans son intégralité et créer des comités des travailleurs de la base dans les usines pour discuter et débattre de ses dispositions. Ces comités doivent prendre le contrôle de la lutte qui est entre les mains des bureaucrates d'Unifor et lancer une contre-offensive contre toute concession en alliance avec les travailleurs de l'automobile de chez GM et de Ford au Canada, mais aussi des États-Unis et d'ailleurs dans le monde.

Rien de ce qui est dit à propos de cet accord présumé par Dias et les autres bureaucrates syndicaux ne peut être pris sérieusement. Chez GM, Unifor a conclu un «accord de principe» à la dernière minute pour contrecarrer une grève et en a forcé l'adoption à ses membres en prétendant frauduleusement que les garanties d'investissement avaient été sécurisées. En vérité, comme il est devenu clair depuis, ces garanties ne sont rien de plus qu'un engagement de transférer tout trop-plein de production des usines américaines vers Oshawa, et même cela dépend de l'argent du gouvernement dont aucune somme n'a été finalisée.

Selon le syndicat, FCA rechignait encore lundi soir à propos du contrat «modèle» de concessions conclu chez GM, la considérant comme «trop coûteuse». Selon des articles du Windsor Star, FCA exerçait des pressions pour une utilisation accrue des travailleurs temporaires dans ses usines. Comme on pouvait s'y attendre, Dias n'a fait aucune mention de cela lors de sa conférence de presse accordée à minuit.

De façon significative, Dias a indiqué plus tôt lundi qu'il serait prêt à «peaufiner» lui-même le soi-disant «contrat modèle» pour satisfaire la gestion si elle aidait à obtenir «l'investissement». Le président d'Unifor a dit qu'il était moins préoccupé par l'aspect «économique» d'une entente que par les engagements d'investissement à Brampton et Etobicoke.

Le programme réactionnaire d'Unifor est basé sur la politique nationaliste poursuivie par le syndicat depuis sa scission d'avec les United Auto Workers (UAW) des États-Unis en 1985. Depuis lors, les bureaucrates syndicaux tant de l'UAW que des Travailleurs canadiens de l'automobile/Unifor ont intimidé les travailleurs à accepter une vague de concessions après l'autre, montant les travailleurs de l'automobile canadiens contre leurs homologues américains dans une course vers le bas. Le résultat a été une baisse constante des niveaux de vie des travailleurs de l'automobile des deux côtés de la frontière et des profits records pour les Trois Grands de l'automobile.

Une campagne massive d'intimidation et de chantage va maintenant être lancée contre les travailleurs de Fiat-Chrysler. Dias et la bureaucratie d'Unifor cherchent à justifier leur capitulation devant la direction au nom de la «solidarité», et ils vont maintenant exiger que les travailleurs de FCA fassent preuve de «solidarité» avec leurs homologues de chez GM en ratifiant l'accord. Alors que lors des décennies précédentes ce terme était perçu par les travailleurs de l'automobile et la classe ouvrière dans son ensemble comme la nécessité de l'unité dans la lutte pour améliorer leurs conditions, les bureaucrates d'Unifor ont transformé le concept de solidarité en son contraire en exigeant que les travailleurs de FCA et de Ford acceptent l'accord pourri qu'ils ont fait avaler de force aux travailleurs de GM avec la menace de la fermeture de l'usine d'Oshawa.

La seule réponse viable pour les travailleurs de l'automobile de FCA, de GM et de Ford est de s'unir avec leurs frères et sœurs des États-Unis, du Mexique et de l'étranger pour monter une contre-offensive ouvrière contre toute concession et suppression d'emplois.

(Article paru d'abord en anglais le 11 octobre 2011)