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Élections régionales en Mecklembourg-Poméranie occidentale

La menace d’extrême-droite en Allemagne et le besoin d’un parti socialiste

Par Ulrich Rippert—candidat tête de liste du PSG aux élections au sénat Berlin
9 septembre 2016

Dimanche, lors des élections régionales en Mecklembourg-Poméranie occidentale, le parti d’extrême-droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) a obtenu plus d’un cinquième des votes. L’AfD est arrivé en seconde position derrière le Parti social-démocrate (SPD) en reléguant l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti de la chancelière Angela Merkel, à la troisième place dans le Land qui est situé dans le nord-ouest du pays et où se trouve la propre circonscription électorale de Merkel.

En termes de rendement économique par habitant, le Mecklembourg-Poméranie occidentale est le Land le plus pauvre d’Allemagne. C’est ici, bien plus nettement que dans n’importe quel autre des neuf Länder où l’AfD a décroché des sièges aux parlements régionaux, que le vote démontre ce qui donne de l’impulsion à ces incendiaires et à ces démagogues. Il s’agit de la colère populaire contre le chômage, la pauvreté et la politique d’austérité faite par les partis traditionnels, y compris le parti Die Linke (La Gauche), et de l’absence d’une alternative progressiste.

Bien que 11 000 réfugiés seulement vivent dans ce Land faiblement peuplé et que le taux d’étrangers n’y est que de 3 pour cent, tous les partis traditionnels ont rivalisé avec l’AfD pour tenir un discours xénophobe et alarmiste. Le candidat chef de file de la CDU, Lorenz Caffier, a fait campagne en faveur de l’interdiction de la burqa tandis que le ministre-président du Land, Erwin Sellering (SPD), a attaqué par la droite la politique d’accueil des réfugiés menée par le gouvernement fédéral.

Bien que, selon les sondages, le chômage a été le sujet le plus important pour 38 pour cent des électeurs, pas le moindre parti ne lui a prêté une quelconque attention. Aucun d’entre eux n’a été en mesure d’aborder les questions sociales pressantes qui concernent des centaines de milliers de personnes parce qu’ils sont tous responsables. Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, le SPD a siégé pendant 22 ans au gouvernement régional, la CDU pendant 18 ans et Die Linke pendant 8 ans.

Il est difficile de trouver un autre Land allemand où les travailleurs ont été traités aussi durement que dans cette région essentiellement rurale qui compte 1,6 millions d’habitants. Au cours de ces vingt-cinq dernières années depuis la réunification de l’Allemagne, les gens vivant dans la région qui s’étend entre la ville de Schwerin à l’ouest et la frontière polonaise à l’est n’ont pas cessé de subir la loi du mensonge et d’être abusés. Gouvernement après gouvernement, les coupes massives se sont succédé dans les dépenses sociales.

Mise à part une étroite bande côtière sur la Baltique où des subventions de l’UE ont contribué à relancer l’industrie du tourisme et où les habitants travaillent comme employés de maison ou comme saisonniers à bas salaire, le reste du Mecklembourg-Poméranie occidentale ressemble à un désert social. Depuis la réunification allemande, quelque 300 000 habitants ont quitté ce Land. Ce qui reste, ce sont des villages et des villes à la population vieillissante qui se meurent.

C’est parce qu’ils savent à quel point leur politique est détestée que les partis traditionnels se sont efforcés de canaliser l’opposition grandissante dans les canaux nationalistes et d’extrême-droite en apportant de l’eau au moulin de l’AfD. Cette organisation d’extrême-droite s’était présentée elle-même comme un parti anti-establishment tout en surfant sur la vague anti-migrants.

En fait, il existe une opposition de masse contre la montée de l’extrême-droite. Une preuve en est le clip anti-AfD « Seuls les veaux les plus bêtes choisissent leur propre boucher » que le groupe « Jennifer Rostock » avait mis en ligne sur Internet juste avant les élections. Les paroles sont, « Une religion en guise de cliché ennemi, le terrorisme d’extrême-droite et je ne sais quoi d’autre, tout sent sacrément comme en 1933 » (année où Hitler fut nommé chancelier). Le clip généra 13 millions de clics en à peine une semaine. C’est dix fois plus de clics que d’électeurs en Mecklembourg Poméranie occidentale.

Mais personne ne donne une voix et une perspective à cette opposition. Le rôle le plus vil est joué par Die Linke qui excelle dans l’art d’étouffer toute opposition sociale en appuyant chaque attaque perpétrée contre la classe ouvrière par un verbiage pseudo-gauche. Dimanche, Die Linke en a eu pour son compte. En perdant plus de cinq points, le parti a affiché la plus grosse perte de tous les partis. Avec 13 pour cent des votes, Die Linke a réalisé les pires résultats qu’il n’a jamais obtenus dans ce Land.

En tant que Parti socialiste unifié d’Allemagne (SED), l’ancien parti d’État d’Allemagne de l’Est qui fut transformé en Parti du socialisme démocratique (PDS), organisa la dissolution de l’ancienne Allemagne de l’Est en 1990 en promettant des réformes sociales. Lors des élections législatives régionales de 1998, il avait recueilli 25 pour cent des votes en faisant son entrée au gouvernement de Mecklembourg-Poméranie occidentale en tant que partenaire associé du SPD. L’ancien dirigeant du PDS et actuel dirigeant de Die Linke, Helmut Holter, devint ministre-président du Land et ministre du Travail.

Les résultats furent catastrophiques. Pas le moindre signe d’une amélioration sociale. Le ministre PDS a flatté les entrepreneurs et les hommes d’affaires en agissant de façon arrogante et résolue contre les travailleurs. À l’époque, dans aucun autre Land il n’y eut autant d’hôpitaux privatisés en dépit de l’opposition féroce des travailleurs. Holter a décrit la consolidation du budget d’État comme étant le plus grand succès de son gouvernement.

À la fin des huit années de règne du SPD et du PDS, le Mecklembourg-Poméranie occidentale disposait des plus bas salaires de tous les Länder allemands. Quarante et un pour cent des employés travaillaient sans convention collective, le taux le plus élevé d’Allemagne de l’Est. À ceci s’ajoutèrent, la corruption et le népotisme au sein des autorités contrôlées par Holter et contre lesquels la cour des comptes régionale souleva de sérieuses allégations.

Die Linke est responsable de la croissance de l’AfD à deux égards. D’abord, durant ses années au gouvernement, elle a créé la misère sociale qui pousse actuellement au désespoir de nombreuses familles ouvrières. Ensuite, la politique capitaliste d’extrême-droite qu’elle a poursuivie sous le couvert d’un discours de gauche a créé la frustration politique qui est mise à profit par les démagogues d’extrême-droite.

Seule l’intervention indépendante de la classe ouvrière dans les développements politiques peut empêcher toute croissance ultérieure de l’AfD. Pour cette raison, la classe ouvrière requiert un parti qui lie la lutte contre le capitalisme, la pauvreté et la déchéance à la lutte contre la guerre ; un parti qui mette en avant un programme socialiste et qui lutte pour une collaboration internationale et l’unification de tous les travailleurs.

Telle est le sens de la campagne électorale menée par le Partei für Soziale Gleichheit (PSG, Parti de l’Égalité sociale) lors des élections législative locales de Berlin. En tant que candidat tête de liste du PSG, j’invite instamment tous les lecteurs du WSWS qui sont inscrits comme électeurs à aller voter le 18 septembre à Berlin et donner votre voix au PSG. Lisez notre manifeste électoral, soutenez notre campagne électorale et adhérez au Parti de l’égalité sociale, la section allemande de la Quatrième Internationale (CIQI).

(Article original paru le 7 septembre 2016)