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Jeremy Corbyn réélu chef du Parti travailliste britannique

Par Chris Marsden
27 septembre 2016

Jeremy Corbyn était réélu chef du parti travailliste aujourd’hui, samedi 24 septembre, avec une plus grande majorité et un taux de participation plus élevé que lorsqu’il a été élu la première fois en septembre de l’année dernière.

Le résultat du vote, qui a été annoncé juste après 11h45 samedi lors de la conférence spéciale du Labour (Parti travailliste), était de 61,8 pour cent pour Corbyn contre seulement 38,2 pour cent pour son opposant Owen Smith. Corbyn a gagné dans toutes les catégories ; les membres, les sympathisants inscrits (qui ont payé £25 pour le faire) et les supporters affiliés par le biais de leurs syndicats. Plus d’un demi-million ont voté en raison du triplement du nombre d’adhérents au parti au cours des 12 derniers mois.

La victoire de Corbyn a été réalisée malgré une tentative de putsch dirigé par l’aile blairiste du parti, soutenu par la grande majorité des députés du parti et par toutes les chaînes de télévision en Grande-Bretagne et les principaux journaux, y compris le groupe de médias public BBC, et le journal nominalement libéral The Guardian. Face à la chasse aux sorcières, la purge des membres et les dénonciations calomnieuses de ses partisans comme des voyous, des antisémites, misogynes et « Trots », la compétition a démontré que les blairistes sont largement méprisé même par une majorité de leur propre parti, ce qui n’est qu’un pâle reflet de la façon dont ils sont perçus plus généralement. En revanche, l’objectif déclaré de Corbyn de s’opposer à l’austérité, au militarisme et à la guerre a galvanisé le soutien populaire, malgré son propre bilan de capitulations face à l’aile droite depuis la prise de ses fonctions.

Encore une fois, Corbyn a cherché à transformer une victoire en défaite, en s’abaissant devant ses adversaires au nom de l’unité du parti. Il a remercié Smith, avec qui il espérait continuer à collaborer, « Parce que nous faisons partie de la même famille travailliste – et cela va continuer comme ça ».

La famille du Labour doit se réunir, a-t-il insisté. « Parfois, dans les campagnes électorales, des choses sont dites que les gens regrettent ». Mais il y avait « beaucoup plus qui nous unit que ce qui nous divise. […] Faisons table rase, à partir d’aujourd’hui, et concentrons-nous sur le travail du parti que nous avons à faire ensemble ».

Pour mettre du sel sur la plaie, Corbyn a accepté sans objections les calomnies portées contre ses partisans pour le « crime » d’exprimer l’hostilité à l’aile droite, déclarant qu’il n’y aurait pas de tolérance pour les « insultes personnelles » ou l'« intimidation ».

Les principaux alliés de Corbyn se sont ralliés à la parole religieuse de l’unité.

La shadow secretary de la Santé Diane Abbott a dit : « Nous ne serons pas rancuniers contre qui conque pour des choses dites pendant la campagne […] Nous voulons que le parti soit uni ».

Celui chargé des Finance, John McDonnell, a déclaré à la BBC que les députés du Labour n’avaient rien à craindre et qu’il n’y a « pas de menace de retrait de leur investiture ». Interrogé sur la possibilité d’une invitation pour le retour dans le shadow cabinet de Hilary Benn, celui qui a dirigé la contestation qui a précipité la course à la direction du parti sur une plate-forme pro-guerre, pro-armes nucléaires, McDonnell a répondu oui : « Hilary est incroyablement talentueux. Nous avons travaillé ensemble depuis des années ».

Parlant au nom de Momentum, le groupe de sympathisants pro-Corbyn qui englobe les adhérents du Labour et les divers groupes pseudo-gauches en dehors du parti, l’organisateur national James Schneider a dit aux députés : « Venez nous parler. […] Nous ne menons pas de campagne pour vous destituer ».

L’engagement primordial de Corbyn envers l’unité prouve qu’il n’est pas un adversaire de la bureaucratie travailliste, mais sa dernière ligne de défense. Son rôle politique est le renouveau de l’image du Labour qui est devenu politiquement toxique en raison de son virage à droite vers des politiques ouvertement pro-patronales et pro-guerre. Son but est d’empêcher l’émergence d’une véritable lutte par les travailleurs et les jeunes qui conduirait inévitablement à une rupture avec le Labour.

Alors que l’ampleur de la défaite pour la droite du parti est devenue évidente cette semaine, ses représentants ont retiré leurs menaces antérieures de scinder le parti en deux, en déclarant leur intention de rester et se battre pour rétablir le Labour comme un instrument politique fiable de l’impérialisme britannique (lire en anglais : Blairite coup to continue despite UK Labour leadership vote outcome).

Progress, le principal groupe blairiste d’experts, a déclaré : « Aucun d’entre nous n’a pris part à cette compétition ni avec suffisamment d’idées, ni d’organisation et ni de partisans », mais « Ceci est notre parti et nous ne partons nulle part ».

Il a préconisé la création d’un groupement « gauche-lite » pour mobiliser les partisans de Smith parce que « c’est ce groupement qui arrête l’avance vers leurs véritable objectif [des partisans de Corbyn] : le contrôle de la machine du parti ».

Les intrigues continues de la droite reposent entièrement sur les efforts de Corbyn pour démobiliser le sentiment d’opposition qui l’a amené au pouvoir. Pour cette raison, le Guardian, qui a dirigé la campagne de propagande contre Corbyn, a écrit dans son éditorial que le Labour va maintenant être jugé avant tout par « la capacité de son dirigeant de rassembler le parti à nouveau, et non pas le faire éclater ».

Son chroniqueur Owen Jones a déclaré que, si « la fureur qui a découlé » de la chasse aux sorcières de la droite « peut se comprendre […] elle se révélera fatale si elle n’est pas maîtrisée ».

Il a averti que « la politique de gauche pourraient être intégrée dans une lutte contre « les 172'' » – une référence aux députés qui ont appuyé un vote de censure contre Corbyn.

En se référant à une récente séance de photos par Corbyn, Jones a conseillé : « Corbyn a posé à côté d’un olivier pour démontrer sa sincérité à tendre la main. Ce faisant, il donne l’exemple à ses disciples qui doivent sûrement en faire autant ».

Les principaux groupes de pseudo-gauches se sont tous porté garants pour Corbyn, tout en reprochant de la façon la plus douce sa capitulation « erronée » devant la droite.

Le Socialist Workers Party (Parti des travailleurs socialistes) a publié un communiqué de presse visant à renforcer la bonne foi politique de Corbyn et à prévenir la « pression massive » sur lui « à faire des compromis et apaiser l’aile droite ». « L’audace et une rupture avec « le train-train politique » ont assuré le soutien à Corbyn. Il ne doit pas céder, » a-t-il imploré.

Le Socialist Party (Parti socialiste en Grande–Bretagne) a déclaré que sa victoire est « une tête de pont contre les forces du capitalisme au sein du Parti travailliste » et « une autre étape pour la transformation du Labour » en un parti socialiste – à la seule condition que ses structures soient « démocratisées » afin qu’eux puissent en devenir membres.

Le SEP, Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste) est le seul à clairement expliquer aux travailleurs et aux jeunes les leçons centrales à tirer d’une année du mandat de Corbyn à son poste. La déclaration du SEP, qui a été distribuée à l’événement The World Transformed organisé par Momentum à Liverpool, a expliqué que l’objectif déclaré de Corbyn de « transformer le Parti travailliste en un véhicule pour une opposition de masse à l’austérité, au militarisme et à la guerre est une chimère. Alors qu’il peut continuer, pour l’instant au moins, à la tête du Labour, la droite continue à dominer sur toutes les questions de fond de la politique. […] La question posée aux travailleurs et aux jeunes n’est pas de savoir qui dirige le Labour, mais la construction d’un nouveau parti des travailleurs sur la base d’un programme de d’internationalisme socialiste ».

(Article paru en anglais le 24 septembre 2016)