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Les candidats à la présidence les plus impopulaires de l’histoire américaine

Par Patrick Martin
6 septembre 2016

Le week-end du Labor Day aux États-Unis marque le début semi-officiel de la phase finale de la campagne présidentielle de 2016. Les deux prochains mois comprendront : quatre débats présidentiels ou vice-présidentiels, des centaines de millions de dollars de publicité agressive et abrutissante, et de nouveaux records de descente dans la réaction politique, la grandiloquence et le mensonge de la part des partis démocrate et républicain.

Il y a des preuves croissantes que l’avalanche de la crasse politique émanant des deux principaux partis capitalistes, qui jouissent d’un monopole politique de fait aux États-Unis, s’est aliéné un nombre record de gens. Les sondages d’opinion pris au cours de la semaine dernière ont démontré que le soutien à la fois pour la démocrate Hillary Clinton et le républicain Donald Trump est à la baisse, avec les chiffres de Clinton tombant un peu plus rapidement que ceux de Trump, provoquant des titres des journaux sur Trump qui commencerait à « combler l’écart. »

Il est maintenant largement admis que Clinton et Trump sont les deux candidats présidentiels les plus impopulaires de l’histoire américaine moderne. Trump est considéré défavorablement par près des deux tiers des électeurs interrogés, avec 44 pour cent le décrivant comme un raciste et 59 pour cent disant que sa campagne s’appuie sur la bigoterie. Pourtant, Trump est de justesse derrière Clinton, dont le taux d'opinions défavorables a atteint 60 pour cent dans les sondages de la semaine dernière. Près des deux tiers des personnes interrogées – y compris beaucoup de ceux qui envisagent de voter pour elle – disent que l’ancienne secrétaire d’État est corrompue, menteuse, et qu’ils ne lui font pas confiance.

Ce que les médias contrôlés par les grandes entreprises ne peuvent pas dire, mais qui est incontestablement vrai, c’est que si ces deux candidats sont si largement haïs, c’est parce qu’ils représentent les politiques de plus en plus à droite de l’élite dirigeante américaine, dans des conditions où les travailleurs et les jeunes Américains penchent vers la gauche.

Les actions des deux candidats la semaine dernière n’ont fait que souligner la grande décadence du système politique américain. Trump a prononcé un discours en Arizona sur l’immigration qui était une diatribe d’une heure contre les immigrés sans-papiers, qu’il accusait d’être à l’origine du chômage, de la criminalité, des déficits budgétaires et du terrorisme. Sa diatribe fascisante s’est conclue avec un plan en 10 points pour établir un État policier en Amérique, avec des camps de détention pour les millions de gens dont Trump s’est engagé à imposer l’incarcération comme sa première action en tant que président.

Pour sa part, Clinton a prononcé un discours sur la politique militaire américaine à la convention de l'American Legion – une organisation d’anciens militaires, rempart de la droite anticommuniste et du militarisme – dans lequel elle se présente comme un commandant en chef plus agressif et plus fiable que Trump, qu’elle décrit comme une marionnette russe. Elle a menacé d’utiliser la force en réponse à des accusations non fondées de cyberattaques contre les États-Unis par la Russie et la Chine, et elle a salué la liste croissante des responsables républicains de la sécurité nationale, dont presque tous les architectes de la guerre en Irak, qui ont appuyé sa campagne.

Le statut de Clinton comme candidat de consensus de l’appareil militaire et du renseignement américain a encore été renforcé vendredi par la déclaration publique de deux anciens secrétaires d’État républicains, Henry Kissinger et George Shultz, qu’ils ne soutiendraient pas Trump. Ils ont rejoint les deux anciens présidents républicains vivants, George H. W. Bush et son fils George W. Bush, et le candidat républicain à la présidentielle de 2012, Mitt Romney, en refusant d’approuver Trump.

Alors que Kissinger, 93 ans, et Shultz, 95 ans, n’ont pas approuvé explicitement Clinton – peut-être à sa demande, étant donné que Kissinger est largement méprisé comme un criminel de guerre pour son rôle dans la guerre du Vietnam – leur déclaration commune a laissé peu de doute à propos de leur préférence : « Nous sommes dédiés à la promotion d’une politique étrangère bipartite et nous allons nous consacrer à cet effort maintenant et après l’élection. »

Dans le sillage des discours de Trump et Clinton, un sondage Reuters/Ipsos a donné la démocrate menant sur le républicain par seulement 40 pour cent contre 39 pour cent, ce qui signifie que 21 pour cent des sondés étaient en faveur d’un candidat d’un autre parti ou étaient indécis. Les scores croissants des sondages pour le libertarien, Gary Johnson, et la verte, Jill Stein, les deux « autres » candidats reconnus par les médias, démontrent que des dizaines de millions d’électeurs, surtout les jeunes et les travailleurs, sont dégoûtés par le « choix » offert par les deux principaux partis contrôlés par les grandes entreprises et sont à la recherche de quelque chose d'autre.

Les résultats moyens des sondages montrent que Johnson obtient 10 pour cent et Stein 5 pour cent, pour un résultat combiné de 15 pour cent, soit 10 fois ce que ces deux mêmes candidats ont reçu quand ils représentaient les libertariens et les Verts à l’élection présidentielle de 2012. La plupart de ceux qui envisagent de voter pour l’un de ces candidats correspondent au profil des partisans du sénateur du Vermont, Bernie Sanders : une majorité, 51 pour cent, était âgée de moins de 34 ans et davantage se sont décrits comme sympathisants de Sanders plutôt que de Clinton ou Trump.

Ces chiffres mettent en évidence la fonction politique des campagnes des libertariens et surtout du Parti vert, plus superficiellement « de gauche ». Ils servent à contenir l’opposition de masse aux démocrates et républicains dans le cadre de la politique capitaliste.

Les libertariens sont un parti explicitement pro-capitaliste, faisant encore plus que les démocrates et les républicains la promotion de politiques d’extrême droite en ce qui concerne le démantèlement des services publics et l’élimination de toutes les restrictions sur les opérations des entreprises. Dans le même temps, ils font appel à des sentiments démocratiques et pacifistes populaires en prétendant s’opposer à l’espionnage du gouvernement et aux guerres étrangères.

Les Verts fournissent un service essentiel à l’élite dirigeante en cherchant à piéger les couches de la population qui penchent à gauche, en particulier celles initialement attirées par Sanders. Stein avait déjà offert la nomination du Parti vert à Sanders s’il acceptait de poursuivre sa campagne dans l’élection générale. Ses apparitions récentes dans le cadre de sa campagne ont été caractérisées par un haut degré de posture démagogique pacifiste, visant à tirer profit de l’adhésion ouverte de Clinton au Pentagone et à la CIA.

Mais le Parti vert n’ est pas moins un parti capitaliste que les libertariens, les démocrates ou les républicains. Ils soutiennent le système de profit tout en préconisant un degré plus élevé de protection de l’environnement. La seule mention du socialisme dans la plate-forme du Parti vert est un désaveu explicite de celui-ci.

Et le tournant soudain de Stein vers la rhétorique anti-guerre n’est ni convaincant ni crédible. Chaque fois que les Verts sont entrés dans des gouvernements bourgeois, ils ont embrassé le militarisme sans réserve. Les plus notoires, ce sont les Verts allemands qui ont ouvert la voie à la réémergence de l’impérialisme allemand comme une force militaire importante, avec le ministre vert des Affaires étrangères, Joschka Fischer, comme fer-de-lance du rôle militaire allemand dans la guerre du Kosovo et en Afghanistan.

Il n’y a qu’un seul parti à l’élection 2016 qui exprime vraiment le mouvement vers la gauche parmi les travailleurs et les jeunes américains, et avance un programme socialiste et anti-guerre clair. C’est le Parti de l’égalité socialiste et nos candidats, Jerry White pour président et Niles Niemuth pour vice-président.

Les candidats du SEP ne reçoivent pas des applaudissements ou des interviews serviles de la part des médias du grand patronat, pour une très bonne raison : notre campagne avance un programme socialiste et révolutionnaire pour mobiliser la classe ouvrière et la jeunesse afin de mettre fin à la dictature des grandes entreprises. Nous exhortons tous ceux qui sont à la recherche d’une véritable alternative à la politique capitaliste à soutenir et construire notre campagne.

(Article paru d’abord en anglais le 5 septembre 2016)