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Le président d'Unifor hué par des centaines de travailleurs lors d’un rassemblement à Oshawa

Les travailleurs de GM Canada adoptent de justesse une entente de trahison

Par Carl Bronski
29 septembre 2016

Dans un communiqué de presse, Unifor a annoncé dimanche que son contrat «modèle» pour les travailleurs de l’automobile chez GM Canada avait été adopté de justesse. Soixante-quatre pour cent des travailleurs en production et 56,6 pour cent des travailleurs qualifiés ont voté pour ratifier l’entente «cadre». Près de 4000 travailleurs pouvaient voter sur l’entente de quatre ans aux usines d’assemblage à Oshawa, l’usine de moteurs à St-Catherines et le dépôt d’approvisionnement en pièces à Woodstock, en Ontario.

Le président du syndicat Jerry Dias, qui avait mené durant un an une campagne pour convaincre les travailleurs de l’automobile qu’ils devaient accepter tout contrat placé devant eux ou risquer de perdre leur emploi, a fait de son mieux pour cacher la crainte provoquée par le passage de justesse de l’entente et la réception qui lui sera réservée chez Fiat-Chrysler et ensuite chez Ford lorsque le misérable «modèle» sera vendu aux autres compagnies de l’automobile.

«Les gains de cette entente sont historiques», a dit Dias. «Et c'est plus que ce qui a été atteint dans les dix dernières années.» Plusieurs centaines de travailleurs GM ont vu les choses différemment. En fait, des milliers de travailleurs se sont probablement demandé ce pour quoi ils votaient exactement.

Lors de rencontres de ratification qui ont eu lieu dimanche, malgré les requêtes des travailleurs pour voir le contenu de cette entente «cadre» bien secrète, Unifor a refusé de le faire et a préféré distribuer une petite brochure contenant des extraits supposément représentatifs de l’entente pourrie aux travailleurs à l’entrée des lieux de rencontre. Les représentants syndicaux étaient tellement anxieux de passer au vote qu’à Oshawa des bureaux de vote ont été ouverts avant même que le syndicat commence sa présentation de la convention collective aux membres.

En fait, les travailleurs n’ont même pas voté pour un contrat finalisé. Dias, prenant part à la première des trois rencontres de ratification à Oshawa dimanche matin, s’est présenté pompeusement sur le podium pour annoncer et appuyer non pas un contrat, mais, en ses propres mots, un simple «cadre pour un accord de principe». Durant la réunion, les travailleurs ont pris la parole pour dénoncer le syndicat pour sa langue de bois, ses dissimulations et son arrogance.

Dias a soutenu que la «lutte» contractuelle chez GM Canada concernerait le maintien de la présence de la compagnie au pays. Comme presque 800 emplois sur la chaîne de montage Consolidated d’Oshawa devraient être éliminés en 2017 et qu'aucun nouveau modèle n'est assigné à la chaîne Flex de cette ville après 2019, Dias a triomphalement annoncé la semaine dernière lors de la conférence de presse tardive, à l’occasion du dernier échéancier de déclenchement de la de grève, que son équipe de négociation avait sauvé 2500 emplois à Oshawa et garanti de nouveaux investissements à St-Catherines. D’après lui, le «cadre» offrait 400 millions $ d’investissements en capitaux pour Oshawa et 150 millions $ pour St-Catherines.

Mais les travailleurs à qui l'on avait fourni des «garanties» similaires lors d’une rencontre de ratification en 2007 pour ensuite voir GM annoncer la fermeture complète des usines de camions à Oshawa quelques mois plus tard ont demandé plus de détails. Quand on leur a demandé des détails concrets concernant les «nouveaux emplois» pour Oshawa, Dias et ses collègues sur le podium ont été incapables de donner une réponse claire. La compagnie «a prédit» que 70.000 à 90.000 unités seraient déplacées vers Oshawa.

S’agit-il simplement de débordement? Combien d’unités par période de travail, a demandé un travailleur. «Nous n’avons pas encore les chiffres exacts», fut la réponse des bureaucrates.

Qu’en est-il de l’embauche? La compagnie «prévoit» embaucher vers le milieu de 2018, est tout ce que Unifor pouvait affirmer. Et les métiers qualifiés? Le communiqué d’une page du Comité de négociation local déclarait simplement, «Une fois l’investissement en marche, il n’y aura pas de licenciement de travailleurs qualifiés.» Telle était la nature de ces «garanties d’emplois» floues.

Le total mépris que Dias ressent pour les membres était clairement visible lors de plusieurs débats avec des participants de la rencontre. Lorsqu’un électricien a insisté pour que Dias donne les détails concernant les investissements promis, il a dénoncé le travailleur. «Tu travailles pour nous», a répondu l’électricien soutenu par les applaudissements du millier de participants. «Tu es un imbécile», a répondu Dias. À ce point, la foule a hué et on pouvait entendre «retourne à la table des négos», «il faut rejeter», «où est le document de cent pages?» et «c’est un contrat pourri». Telle était l’éruption de colère de la part des membres que Dias s’est senti obligé de présenter des excuses laconiques.

Un autre travailleur, inquiet d’être forcé de voter pour une entente de trahison, a demandé si les membres avaient le droit juridique de voir le contrat. Les bureaucrates assemblés sur le podium étaient si déconnectés des inquiétudes des membres qu’ils ne comprenaient même pas la question. Le travailleur a répété, «La loi nous donne-t-elle le droit de voir le contrat?» En réponse, un représentant a répondu que «les bureaux de scrutin sont ouverts depuis une heure». Ceux parmi l'auditoire qui ont exigé une réponse à la question ont été ignorés.

Les offres présentées aux membres, qui ont souffert d’un gel salarial et d'immenses reculs sur les avantages sociaux depuis dix ans – et après que GM ait fait des profits énormes depuis son sauvetage de près de 11 milliards $ en 2009 –, étaient dérisoires.

Les travailleurs plus anciens recevront une piètre augmentation salariale de 2 pour cent après signature du contrat, puis un autre gel salarial de deux ans, suivi d’une augmentation de 2 pour cent en 2019. L’augmentation de quatre pour cent pour la durée de l’entente revient à une réduction du salaire réel même quand les taux d’intérêt historiquement bas de 1,2 à 1,8 pour cent sont pris en compte. Les versements trimestriels pour le coût de la vie seront suspendus jusqu’en juin 2020. Une piètre somme de 6000 dollars sera offerte en versements jusqu’en décembre 2019. Il y aura un bonus de ratification de 6000 dollars.

Les nouveaux employés commenceront à un salaire légèrement plus élevé – 43 cents de l’heure pour la première année – pour atteindre le salaire entier après dix ans. La période d’attente de dix ans institutionnalise essentiellement le système à deux paliers. Sept-cents employés provenant de la main-d'oeuvre supplémentaire de troisième niveau pourront obtenir un poste de travailleur à temps plein de première année.

Dans une attaque majeure qui élimine les gains faits par les luttes amères des travailleurs, tous les nouveaux employés seront privés des derniers vestiges des systèmes de pensions à prestations déterminées et réduits au système inférieur et incertain des cotisations déterminées.

Les patrons des Trois Grands et les bureaucrates d'Unifor sont tous bien conscients de l’énorme opposition parmi les travailleurs par rapport à l’entente. Unifor se penchera à présent sur les négociations contractuelles pour Fiat-Chrysler. Il faut organiser la résistance, mais ceci requiert l’initiative des travailleurs dans la formation de comités des travailleurs de la base, indépendants d'Unifor et opposés à la subordination des intérêts des travailleurs aux diktats des patrons de l’automobile, de Bay Street et de ses représentants politiques de tous les partis politiques officiels.

Le WSWS exhorte les travailleurs à former de tels comités chez FCA et Ford maintenant, afin de bloquer les tentatives d'Unifor d’imposer ce modèle d'entente pourrie. Les travailleurs doivent insister sur le droit d’avoir le contrat plusieurs semaines avant que tout vote soit tenu. Ils doivent rejeter les miettes qui leur sont offertes dans le contrat. Les comités doivent établir des lignes de communication – entre les différentes usines et entre les travailleurs de l’automobile et d’autres sections des travailleurs à travers le Canada, les États-Unis et internationalement – pour lancer une offensive ouvrière contre les patrons de l’automobile et toute la classe dirigeante.

(Article paru d'abord en anglais le 26 septembre 2016)