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La menace de guerre mondiale: le tabou des élections présidentielles américaines de 2016

Par Patrick Martin
23 septembre 2016

La question la plus importante pendant ces élections présidentielles aux États-Unis est celle qu’aucun des deux candidats ne mentionne, qu’il s’agisse de la démocrate Hillary Clinton ou du républicain Donald Trump : il est de plus en plus probable que le prochain président des États-Unis ordonne une intervention militaire directe contre la Russie, la Chine ou la Corée du Nord, tous des pays possédant des armes nucléaires.

La montée du danger d’une telle guerre a récemment été illustrée par le bombardement américain d’un poste militaire syrien samedi dernier qui a provoqué la mort de douzaines de soldats syriens. L’affirmation des États-Unis selon laquelle il s’agit d’un accident – contre une importante installation militaire syrienne, la base aérienne Deir ez-Zor – n’est aucunement crédible. Une «erreur» américaine similaire pourrait facilement entraîner la mort de soldats russes et dégénérer en confrontation militaire ouverte entre deux puissances qui contrôlent 93 pour cent de l’arsenal nucléaire mondial.

Les médias de la grande entreprise américaine sont complices dans le maintien du silence sur la montée du danger de la guerre. Pendant que les forces américaines organisent sur une base presque quotidienne des exercices sur la frontière entre l’Europe de l’Est et la Russie, sur les eaux côtières adjacentes à la Chine et sur la péninsule coréenne, les médias détournent l’attention du public sur des questions relativement triviales, telles que la pneumonie de Clinton, ou les mensonges transparents de Trump concernant son rôle dans la campagne visant à attaquer la citoyenneté d'Obama, et des spéculations incessantes concernant l’avantage de l’un ou l’autre candidat dans la course aux injures.

L’une des rares exceptions au silence sur la question de la guerre était un commentaire éditorial de l’ancien secrétaire de la défense Robert Gates – qui détenait ce poste sous George. W Bush et Barack Obama – publié dans l’édition du week-end du Wall Street Journal, sous le titre, «Évaluer le prochain commandant en chef».

Gates critique Clinton pour des concessions (purement verbales) faites au sentiment antiguerre populaire, principalement sa déclaration lors d'un forum le 7 septembre à New York qui excluait le déploiement de forces terrestres en Syrie et en Irak qu'il a qualifiée de «déclaration catégorique politiquement motivée qu’aucun président (ou candidat) ne devrait faire...» Il avertit Clinton d’aller «au-delà des généralités quand il s’agit de faire face à la Chine, la Russie, la Corée du Nord, l’Iran, le Moyen-Orient» afin de mériter son appui.

Il est beaucoup plus rude envers Trump, qu’il déclare carrément «irrécupérable. Il est têtu dans son ignorance du monde et dans la façon de diriger notre pays et notre gouvernement, et son tempérament fait qu’il est inapte à diriger nos hommes et femmes en uniforme. Il n’est pas qualifié et il est inapte à être le commandant en chef.»

Avec cette évaluation, Gates reflète le consensus qui existe au sein de l’appareil militaire et de surveillance, qui est d'avis que l'on ne peut compter sur Trump concernant la Russie, étant donné ses paroles flatteuses envers le président Vladimir Poutine, et qui doute qu'il aille véritablement concrétiser ses déclarations militaristes contre l’EI. Clinton, de l’autre côté, a été testée sur une période de temps plus longue et a donné son appui à toute une série d’actions militaires, incluant les guerres des États-Unis en Bosnie, au Kosovo, en Irak et en Libye, ainsi que l’intervention en cours en Syrie.

Mais l’élément le plus important de l’article de Gates est sa prémisse essentielle selon laquelle les États-Unis se dirigent inexorablement vers la guerre. Il écrit: «On ne saurait le dire à partir des campagnes présidentielles, mais la première crise sérieuse à laquelle notre nouveau président fera face sera probablement internationale. La liste des possibilités est longue – plus longue qu’elle l’était il y huit ans.» Il énumère ensuite une liste de crises militaires potentielles: avec la Chine dans la mer de Chine orientale et méridionale, avec la Russie en Ukraine, dans les États baltes ou en Syrie, avec la Corée du Nord et l’Iran, et avec «un Moyen-Orient en flammes», incluant la Syrie, l’Irak et la Libye.

«Chacun de ces défis pourrait nécessiter l’utilisation de l'armée américaine, la plus puissante que le monde ait connue», écrit l’ancien chef du Pentagone. En d’autres mots, Gates prévoit que le prochain président va devoir ordonner à l'armée des États-Unis d’intervenir contre la Russie ou la Chine, les puissances nucléaires ayant le deuxième et quatrième arsenal en importance au monde. En plus, il existe la possibilité d’une action militaire contre la Corée du Nord, qui possède des armes nucléaires, et contre l’Iran, un pays de 70 millions d’habitants et d’une superficie deux fois celles de l’Iran et la Syrie combinées.

Ainsi, Gates nous donne un aperçu des discussions qui prennent place au sein des institutions militaires et de politique étrangère. Dans ces cercles, il est tenu pour acquis que les forces armées des États-Unis seront bientôt impliquées dans des opérations militaires de grande échelle, et non pas de la guérilla ou du contre-terrorisme, constituées de forces terrestres, aériennes, maritimes, informatiques et même nucléaires.

Ces discussions prennent une forme de plus en plus imprudente, exprimée dans un commentaire publié la fin de semaine dernière sur le site web de Newsweek, sous le titre provocateur, «Devrions-nous lâcher la bombe atomique sur Kim Jung Un avant que lui le fasse?»

L’auteur, Michael O’Hanlon, est impliqué en politique étrangère de longue date à l’institut Brookings, un important groupe de réflexion pour le Parti démocrate. O'Hanlon a appuyé la guerre en Irak et maintenant il appuie Hillary Clinton. Il note que quand la Maison-Blanche Obama a brièvement considéré une politique de refus de première frappe nucléaire, l'institut Brookings s'est opposé en argumentant que «l’Asie du Nord-est pourrait être un cas spécial, étant donné les armes nucléaires de la Corée du Nord».

Même si O’Hanlon a prétendu s’opposer à une première frappe nucléaire des États-Unis contre la Corée du Nord – purement pour des raisons d’efficacité, à cause de la supériorité des forces des États-Unis et de la Corée du Sud en armement conventionnel – le simple fait qu’un tel débat a lieu aux États-Unis au sein des instituts de sécurité nationale est significatif.

Moins d’un Américain sur mille est conscient du fait que ceux qui dirigent la politique étrangère américaine, autant dans le Parti démocrate que républicain, discutent activement de guerre nucléaire, non pas théoriquement, mais en tant que question pratique, en raison des confrontations qui s’intensifient avec la Russie et la Chine. C’est le résultat inexorable du développement de l’impérialisme américain au cours du dernier quart de siècle, durant lequel il a été en guerre presque sans interruption.

Comme le World Socialist Web Site l’a continuellement expliqué, le danger de la guerre provient de la nature même du capitalisme en tant que système mondial. L’impérialisme américain est la force la plus dangereuse sur la planète, tandis qu’elle tente de contrer sa position en déclin dans l’économie mondiale en utilisant sa supériorité militaire. La seule force qui peut éviter la catastrophe pour l’humanité est la classe ouvrière internationale dans une lutte pour un programme socialiste.

C’est dans le but de mener la lutte pour un tel programme que le Parti de l’égalité socialiste (SEP) présente ses candidats pour les élections de 2016, Jerry White, candidat présidentiel, et Niles Niemuth, le candidat vice-présidentiel. Le SEP convoque une conférence d’urgence le 5 novembre à Detroit, sous le titre «Le socialisme contre le capitalisme et la guerre». Nous exhortons tous nos lecteurs à appuyer la campagne du SEP, à faire des dons, à participer aux rencontres électorales tenues à travers le pays et à s'inscrire à la conférence organisée à Detroit.

(Article paru d'abord en anglais le 19 septembre 2016)