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DreamHost doit remettre au gouvernement des données sur un site Web anti-Trump : la pénalisation de la dissidence politique

Par Joseph Kishore
28 août 2017

Dans une atteinte glaçante à la liberté d’expression, un juge de la Cour supérieure du District de Columbia [DC, là où se trouve Washington] a ordonné jeudi à la société d’hébergement Web DreamHost de mettre à la disposition de l’administration Trump de vastes quantités de données liées à un site Web, disruptj20.org, qui a organisé des manifestations contre l’entrée en fonctions de Trump en janvier.

La demande du gouvernement fut rendue publique le 14 août, lorsque DreamHost a révélé le contenu d’un mandat délivré en juillet qui exige que la société transfère toutes les données sur disruptj20.org, y compris les registres de visiteurs et les adresses IP de 1,3 million de personnes qui ont visité le site, lesquels peuvent être utilisés pour identifier les individus. Il a également exigé l’accès aux courriels, photos et autres données de ceux qui participent au site et à sa production.

Après la révélation publique du mandat du ministère de la Justice, le gouvernement « a clarifié » sa demande, déclarant qu’il ne voulait pas d’adresses IP, mais exige toujours « tous les enregistrements ou autres informations concernant le compte, y compris tous les fichiers, toutes les bases de données et les archives de bases de données de ce compte stockés par DreamHost. »

Le juge Robert Morin, nommé par Clinton, a accordé le mandat, avec la réserve creuse que le tribunal supervisera les méthodes du gouvernement pour la recherche des données.

DreamHost, une entreprise privée qui accueille plus de 1,5 million de sites Web, a accepté de respecter le mandat et de remettre les données au gouvernement, affirmant que la décision du juge est en fait une « victoire pour la vie privée ». Rien ne peut être plus éloigné de la vérité. Comme l’a dit jeudi à l’audience l’avocat de la société, Raymond Aghaian, les informations que le gouvernement requiert et qu’il va recevoir sont « équivalentes à la liste des membres d’un collectif ».

La requête du gouvernement revient, selon Aghaian, à un « mandat général », c’est-à-dire une demande générale d’informations non liées à un crime ou à un individu spécifique. De tels mandats ont été interdits en Grande-Bretagne au 18e siècle. Ils sont proscrits dans le Quatrième Amendement de la Constitution des États-Unis, qui interdit les « recherches et les saisies déraisonnables » et exige que tous les mandats soient fondés sur « une cause probable […] en particulier en décrivant l’endroit à fouiller et les personnes ou les choses à saisir. »

Le gouvernement dispose maintenant d’une jurisprudence l’autorisant à exiger des informations similaires de tout site Web qui organise ou soutient des manifestations et d’autres activités d’opposition, sous prétexte de prétendues actions violentes – souvent le résultat d’agents provocateurs de la police – afin de pénaliser efficacement la dissidence.

La décision du tribunal du DC a lieu dans le contexte d’efforts coordonnés de la classe dirigeante à l’échelle internationale pour supprimer et interdire l’opposition politique. Vendredi, le gouvernement allemand a pris la décision extraordinaire de fermer le site allemand d’Indymedia, affirmant qu’il a aidé à organiser des manifestations violentes à Hambourg en Allemagne, lors des manifestations du G20 en juillet.

Dans les semaines qui ont suivi le sommet du G20, les affirmations du gouvernement au sujet de « manifestants violents » ont été complètement démenties. En fait, les protestations ont été l’occasion d’une émeute de la police, soutenue par toutes les factions de l’establishment politique en Allemagne, qui les utilise pour réprimer les « extrémistes de gauche ».

Dans un communiqué digne d’un régime autoritaire, le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière, a déclaré que le site devait être fermé parce qu’il « semait la haine contre des différentes opinions et représentants du pays » – c’est-à-dire que le site préconisait une opposition politique au gouvernement.

Aux États-Unis, les implications profondes de la décision du tribunal du DC contrastent fortement avec l’absence presque complète de couverture et de commentaires dans les médias et les établissements politiques d’entreprise. Aucun dirigeant démocrate n’a émis des déclarations opposées à la décision.

Dans l’un des rares commentaires sur la décision, le Washington Post a publié un éditorial vendredi sous la rubrique : « Ne croyez pas le battage médiatique : le ministère de la justice ne réprime pas la dissidence anti-Trump. » Le Washington Post accepte l’argument du gouvernement selon lequel des procureurs « enquêtent sur de graves violations de l’ordre public » ce qui justifierait cette perquisition, ne critiquant que légèrement la portée générale de l’ordre initial. La « clarification de l’argument du gouvernement » l’a rendu « substantiellement plus fort », affirme le Washington Post.

L’éditorial se termine par un appel à l’institutionnalisation du type de perquisition demandée par le gouvernement. « Les tribunaux et le Congrès devraient envisager comment faire [des procédures approuvées par le tribunal] une règle de comportement claire. »

Alors que le gouvernement Trump représente une grave menace pour les droits démocratiques de la classe ouvrière, il est lui-même le produit d’un effondrement prolongé des formes démocratiques de gouvernement aux États-Unis, au point où des violations claires et flagrantes de la constitution ne provoquent même pas des commentaires, et encore moins de l’opposition.

Nulle part dans le « débat » politique officiel depuis l’élection de Trump, on n’a discuté de la croissance massive de l’appareil de renseignement, y compris de la surveillance interne illégale et inconstitutionnelle de la National Security Agency (NSA), révélée par Edward Snowden il y a quatre ans. Les requêtes du ministère de la Justice dans l’affaire DreamHost sont l’expression du but central de l’appareil d’espionnage soutenu et élargi par le gouvernement Obama : la répression de la dissidence à l’intérieur du pays.

Au cours des sept mois écoulés depuis l’entrée en fonction de Trump, le Parti démocrate et les médias ont cherché à dissimuler le véritable caractère et la base sociale de son administration – un gouvernement de l’oligarchie de la grande entreprise et financière, déterminée à étendre considérablement la guerre à l’étranger et la contre-révolution sociale aux États-Unis. Leur critique de Trump a été centrée sur des différences de politique étrangère, avec des dénonciations de Trump pour entrer en conflit avec des sections de l’armée et des agences de renseignement.

Suite à la violence néo-nazie à Charlottesville il y a deux semaines, les démocrates ont soutenu la restructuration de l’administration Trump pour la placer encore plus directement sous le contrôle de l’aristocratie militaire et financière.

En outre, les actions de Trump contre les manifestants politiques sont entièrement conformes à la campagne des entreprises d’Internet, soutenue par le Parti démocrate et les médias affiliés, pour mettre en œuvre un vaste programme de censure sur Internet sous couvert du combat contre les « fausses nouvelles » ; et en premier lieu les actions de Google pour manipuler les résultats des recherches et ne pas donner accès aux sites Web de gauche, notamment le World Socialist Web Site.

La menace dominante pour les intérêts de l’élite dirigeante, aux États-Unis et à l’étranger, est l’émergence d’une classe ouvrière politiquement indépendante et organisée, armée d’un programme socialiste. Le but des actions répressives de l’État est d’empêcher la création d’un tel mouvement.

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Lettre ouverte à Google : Halte à la censure sur Internet ! Halte au fichage politique du World Socialist Web Site !

[25 août 2017]

(Article paru en anglais le 26 août 2017)