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Une « armada » de la marine américaine menace la Corée du Nord

Par Peter Symonds
26 avril 2017

Avec des tensions sur la péninsule coréenne déjà sur le fil du rasoir, les États-Unis ont expédié le sous-marin nucléaire, USS Michigan dans la région. Le sous-marin, qui est capable de lancer jusqu’à 150 missiles de croisière Tomahawk à plus de 1500 kilomètres, est attendu aujourd’hui dans le port sud-coréen de Busan.

L’arrivée de l’USS Michigan coïncide avec la spéculation médiatique intense selon laquelle la Corée du Nord mènera un essai, soit nucléaire, soit de missile balistique, pour marquer sa Journée de la Fondation Militaire. L’administration Trump a déclaré à maintes reprises que les États-Unis utiliseront « toutes les options » pour empêcher Pyongyang de développer un missile balistique intercontinental nucléaire (ICBM) capable de frapper le continent américain.

En même temps, le porte-avions nucléaire USS Carl Vinson, avec son groupe d’attaque de destroyers et croiseurs, se dirige vers les eaux de la péninsule coréenne. Selon les derniers reportages, le Carl Vinson se trouvait dans la mer des Philippines où il a rejoint deux destroyers japonais et rencontrera ensuite des navires de guerre sud-coréens en route pour le nord. Les forces aériennes américaines et sud-coréennes participent actuellement à manœuvres conjointes.

L’USS Ronald Reagan et son groupe d’attaque sont basés dans le port japonais de Yokosuka.

Plus tôt ce mois, le président Trump a averti la Corée du Nord que les États-Unis « envoyaient une armada » en Asie du Nord-Est. « Nous avons des sous-marins. Très puissants. Beaucoup plus puissants que le porte-avions. Je peux vous le dire », a-t-il déclaré au Fox Business Network.

Trump a renforcé la menace hier quand il a rencontré les ambassadeurs des membres du Conseil de sécurité de l’ONU, déclarant que le statu quo en Corée du Nord était « inacceptable ». En demandant à l’ONU d’imposer des sanctions supplémentaires et plus fortes, il a qualifié l’arsenal nucléaire rudimentaire de Pyongyang de « menace réelle pour le monde », « un grand problème mondial » que « nous devons enfin régler ».

L’ambassadrice des États-Unis à l’ONU, Nikki Haley, a prévenu que Washington n’ignorerait pas les essais d’armes de la Corée du Nord en disant : « les États-Unis ne cherchent pas la bagarre, alors ne nous donnez pas une raison d’en avoir une ». Elle a de nouveau appelé la Chine à faire pression sur la Corée du Nord, son allié, pour mettre fin à ses programmes de missiles nucléaires et balistiques.

Dans un tweet le week-end dernier, Trump a de nouveau insisté pour que Pékin prenne des mesures contre Pyongyang. « La Chine est la bouée de sauvetage économique en Corée du Nord. Donc, alors que rien n’est facile, s’ils veulent résoudre le problème nord-coréen, ils le feront ».

Dans un appel téléphonique avec Trump dimanche, le président chinois, Xi Jinping, a insisté sur la prudence. Alors qu’il « s’opposait catégoriquement » à toute contravention aux résolutions de l’ONU par la Corée du Nord, Xi, d’après les reportages chinois, « espérait que tous les partis feraient preuve de retenue et éviteraient de faire des choses qui aggravent les tensions sur la péninsule ».

Le gouvernement chinois est profondément préoccupé par le fait que les États-Unis pourraient déclencher une guerre devant sa porte et fait pression pour la reprise des négociations avec des concessions faites à la fois par les États-Unis et la Corée du Nord. « Ce n’est que si toutes les parties sont à la hauteur de leurs responsabilités et se rencontrent depuis des directions différentes que le problème nucléaire sur la péninsule peut être résolu le plus rapidement possible », a déclaré Xi.

Trump a également parlé par téléphone avec le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, qui a déclaré aux journalistes hier : « Nous entretenons des contacts étroits avec les États-Unis et un haut niveau de suivi et de surveillance, car nous répondons fermement à la Corée du Nord ». Il a déclaré que son gouvernement était d’accord avec Trump pour « demander fortement à la Corée du Nord » de faire preuve de retenue et a dénoncé Pyongyang pour avoir été « à plusieurs reprises dangereux et provocateur. »

Le gouvernement d’Abe a accru les inquiétudes au Japon en émettant des conseils en matière de défense civile sur la façon de réagir en cas d’attaque de missiles balistiques : se réfugier sous terre ou dans le bâtiment solide le plus proche. Il a précédemment suggéré que des plans soient élaborés pour l’évacuation de milliers de citoyens japonais de Corée du Sud en cas de conflit.

Soutenus par des médias complaisants, les États-Unis avec leurs alliés continuent à diaboliser le régime de Pyongyang, le qualifiant de menace pour la région et le monde. Tout en faisant pression sur la Chine, le gouvernement Trump a également déclaré à plusieurs reprises qu’il était prêt à « régler » lui-même la Corée du Nord.

Le claironnement guerrier incessant a continué la semaine dernière avec des déclarations des ministères américains de la défense et des affaires étrangères. Le porte-parole du Pentagone, Gary Ross, a condamné Pyongyang pour « des actions et une rhétorique provocatrices et déstabilisantes, disant : « Les programmes d’armes illégales de la Corée du Nord représentent une menace claire et grave pour la sécurité nationale des États-Unis. »

Le Département d’État (affaires étrangères) a dénoncé la Corée du Nord dans des termes similaires avant d’émettre un avertissement à peine voilé. « Nous ne cherchons pas de conflit militaire, nous ne cherchons pas non plus à menacer la Corée du Nord. Cependant, nous répondrons aux menaces envers nous ou nos alliés de manière appropriée », a déclaré un porte-parole.

Le régime nord-coréen a répondu de la même manière avec des menaces horribles contre les États-Unis, ce qui a fourni à Washington un prétexte pour le renforcement militaire. Il a qualifié le déploiement de l’USS Carl Vinson d'« acte extrêmement dangereux de ceux qui planifient une guerre nucléaire pour envahir le Nord » et a déclaré qu’il était prêt à transformer le porte-avions en un « grand tas de ferraille » et à « l’enterrer en mer ».

L’administration Trump a délibérément attisé les tensions sur la péninsule coréenne, menaçant des frappes militaires préventives si Pyongyang procède à un sixième essai nucléaire ou à d’autres lancements de missiles balistiques. Dans de telles conditions, une erreur de calcul ou une erreur toute simple pourrait déclencher un conflit qui partirait rapidement en vrille et qui y entraînerait des puissances nucléaires telles que la Chine et la Russie.

(Article paru en anglais le 25 avril 2017)