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Un attentat sur les Champs-Elysées secoue les présidentielles françaises

Par Johannes Stern et Alexandre Lantier
21 avril 2017

A trois jours du premier tour des présidentielles dimanche, un attentat a ensanglanté les Champs Elysées à Paris. Un policier est mort et deux sont blessés, ainsi qu'une passante. Le quartier, au centre des zones touristiques à Paris, était bouclé hier soir.

Les médias exigaient déjà que les candidats et les commentateurs placent la question du terrorisme au centre du débat électoral. La France est déjà sous état d'urgence qui suspend des droits démocratiques fondamentaux depuis les attentats de 2015, la dernière attaque renforcera sans doute les forces qui préparent une escalade des mesures sécuritaires. Le jour avant l'attaque, les autorités déclaraient leur intention de mettre 50.000 soldats dans les rues le jour de l'élection, pour que les électeurs aillent aux urnes dans le viseur des mitraillettes.

Après l'attentat, les forces de l'ordre ont rempli les Champs-Elysées de véhicules de police et interdit le quartier aux passants. Un hélicoptère de police a aussi survolé le centre de Paris.

Les premières nouvelles qui sont ressorties sur l'attentat soulèvent déjà la question de comment on a pu le permettre de se dérouler.

Très tôt ce matin, le procureur de Paris François Molins et le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Pierre-Henry Brandet, se sont exprimés sur les Champs-Elysées.

« Les investigations de la police technique et scientifique se poursuivent », a déclaré Brandet, qui a poursuivi : « Ce soir à 20h50, un individu armé d'un fusil d'assaut a tiré sur des policiers en faction devant le magasin Marks & Spencer des Champs-Elysées, tuant un policier, en blessant un autre gravement, ainsi qu'une touriste qui passait par là. Le terroriste a été tué par des tirs de riposte ».

« L'identité de l'attaquant est connue et a été vérifiée. Je ne vous la donnerai pas car des perquisitions sont en cours, pour savoir s'il a bénéficié de complicités », a-t-il dit. Des policiers sur place ont dit qu'ils cherchaient un second assaillant, et Brandet a souligné la possibilité que d'autres personnes auraient pu prendre par à l'attentat.

Selon les médias et les responsables français, lors de l'attentat une voiture s'est approchée d'un véhicule de police garé sur les Champs-Elysées. Un homme est sorti de la voiture et a ouvert le feu, tuant un policier sur le coup. L'homme a pu ensuite s'enfuir à pied, blessant deux policiers sur son passage avant d'être abattu par la police.

L'Etat islamique (EI, ou Daech) a revendiqué l'attentat tard jeudi soir dans un communiqué de son agence de propagande, Amaq. Selon AFP, la milice islamiste a déclaré que l'attaquant était un combattant du groupe, surnommé Abuu Youssef al-Belgiki, « le Belge ».

Selon l'agence Reuters, la police rechercherait également un suspect qui est arrivé en train depuis la Belgique en relation avec l'attentat.

Plus tard, la presse a identifié l'agresseur abattu : il s'agirait de Karim C., un homme de 39 ans vivant en région parisienne avec un lourd casier judiciaire. Si ces informations sont correctes, il est incroyable qu'il ait pu préparer une attaque mortelle contre des policiers. Il avait écopé d'une peine de 20 ans de prison en 2003, après avoir sérieusement blessé deux policiers avec une arme à feu en 2001. Il a pu quitter la prison sur appel des années plus tard, mais il a récemment été détenu à Meaux après avoir déclaré qu'il cherchait des armes pour tuer des policiers.

Selon Audrey Goutard, correspondant de France2, il était « bien connu des services de police. Il a déjà été condamné pour assassinat ». Il aurait été également dans le viseur de la police antiterroriste.

Etonnamment, la police n'aurait pas conclu que Karim C leur posait une menace, et il a été relaché peu avant qu'il aille commettre l'attentat.

Hollande a tenu une conférence de presse vers 23h30 au sujet de l'attentat. Il a déclaré que l'attentat était « d'ordre terroriste » et a promis une « vigilance absolue » lors du scrutin. Il a également annoncé l'organisation d'une commémoration nationale du policier assassiné lors de l'attentat et assuré les forces de l'ordre qu'on leur accorderait un soutien total.

Il a également convoqué une réunion extraordinaire du conseil de défense pour 8h ce matin.

Si les affirmations de Hollande et de l'EI sont correctes, cet attentat est une conséquence de plus des guerres sanglantes de l'Otan en Libye et en Syrie. Les attentats en Europe perpétrés par divers réseaux terroristes instrumentalisés par l'Otan pour renverser le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi puis le président syrien Bachar al-Assad ont déjà fait des centaines de morts. Les attentats à Toulouse en 2012 par Mohamed Merah, l'attentat contre Charlie Hebdo, celui du 13 novembre 2015, ainsi que celui du 22 mars 2016 à Bruxelles étaient tous menés par ces forces.

Vu les liens étroits qui existent entre l'Otan et les réseaux islamistes, d'une part, et la profonde crise politique en France de l'autre, il est entièrement légitime de demander si des fractions de l'appareil d'Etat sont impliquées dans cette attaque.

Face à la colère populaire contre la guerre et la classe politique, à des présidentielles imprévisibles, et à la dislocation historique du PS, la bourgeoisie français est aux aguets. Après les frappes illégales et agressives de Donald Trump en Syrie le 7 avril, elle est terrifiée par la montée du sentiment anti-guerre dans la population, qui a également fait monter le candidat Jean-Luc Mélenchon dans les sondages. Elle a réagi par une escalade des mesures sécuritaires.

Après la déclaration mardi du ministre de l'Intérieur, Matthias Fekl, qu'il mettrait 50.000 troupes dans les rues de France pendant les élections, les médias ont exigé que l'on recadre le débat électoral autour du terrorisme et des forces de l'ordre.

Aucune action du gouvernement ou de ses agences sécuritaires ou de renseignement n'est à prendre pour argent comptant. Des sections considérables de l'élite dirigeante croient manifestement qu'elles ont un intérêt énorme à déplacer l'atmosphère politique très loin à droite avant l'élection dimanche.

Leur principal avantage est le fait qu'aucun des candidats ne s'oppose à leur programme militariste et sécuritaire. Au contraire, les principaux candidats, qui participaient à un débat télévisé quand l'attaque s'est déroulée, ont tous applaudi la police, y compris Mélenchon. Sa réaction souligne que le dirigeant de la France insoumise n'est pas une alternative « de gauche » aux autres candidats.

La néo-fasciste Marine Le Pen a écrit sur Twitter : « Émotion et solidarité pour nos forces de l'ordre, à nouveau prises pour cible », alors que François Fillon (LR) écrivait : « Hommage aux forces de l'ordre qui donnent leur vie pour protéger les nôtres. #ChampsElysees ».

Même son de cloche chez Emmanuel Macron d'En Marche, qui bénéficie du soutien de la majorité du PS : « Je veux témoigner de ma solidarité à toutes les forces de l'ordre. J'ai bien sûr une pensée pour la famille du policier tué ».

Mélenchon a pour sa part écrit sur Twitter : « Nous adressons une pensée émue à la famille du policier décédé et aux familles des policiers blessés. ... Les criminels ne seront jamais impunis et leurs complices jamais oubliés ».