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Washington menace l’Iran de guerre

Par Bill Van Auken
22 avril 2017

Trois mois après l’arrivée au pouvoir du gouvernement le plus à droite dans l’histoire moderne des États-Unis, le sens de la doctrine de « l’Amérique d’abord » proclamée par Donald Trump dans son discours inaugural a été indiqué clairement par les actes de Washington : la guerre américaine partout.

La plus récente menace d’agression militaire a été prononcée mercredi par le secrétaire d’État Rex Tillerson contre l’Iran. Elle est intervenue au milieu de la stratégie de la corde raide nucléaire de Washington sur la péninsule coréenne et suivait l’attaque américaine aux missiles de croisière lancée contre la Syrie au motif d’allégations sans aucune preuve sur l’utilisation d’armes chimiques, et le bombardement en Afghanistan avec la bombe la plus destructrice utilisée depuis les attaques atomiques sur le Japon en 1945.

La diatribe belliqueuse de Tillerson est intervenue un jour après que le gouvernement a certifié au Congrès américain que Téhéran respecte pleinement l’accord nucléaire négocié en 2015 avec les grandes puissances, réduisant son programme nucléaire en contrepartie de la levée de sanctions économiques punitives. Les termes de l’accord empêchent l’Iran de développer des armes nucléaires, ce que son gouvernement a toujours dit n’avoir jamais eu l’intention de le faire.

La déclaration du secrétaire d’État américain semblait avoir été orchestrée pour dissiper toute illusion que le respect par Téhéran de l’accord nucléaire aurait la moindre influence sur les intentions de Washington d’organiser des provocations militaires ou des agressions directes contre l’Iran.

Tillerson a lancé une accusation cinglante, bien que parfois peu cohérente, contre l’Iran, « le principal État commanditaire du terrorisme dans le monde ». Il l’a accusé d’avoir « intensifié de multiples conflits et compromis les intérêts des États-Unis dans des pays comme la Syrie, le Yémen, l’Irak et le Liban, et avoir continué à soutenir les attaques contre Israël. »

Il a ensuite dénoncé l’Iran pour ce qu’il a qualifié de « l’un des plus graves bilans du non-respect des droits de l’homme au monde. »

De telles allégations, qui sortent de la bouche de l’ancien PDG d’ExxonMobil, qui est maintenant le visage de Washington dans le monde, puent l’hypocrisie.

En Syrie, au Yémen et en Irak, l’impérialisme américain porte la responsabilité directe de la mort de plus d’un million de personnes, du déplacement de dizaines de millions d’autres et, dans le cas du Yémen, de la conduite d’une population entière au bord de la famine. L’invasion américaine de l’Irak il y a 14 ans, les interventions militaires directes des Américains et les guerres orchestrées par la CIA pour les changements de régime en Libye et en Syrie, et le soutien des États-Unis pour la guerre presque génocidaire dirigée par l’Arabie Saoudite contre les Yéménites, ont détruit des sociétés entières et transformé une grande partie de la région en un gigantesque champ de bataille.

En ce qui concerne les « droits de l’homme », Tillerson pointait le doigt sur Téhéran, alors même que Trump donnait l’accolade au dictateur égyptien, le général Abdel Fattah el-Sisi, responsable du massacre de milliers de manifestants et l’emprisonnement et de la torture de dizaines de milliers d’autres. En même temps que le secrétaire d’État livrait sa diatribe à Washington, le secrétaire américain à la Défense, James, Mad Dog, Mattis était en Arabie Saoudite pour rendre hommage à une famille de dictateurs qui interdisent toute dissidence et condamnent régulièrement à la décapitation ceux qui osent s’y opposer.

Et, lorsqu’il s’agit d’exporter la terreur, Washington n’a vraiment pas d’égal. Al-Qaïda, l’État islamique et les milices islamistes du même genre ont tous débuté par le biais des opérations secrètes de la CIA qui les utilisait comme intermédiaires des États-Unis pour mener des agressions et des opérations de changement de régime.

Sur l’accord nucléaire signé entre l’Iran et le soi-disant P5 + 1 (Chine, France, Russie, Royaume-Uni, États-Unis et l’Allemagne), Tillerson a précisé qu’en ce qui concerne le gouvernement américain, il ne vaut pas le papier sur lequel il est imprimé.

L’accord, a-t-il dit, « ne parvient pas à atteindre l’objectif d’un Iran non nucléaire ; cela ne fait que retarder leur objectif de devenir un État nucléaire. Cet accord représente la même approche passée et inefficace qui nous a conduite à la menace imminente actuelle qu’incarne la Corée du Nord. Le gouvernement Trump n’a pas l’intention de refiler la responsabilité pour l’Iran à un prochain gouvernement. »

Que signifie cet ultimatum ? « L’objectif d’un Iran non nucléaire » exigerait que le pays renonce à toute la technologie nucléaire, détruise ses installations existantes et place probablement ses scientifiques sous la surveillance rapprochée des États-Unis. La « la même approche passée et inefficace » indique que pour lui il ne reste absolument rien à négocier.

Et le vœu de ne pas « refiler la responsabilité » à un prochain gouvernement américain signifie que le gouvernement Trump a l’intention de lancer une guerre pour soumettre cette nation de plus de 77 millions d’habitants aux diktats de l’impérialisme américain. Son objectif est de restaurer le genre de domination américaine qui régnait sous la dictature sanglante du Shah, un retour en arrière de quatre décennies, même si cela devait coûter la vie à des millions de personnes.

Compte tenu de l’insistance du gouvernement Trump à ne pas donner d’indications quant à ses plans d’action militaire avant qu’ils soient exécutés, le gouvernement iranien doit calculer qu’un barrage de missiles de croisière américains pourrait tomber sur Téhéran à tout moment.

Cette politique d’agression assumée est dirigée par la cabale des généraux, récemment à la retraite ou en service actif, chargés de la politique étrangère des États-Unis dans le cadre du gouvernement Trump. Ils voient l’Iran comme le principal obstacle à l’imposition de l’hégémonie des États-Unis sur les régions riches en pétrole du Moyen-Orient et de l’Asie centrale, que le Pentagone a cherché à obtenir au moyen d’une guerre pratiquement ininterrompue depuis un quart de siècle. Les huiles de l’armée américaine éprouvent énormément de ressentiment du fait que la guerre américaine en Irak a largement contribué à renforcer l’influence iranienne dans la région.

La témérité de vouloir ouvrir un nouveau front de confrontation militaire avec l’Iran dans une situation où les provocations américaines en Asie orientale contre la Corée du Nord continuent d’accroître le risque de guerre, y compris le risque d’un conflit nucléaire, est étonnante. Il y a eu des informations jeudi que la Russie a envoyé des troupes et du matériel militaire à sa frontière avec la Corée du Nord, tandis que la Chine a exprimé son inquiétude face aux exercices aériens provocateurs des États-Unis et de la Corée du Sud qui simulent une attaque sur la Corée du Nord.

Cette agitation apparemment sauvage à la recherche d’une confrontation militaire de la part de Tillerson et de la hiérarchie du Pentagone est l’expression subjective de la crise objective du système capitaliste, ancrée dans le même conflit fondamental entre l’économie mondiale et le système capitaliste des États-nations qui provoqua deux guerres mondiales deux fois au 20 siècle.

La classe dirigeante parasite et criminelle américaine, dont Trump est un parfait représentant, considère de plus en plus la guerre comme la seule issue des crises économiques et sociales pour lesquelles elle ne peut proposer aucune solution progressiste. Ainsi, de nouveaux actes et menaces de militarisme dans un pays après l’autre sont mis en œuvre quasi quotidiennement, avec le soutien des médias des grandes entreprises qui servent volontairement d’instrument de propagande de guerre, et à la complicité totale du Parti démocrate qui a critiqué Trump depuis la droite comme « trop mou » avec la Russie et la Syrie.

Alors que l’opposition au militarisme et à la guerre ne trouve aucune expression dans l’establishment actuel, elle est profondément enracinée dans la classe ouvrière, tant aux États-Unis qu’à l’international. Cette opposition doit trouver une expression consciente dans l’organisation d’un nouveau mouvement de masse contre la guerre, s’appuyant sur la mobilisation de la classe ouvrière sur un programme socialiste et internationaliste, indépendant et hostile à tous les partis et organisations de la classe capitaliste.

C’est la seule chose qui puisse arrêter la guerre, y compris la guerre nucléaire qui mettrait en péril la survie même de l’humanité.

Nous exhortons tous nos lecteurs et sympathisants à se joindre à ce combat et à participer et faire réussir le Rassemblement international sur Internet le 30 avril, organisé par le Comité international de la Quatrième Internationale, dont le but primordial est d’unir les travailleurs à travers le monde contre Guerre impérialiste.

(Article paru en anglais le 21 avril 2017)