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Les États-Unis s’apprêtent à demander l’arrestation de Julian Assange

Par Kevin Reed
22 avril 2017

Selon un rapport de CNN jeudi, le ministère américain de la Justice a préparé les plaintes dont il a besoin pour demander l’arrestation du fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, qui séjourne en asile à l’ambassade équatorienne à Londres depuis juin 2012.

Des responsables américains ont déclaré aux journalistes de CNN que les enquêteurs ont « la preuve que WikiLeaks a joué un rôle actif en aidant Edward Snowden, un ancien analyste de la NSA, à divulguer une cache massive de documents classés. »

Cela représente un changement notable dans l’angle d’attaque américain pour persécuter le fondateur de WikiLeaks, on passe de l’accusation d’avoir publié des documents fournis par Chelsea Manning et d’autres lanceurs d’alerte à l’identification de Wikileaks comme le destinataire des fuites afin de pouvoir affirmer que c’était un complice dans la fuite des documents révélés par Snowden.

Bien qu’il ait évité de nommer Assange, le procureur général Jeff Sessions, interrogé sur la question au cours d’une conférence de presse jeudi, a déclaré : « Nous avons déjà commencé à intensifier nos efforts et chaque fois qu’une accusation peut être envisagée, nous chercherons à mettre des gens en prison. »

CNN a interrogé l’avocat d’Assange, Barry Pollack, au sujet du rapport. Celui-ci a déclaré : « Nous n’avons eu aucune communication avec le ministère de la Justice et ils ne m’ont pas indiqué avoir porté plainte contre M. Assange. »

Pollack a ajouté : « Ils n’ont pas voulu avoir de discussion, malgré nos demandes répétées qu’ils nous informent de l’état d’avancement des enquêtes en cours sur M. Assange. Il n’y a aucune raison pour que Wikileaks soit traité différemment de n’importe quel autre éditeur. »

Les informations de CNN viennent une semaine après que le directeur de la CIA, Mike Pompeo, a prononcé un discours très médiatisé au Centre d’études stratégiques et internationales où il a attaqué à la fois Julian Assange et Edward Snowden. Pompeo a déclaré pendant la séance de questions qu’Assange n’est pas un citoyen américain et « n’a pas les libertés garanties par le Premier amendement. »

Assange a répondu dans un communiqué vendredi dernier qualifiant les propos de Pompeo de « dangereux » et de tentative « d’étouffer la liberté de parole ». La déclaration de WikiLeaks a également comparé l’effort de Pompeo pour diaboliser Assange à la campagne contre le président syrien Bachar al-Assad.

À la fois, le discours de Pompeo et le rapport divulgué sur les mises en accusation imminentes contre Assange indiquent clairement que le gouvernement Trump passe rapidement à une attaque directe contre les droits garantis par le Premier amendement de la Constitution américaine. Dans la même logique que ses politiques de guerre téméraires, le gouvernement tente d’étouffer toute autre révélation des activités criminelles du dispositif de renseignements militaires de l’État.

La décision du ministère de la justice est liée à la récente confirmation de l’élection du nouveau président de l’Équateur, Lenín Moreno, qui a battu Guillermo Lasso après un deuxième dépouillement des voix. Les États-Unis envisageaient d’exploiter une éventuelle défaite de Moreno, qui a défendu Assange jusqu’à maintenant et s’est opposé à son extradition de l’ambassade d’Équateur à Londres.

Le ministère de la Justice compte sur le soutien enthousiaste du Congrès des États-Unis et des médias institutionnels dociles pour soutenir son assaut sur les droits démocratiques. Dans un entretien avec Wolf Blitzer de CNN, le représentant Peter King du Parti républicain de New York, a déclaré : « Je suis content que le ministère de la justice ait trouvé un moyen de poursuivre Assange. Il a eu la belle vie pendant trop longtemps. »

(Article paru d’abord en anglais le 21 avril 2017)