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Des centaines de milliers de gens dans le monde participent à la Marche pour la Science

Par Bryan Dyne
24 avril 2017

Des centaines de milliers de scientifiques, de chercheurs, de travailleurs et de jeunes sont prêts à participer à la Marche pour la science organisée samedi. Le rassemblement principal a lieu à Washington, DC, avec des manifestations et des marches en solidarité qui se déroulent dans plus de 600 endroits à travers le monde, impliquant des personnes dans au moins 130 pays et englobant six continents. Ce devrait être la plus grande manifestation pro-science au monde à ce jour.

L’impulsion initiale pour cette marche s’est produite lorsque l’administration Trump a supprimé toutes les références au changement climatique du site Web officiel de la Maison Blanche après l’investissement de Trump. Les scientifiques à travers les États-Unis ont vu cela comme la salve d’ouverture dans une attaque beaucoup plus large sur la science en général, ce qui a mené à la création du groupe Facebook de la Marche pour la Science appelant à une manifestation à Washington, DC, reflétant les manifestations précédentes contre l’administration Trump avant et pendant les semaines qui ont suivi les premiers jours de la présidence de Trump.

Plus largement, la Marche pour la Science reflète le sentiment général anti-Trump dans la majorité de la population américaine et mondiale. Le fait que le groupe Facebook ait attiré plus de 830 000 membres montre combien de personnes, scientifiques et non-scientifiques de tous les coins du globe, cherchent à s’opposer au gouvernement Trump et à sa politique réactionnaire.

Cela se voit notamment dans le fait que la marche a été approuvée par presque toutes les organisations américaines ayant une orientation vers la science et par plusieurs institutions scientifiques internationales, y compris l’Association américaine pour l’avancement des sciences, la Société planétaire, l’Union des scientifiques concernés et le Bulletin des scientifiques atomiques. Les exceptions notables en sont les organismes scientifiques officiels de divers gouvernements, tels que l’ESA ou la NASA, mais il y a sans aucun doute des individus dans ces organisations qui soutiennent les marches et y participeront.

L’événement est dirigé par trois coprésidents honoraires, le docteur Mona Hanna-Attisha, Bill Nye de l’émission The Science Guy et le docteur Lydia Villa-Komaroff, qui ont été tous impliqués à un certain niveau dans la défense de la science au plan politique. Le docteur Hanna-Attisha s’est battue pour exposer l’intoxication au plomb à Flint aux États-Unis, Bill Nye s’est prononcé à plusieurs reprises contre les négationnistes du changement climatique et le docteur Villa-Komaroff fut une pionnière dans le domaine de la biotechnologie.

Malgré cela, malgré les origines anti-Trump de la Marche pour la Science, les organisateurs se sont efforcés d’éviter toute discussion sur les politiques antiscientifiques de divers responsables de l’administration Trump, de l’administrateur de l’EPA (Environment Protection Agency – Agence pour la protection de l’environnement), Scott Pruitt, au Secrétaire d’énergie Rick Perry à Trump lui-même. Aucune mention n’a été faite des politiques qui permettent la destruction de l’environnement, les attaques contre l’éducation publique ou diverses formes de censure auxquelles les scientifiques aux États-Unis et à l’étranger font souvent face, et encore moins le danger croissant de la guerre nucléaire et la menace existentielle que cela pose à toute la vie sur terre.

Ces limitations sont résumées dans la déclaration selon laquelle les attaques contre la science « ne sont pas une question partisane ». Bien que le mission statement [les objectifs affichés]de la Marche pour la Science note bien que la science a été attaquée par les républicains et les démocrates aux États-Unis, cela n’explique pas la nature foncièrement politique de cette question.

C’est particulièrement frappant lorsque l’on considère que l’une des trois coprésidents d’honneur de l’événement est la docteur Mona Hanna-Attisha, directrice du programme de résidence pédiatrique du Centre médical de Flint Hurley, et la personne qui a la première révélée le doublement et le triplement du taux de plomb dans le sang des enfants de Flint depuis avril 2014. Les principes scientifiques qui ont permis d’établir la réalité de cet empoisonnement au plomb ont été établis par des décennies de travail, en particulier ceux qui permettent d’affirmer son effet potentiellement mortel, surtout chez les enfants.

C’est devenu un problème hautement politique pour les résidents de Flint, qui sont outragés du fait que ce problème était connu des responsables de la ville et de l’État, mais a été ignoré par le liquidateur judiciaire Darnell Earley, nommé par l’État pour réduire les dépenses de fonctionnement de la ville afin de payer les dettes aux banques de Wall Street. La docteur Hanna-Attisha elle-même a été attaquée par les responsables de la ville et de l’État, accusée d’avoir falsifié les données au moment même où des résidents tombaient malades et mouraient.

Les forces qui ont tenté de faire le silence sur les données sur l’intoxication au plomb à Flint peuvent relier leur patrimoine politique à ceux qui ont nié le risque d’un hiver nucléaire pendant près de quatre décennies, ceux qui ont attaqué la théorie de l’évolution pendant le procès de l’affaire du singe de Scopes en 1925 qui attaquait le droit d’enseigner l’évolution, et même aussi loin que les méthodes réactionnaires utilisées pour faire taire l’idée de Copernic que la Terre tourne autour du Soleil. Dans chacun de ces cas, les scientifiques menaçaient des intérêts matériels et politiques et ont été attaqués avec force.

Le défi pour ceux qui participent à la marche d’aujourd’hui n’est pas simplement de « célébrer la science », mais de relier les attaques contre la science aux attaques plus larges du capitalisme contre tous les aspects progressistes de la société moderne, un système social et économique dans lequel toute activité humaine est subordonnée au motif du profit. En tant que tels, les scientifiques et leurs partisans doivent relier la défense de la science à la lutte contre les élites capitalistes de la force sociale la plus progressiste de la société, la classe ouvrière.

(Article original paru en anglais le 22 avril 2017)