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Mélenchon refuse de prendre position sur le second tour

Par Alexandre Lantier
29 avril 2017

Dans une vidéo d'une demie-heure sur son blog, le candidat de la France insoumise (FI) Jean-Luc Mélenchon a décidé de ne pas prendre position sur le second tour, le 7 mai, entre la néo-fasciste Marine Le Pen et l'ex-banquier Emmanuel Macron.

C'est une lâche tentative d'évader ses responsabilités politiques. Mélenchon a remporté presque 20 pour cent du vote, ainsi que des villes dont Marseille, Toulouse, Lille, et la banlieue nord de Paris. Il a prise la parole hier, alors que des lycéens à travers la France étaient mobilisés contre une élection entre une néo-fasciste et l'ex-ministre de l'Economie du gouvernement PS qui prône l'état d'urgence, l'austérité, et un retour au service militaire.

Sous ces conditions, le Parti de l'égalité socialiste (PES) appelle à un boycott actif des élections, afin de mobiliser l'opposition explosive et la colère sociale des travailleurs contre le candidat gagnant, que ce soit Macron ou Le Pen.

Mélenchon par contre a indiqué qu'il participerait au vote du 7 mai, mais en soulignant qu'il cacherait son choix aux membres de la France insoumise (FI) pour qu'ils ne se sentent pas trahis par sa décision. Il a seulement indiqué qu'il ne voterait pas Le Pen.

« Moi j'irai voter », a-t-il dit, avant de poursuivre : « Après, ce que je vais voter, je ne vais pas le dire. Mais il n'y a pas besoin d'être grand clerc pour arriver à deviner ce que je vais faire. Mais pourquoi je ne le dis pas ? Pour que vous puissiez rester regroupés. Pour que vous puissiez rester regroupés. Parce que pour que chacun d'entre vous, quelle que soit la décision qu'il va prendre, puisse rester en cohérence avec le vote qu'il a fait à la présidentielle pour moi, qu'il puisse continuer à être fier de son vote, qu'il n'ait pas été démenti par son candidat ».

Mélenchon, qui est ex-ministre PS comme Macron, a ajouté que si les membres de la FI avaient été des alliés politiques de longue date, il aurait pu leur dire ce qu'il allait faire. Mais ils sont divisés entre des partisans d'un vote Macron et des forces hostiles à Macron et à Le Pen, et Mélenchon a dit qu'il ne voulait pas prendre position afin d'éviter de diviser son mouvement.

Il a déclaré, « Peut-être que si on avait vécu ensemble 10 ans de vie politique, le mouvement et 15 ans, peut-être que j'aurais dit 'eh les amis, voilà ce que je fais'. On serait assez intime en quelque sorte pour que je puisse faire des confidences, mais là je ne dois pas le faire. Si je le fais, je vous divise ».

Ce qui ressort des commentaires de Mélenchon, c'est qu'il n'a aucune ligne politique indépendante.

Que son intention soit de voter Macron ou de glisser un bulletin blanc dans l'urne, son silence est un signe de banqueroute politique. S'il défendait Macron, comme ses ex-camarades dans la direction du PS, ses promesses de campagne de s'opposer au libéralisme et au militarisme s'avéreraient n'être que des mensonges. Si, en fait, il a l'intention de voter blanc en silence, parce qu'il considère qu'il s'oppose à la fois à Le Pen et à Macron, c'est un aveu d'impuissance politique.

Appeler à un boycott et s'opposer aux deux candidats signifie lutter pour un mouvement politique de masse dans la classe ouvrière. Il s'agit de faire appel à la profonde opposition parmi les travailleurs contre l'austérité, et aux 70 pour cent de la population qui étaient hostiles à la loi Travail et qui rejettent à présent l'impasse du choix entre Le Pen et Macron. Cela signifie rejeter et démasquer le torrent de mensonges politiques dans les médias, censés discréditer l'opposition de gauche à Macron en la traitant d'allié du néo-fascisme.

Le PES lutte pour cette ligne parmi les travailleurs et les jeunes, en expliquant que ceci nécessite une perspective révolutionnaire, socialiste, et internationaliste pour lutter contre l'opposition sans merci qu'une telle offensive provoquerait dans la classe dirigeante en France et à l'international.

Les propositions de Mélenchon, par contre, sont minées par des contradictions fatales. Ayant avoué que la FI est trop divisée même pour prendre position sur la campagne de macron, il prétend ensuite que c'est « une force stable et rassemblée » qui pourrait réaliser un bon score aux législatives en juin et servir de guide à la France.

Il a dit, « c'est une situation extrêmement tendue, c'est une violence qui est faite à la plupart d'entre nous. Et de cette violence, il ne peut pas sortir une situation stable parce que la nature même des protagonistes du second tour interdit cette stabilité, l'un parce que c'est l'extrême finance, l'autre parce que c'est l'extrême droite ». Il a ajouté que le FI est donc « un atout pour le pays, parce que quel que soit le résultat du 2e tour, nous avons à faire à un personnage qui tous les deux portent un projet qui va diviser tout le monde, créer une pagaille inouïe dans ce pays ».

Mélenchon est un ex-ministre PS ayant de nombreux contacts dans les services, datant des années 1980, quand il servait d'assistant au président PS François Mitterrand. Il est très bien informé sur le caractère explosif de la situation sociale en France et à travers l'Europe. Ce qu'il propose n'est pas une politique de gauche pour mobiliser la classe ouvrière en lutte. Il avance plutôt de vagues espoirs qu'à travers des combinaisons parlementaires, la FI pourrait manœuvrer avec le ou la réactionnaire qui prendra le contrôle de la toute-puissante présidence française.

En fait, il propose ceci : toute personne voulant créer un mouvement d'opposition de gauche à Macron et à Le Pen doit rester piégé dans une organisation qui est si divisée et tributaire de l'opinion officielle qu'elle n'ose même pas prendre position sur Macron. Cette démonstration d'impuissance ne fera qu'encourager la démagogie populiste de Le Pen, qui a affiché sa propre vidéo hier pour demander aux électeurs de la FI de voter pour elle le 7 mai.

Mélenchon a conclu sa vidéo en décrivant la stratégie d'ambiguïté sur Macron comme étant la position commune de la FI et de nombreux appareils syndicaux dont la CGT, FO, et Solidaires. Il a discuté de la consultation à venir des membres Internet de la FI sur la position à prendre au second tour, mais seulement pour indiquer que ce vote n'aura aucune importance réelle.

Il a dit, « Cette consultation ne vaudra pas décision. On donnera un tableau, on dira voilà ce que pensent les Insoumis. J'espère que vous serez nombreux à vous exprimer. On dira voilà ce que pensent les Insoumis. On ne dira pas il y a une majorité, une minorité, l'un l'a emporté sur l'autre, parce que nous ne sommes pas un parti ».

En clair, les membres de la FI peuvent voter comme ils voudront, Mélenchon et la direction de la FI ont décidé qu'il n'y aura pas de lutte. Ceci souligne le caractère fondamentalement réactionnaire des positions postmodernes avancées par Mélenchon dans des livres tels que L'ère du peuple : que l'ère du socialisme, d'un rôle indépendant de la classe ouvrière, de la gauche, et des partis politiques est révolue. Comme le PES l'avait dit, ceci indique l'hostilité de Mélenchon envers la construction d'un mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière.

Au lieu d'être organisés dans un parti d'avant-garde discipliné, les travailleurs et les étudiants seraient piégés dans des groupements informes, semi-anarchistes, et impuissants dirigés par des politiciens bourgeois expérimentés. La déclaration de Mélenchon aujourd'hui souligne que cette perspective, loin d'ouvrir une voie pour la lutte des classes, l'étrangle.

L'alternative pour les masses de gens qui veulent lutter contre Macron et contre Le Pen n'est pas Mélenchon, mais la construction du PES en tant que section française du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI), l'avant-garde trotskyste de la classe ouvrière en France.