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Les blairistes déclarent le Parti travailliste britannique non-éligible

Par Robert Stevens et Chris Marsden
29 avril 2017

L’aile droite du Parti travailliste mène ouvertement maintenant une campagne pour une défaite de son propre parti lors des élections générales du 8 juin.

Hier, le vieux criminel de guerre Tony Blair lui-même est intervenu sur la chaîne Sky TV de Rupert Murdoch et a refusé d’approuver le chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn, déclarant que la Premier ministre conservatrice Theresa May remporterait l’élection.

La question n’était pas de mener une « élection conventionnelle en faveur de son propre camp » qui reléguerait la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne à un problème parmi d’autres, a-t-il affirmé. La tâche était de créer une opposition parlementaire à un Brexit (sortie de l’UE) qui écarte « l’adhésion au marché unique et l’union douanière de la discussion » qui soit en dehors des lignes des partis. Sur cette base, Blair a exhorté les électeurs à envisager également de voter pour les démocrates libéraux et des conservateurs anti-Brexit.

Dans le Parti travailliste et dans les médias, les partisans de Blair reprennent le thème de l’impossibilité de faire élire les travaillistes avec Corbyn à leur tête avec encore moins de retenu que leur mentor politique. Une caractéristique frappante de cette offensive est la façon dont elle se concentre sur la dénonciation de tout appel à l’égalité sociale.

Mercredi, l’éditorialiste du Guardian Polly Toynbee a demandé : « Comment le Parti travailliste peut-il résister à ce raz de marée conservateur ? »

Elle a cité une réunion du mardi matin à l’Institut Smith où les députés travaillistes ont écouté une présentation de Deborah Mattinson, du groupe de discussion Britain Thinks, et Nick Pecorelli, de l’institut de sondage The Campaign Company qui ont suivi le sort du Parti travailliste sur des décennies.

Ces « sondeurs de pointe », a déclaré Toynbee sur un ton apocalyptique, ont expliqué que le les travaillistes étaient voués à l’échec parce que « la division de classe et de culture entre les dirigeants du Parti travailliste et ceux qui sont censés voter pour lui est trop profonde pour pouvoir surmonter leurs différences ».

Mattinson et Pecorelli avaient expliqué que « la pensée » des électeurs de la classe ouvrière, « se résume maintenant à dire que les travaillistes n’aiment pas “les gens comme nous”, ne sont pas “de notre côté”. Ils sont de quel bord alors ? C’est le parti des rupins des villes qui ne défendent que les immigrants et les personnes vivant des allocations. »

Elle poursuit : « Les mots utilisés par la direction ont peu de sens ou de résonance avec les électeurs du Parti travailliste. « L’austérité » c’est du blabla pour eux, dit Mattinson. La justice sociale, l’égalité, l’équité : elles n’ont pas de résonance ; ce sont des abstractions qui, si on les comprend, sont abordées avec méfiance : encore plus d’argent pour les immigrants et les personnes vivant des allocations. »

La réunion citée par Toynbee est bien cernée comme étant encadrée par un groupe de réflexion dirigé par la droite travailliste, mettant en vedette deux travaillistes de droite donnant des conseils aux députés travaillistes de droite sur la nécessité de virer plus encore à droite.

Mattinson et Pecorelli, ces sondeurs apparemment désintéressés, ont raconté à la bureaucratie travailliste précisément le message qu’elle veut entendre parce que ce sont tous deux des créatures politiques engendrées par les entrailles de la machine du parti. Et les deux ont joué leur propre rôle pendant des décennies à pousser le Parti travailliste à droite sous Blair et puis de même sous son successeur Gordon Brown.

Campaign Company se vante que Pecorelli était conseiller de Brown et « Secrétaire général adjoint du Parti travailliste s’occupant des campagnes et lignes politiques, des conseils économiques et de la gestion du NHS [la Sécurité sociale]. »

Mattinson était le sondeur en chef de Brown lorsqu’il était ministre des Finances de Blair de 1997 à 2007 et est restée au poste après que Brown eut succédé à Blair comme Premier ministre en 2007. Elle a écrit de nombreux articles pour le groupe de réflexion blairiste Progress.

Le Smith Institute, nommé d’après l’ancien chef travailliste John Smith, est dirigé par Paul Hackett, précédemment « Conseiller spécial du vice-premier ministre, de John Prescott et d’autres ministres au ministère des Collectivités locales (1997-2005). »

Tous ces gens ont profité de leurs liens politiques avec la bureaucratie pour se recycler dans le secteur privé, afin qu’ils puissent être payés plus généreusement pour leurs connaissances très précieuses.

Mattinson a commencé sa carrière sous la direction d’un consultant politique et d’un ancien responsable de la publicité, Philip Gould, l’homme recruté par le directeur des communications de Blair, Peter Mandelson, comme stratège et conseiller sur les votes pour les travaillistes lors des élections générales de 1987, 1992, 1997, 2001 et 2005.

Un article du New Statesman en 2010 note qu’elle était très impliquée dans, et a aidé Gould à gérer, « quelque chose appelé l’Agence des communications à l’Ombre, qui avait été chargé de rendre les travaillistes plus acceptables à l’électorat. Ainsi, est né le groupe de discussion, un phénomène courant dans les agences de publicité, mais jusqu’alors inconnu dans le monde de la politique britannique. »

L’article indique que, selon Blair et Brown, « il n’y avait guère d’annonce de politique intérieure qui n’avait pas été testée d’abord sur la classe moyenne britannique pour ses réactions ».

Le travail antérieur de Mattinson pour le compte du Parti travailliste comprend « l’Émergence des ténèbres », un rapport interne commandé par la dirigeante par intérim du parti, Harriet Harman en 2015, suite à la défaite lors des élections générales de 2015 sous Ed Miliband.

Sur la base d’entretiens avec 10 groupes de discussion à Watford, Croydon, Nuneaton, Édimbourg et Glasgow, le rapport indique que, sous Miliband, le Parti travailliste était « tombé dans les griffes des milieux indignes ». Il fallait « redéfinir et revitaliser sa marque » et représenter « les électeurs de la classe moyenne et non seulement les sans-abri. »

Le rapport a été salué par les Blairistes comme indiquant la direction à suivre pour le parti, avant que la victoire écrasante de Corbyn, désigné à la tête du parti sur un programme anti-austérité et anti-guerre, bloque ces intentions.

Cela a annoncé une campagne de 18 mois pour se débarrasser de Corbyn par tous les moyens nécessaires, jusqu’ à l’offensive actuelle pour assurer la défaite du parti le 8 juin.

Le mépris pour les gens « indignes » et l’hostilité envers la « justice sociale, l’égalité, l’équité » soulignent quelles sont les couches sociales réellement représentées par le Parti travailliste.

Quant à Mattinson, elle a été cofondatrice d’Opinion Leader Research Limited (OLR), propriété de Chime Communications. En 2007, elle détenait environ 2 millions de parts pour valeur d’environ 1 million de livres sterling dans Chime Communications. Les comptes de l’OLR ont montré que ses trois PDG, dont Mattinson et la cofondatrice Viki Cooke, ont empoché ensemble en 2007 des émoluments globaux, hors contributions à la retraite, de 445 502 livres sterling. Le troisième, dont le nom n’est pas connu et qui a empoché le montant le plus élevé des trois, a empoché 223 000 livres.

Quand le Premier ministre Brown eut perdu l’élection en 2010, Mattinson et Cooke ont quitté Chime pour mettre en place Britain Thinks plus tard la même année.

Tout en déblatérant la propagande de droite qui dénonce les allocataires sociaux, c’est la couche sociale incarnée par Mattinson et Pecorelli qui a accumulé d’énormes richesses grâce à leur relation parasite avec la bureaucratie des syndicats et du Parti travailliste.

Une enquête de 2007 par le Sunday Telegraph a constaté que dans les deux années précédentes, OLR décrocha des contrats d’une valeur de près de 3 millions de livres sterlings « couvrant un ensemble étonnant de ministères et organismes gouvernementaux. » Ceux-ci comprenaient le ministère des finances géré par Brown et le ministère des affaires constitutionnelles « Quand il a été dirigé par la chef adjointe du Parti travailliste, Harriet Harman, une amie proche de Mlle Mattinson. »

L’organisme Britain Thinks, dont le dernier travail sur les prochaines élections de juin a été décrit par Blair lui-même comme « la lecture obligatoire », se vante de ses relations avec des clients dont McDonald's, E-Bay, British Gas, Centrica, Barratt Development, Morrison's et Waitrose. D’autres clients répertoriés sont le ministère de l’Intérieur du gouvernement britannique et, surprise, le Guardian.

Mattinson, Pecorelli, Cooke et Toynbee représentent la lie politique du New Labour (Nouveau Parti travailliste). Les opinions qu’ils citent sont celles des « groupes de discussion » qui servent à renforcer un message politique qui bénéficie à une couche sociale privilégiée devenue extrêmement riche à la suite du programme de libéralisation de l’économie et de privatisations, défendu par Blair et Brown.

Ils ont beaucoup plus en commun avec Theresa May qu’avec les victimes de son gouvernement. Seules ces créatures égoïstes et vénales pourraient décrire les références aux mesures d’austérité qui ont ruiné la vie de millions de personnes comme du « blabla ».

La réunion mentionnée par Toynbee et les points de vue qui y étaient exprimés soulignent que, même avec Corbyn à sa tête, le Parti travailliste reste le vecteur politique de cette couche sociale cupide, pleine de peur et de mépris pour la classe ouvrière.

À lire également :

Britain : Brown’s “new politics” a cynical cover for authoritarianism

[10 septembre 2007]

(Article paru en anglais le 28 avril 2017)