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Réunion de l’IYSSE en défense de l’association des étudiants de Brême contre les attaques de Jörg Baberowski

Par nos correspondants
18 février 2017

« Pourquoi Jörg Baberowski poursuit-il en justice la représentation étudiante de Brême ? » C’est sous ce titre que l’International Youth and Students for Social Equality (IYSSE – Étudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale) a organisé une réunion à l’université Humboldt de Berlin pour défendre la liberté d’expression de l’Asta (représentation étudiante) de Brême.

La réunion à l’université Humboldt en défense de la représentation étudiante de Brême

Tandis que la vaste majorité de l’auditoire, composé de travailleurs et d’étudiants, était solidaire avec l’Asta de Brême et soutenait les critiques formulées contre Baberowski, le professeur Johannes Helmrath, de Humboldt, et un groupe d’étudiants de droite étaient venus pour défendre les agissements autoritaires de Baberowski.

Baberowski a engagé des poursuites judiciaires contre l’Asta de Brême et déposé au tribunal de grande instance (Landgericht) de Cologne une demande en référé empêchant les représentants de l’Asta de le citer et de commenter certaines des déclarations de Baberowski. L’Asta a introduit un recours et l’affaire a été examinée mercredi, 15 février, par le tribunal de Cologne.

Deux représentants de l’Asta de Brême, Jan-Eric Hahn et Irina Kyburz, figuraient parmi les orateurs. Leurs interventions ont immédiatement mis en évidence l’extrême gravité qu’aurait l’application d’un musellement par décision de justice : « Nous ne sommes pas autorisés à s’exprimer notre point de vue sur cette affaire », a dit Irina, « et c’est très regrettable. »

Irina de l’Asta de Brême

Ce genre de mesure fait pendre au-dessus des étudiants une épée de Damoclès, a expliqué Sven Wurm, porte-parole de l’IYSSE, dans son introduction. « Si une telle pratique aboutissait, alors les étudiants devraient à l’avenir se demander s’ils ont suffisamment d’argent pour financer un avocat et un procès avant d’émettre des critiques à l’encontre des points de vue de droite de leurs professeurs. »

L’Asta de Brême a reçu de nombreux témoignages de soutien et de solidarité. Le 2 février, plus d’une centaine d’étudiants avaient participé à une réunion de soutien à l’université de Brême et plusieurs représentations des étudiants avaient envoyé des messages de solidarité, y compris le parlement étudiant de l’université libre de Berlin et plusieurs représentations d’étudiants de l’université Humboldt.

Plusieurs professeurs ont témoigné de leur solidarité lors d’entretiens, comme l’a relaté Jan-Eric de l’Asta de Brême. Beaucoup n’avaient cependant pas eu le courage de prendre position publiquement, en partie pour ne pas compromettre la paix dans leur faculté, et en partie « comme ils le reconnaissaient eux-mêmes, parce qu’ils étaient trop lâches. » « C’est vraiment effrayant », a-t-il ajouté, « quand quelque chose qui était courant dans les années 1930 se produit aujourd’hui. »

Un professeur émérite, le mathématicien et pionnier de l’art informatique Frieder Nake, a écrit une lettre de soutien, qu’Irina a lue pendant la réunion.

Wurm a dit que les protestations grandissantes contre la tentative de Baberowski de museler les étudiants qui le critiquent avaient incité ce professeur de droite à agir de manière de plus en plus agressive. Wurm, lui-même avait été insulté et menacé par Baberowski pendant qu’il distribuait des tracts. Baberowski l’a photographié en le traitant de « fasciste en tunique rouge » et de « délateur répugnant » en menaçant d’appeler la police et de porter plainte. Pendant son cours, Baberowski a ensuite traité l’IYSSE de « criminels » en demandant à la fois à la direction de l’université et à ses collègues enseignants de prendre des mesures contre sa réunion.

Dans son intervention, Christoph Vandreier, le porte-parole de l’IYSSE en Allemagne, a rigoureusement réfuté les affirmations de Baberowski qui prétends que ses critiques l’ont diffamé et auraient pour ce faire employé des citations coupées de leur contexte.

Christoph Vandreier, représentant de l’IYSSE, à ses côtés Jan-Eric de l’Asta de Brême

Il a cité plusieurs déclarations publiques de Baberowski – y compris ce qu’il avait dit début 2004 à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel : « Hitler n’était pas un psychopathe, il n’était pas cruel. Il ne voulait pas que les gens parlent de l’extermination des Juifs à sa table. » – en les plaçant dans leur contexte intégral et en indiquant les sources. Il a passé l’enregistrement original de l’une des citations extraite d’une réunion-débat qui eut lieu au Musée historique allemand (DHM) sous le thème « L’Allemagne force d’intervention ».

Baberowski y avait déclaré, « Et si l’on ne veut pas prendre des otages, brûler des villages, pendre les gens et semer la peur et la terreur, comme le font les terroristes, si l’on n’est pas prêt à faire de telles choses, alors on ne pourra jamais gagner ce genre de conflit et il vaut mieux ne pas s’en mêler. »

Baberowski avait plus tard prétendu avoir dit ceci pour déconseiller une intervention militaire. C’est faux et cela peut être montré par d’autres citations tirées du même débat au DHM. Entre autres, Baberowski y avait dit qu’il faut « être conscient que cela va coûter très cher et qu’il faudra envoyer des soldats et des armes dans un vide de pouvoir afin tout d’abord de séparer les belligérants […] Mais surtout et c’est la chose la plus importante […] il faut avoir la volonté politique et la stratégie politique, mais avant tout, vous devez vous dire que pour que cela fonctionne, il faut y aller. Et ça doit en valoir la peine. Cela coûte de l’argent. Nous devons y envoyer des troupes. »

Comme l’a expliqué Vandreier, le plaidoyer de Baberowski en faveur d’une intervention militaire s’inscrit parfaitement dans sa théorie de la violence qu’il a exposée dans l’un de ses livres Räume der Gewalt (Espaces de violence, non publié en français). Vandreier a dit, « Il est d’avis que la violence ne peut être limitée par la civilisation, la tolérance et l’équité sociale mais seulement et exclusivement par la violence. C’est cela sa thèse réactionnaire fondamentale sur laquelle je pourrai fournir des dizaines d’autres citations. »

Par sa thèse, Baberowski non seulement justifie la violence mais se prononce en faveur du maintien de l’inégalité sociale e de la création d’un État policier. Il avait déjà dit par exemple qu’il serait préférable que l’argent dépensé pour les programmes sociaux soit « jeté dans la Spree [rivière qui traverse Berlin, ndt] », parce que l’État ne devrait pas s’occuper de la protection sociale mais de la « sécurité ».

Vandreier a démontré la manière dont Baberowski fait campagne contre les réfugiés au moyen d’un article paru dans le journal Basler Zeitung (propriété du populiste suisse d’extrême droite, Chistroph Blocher). Le professeur s’y exprime dans les termes suivants : « Les réfugiés sont pour la plupart un fardeau et pas un enrichissement parce qu’ils ne sont pas indispensables sur le marché du travail. L’État providence ne survivra pas à ce test. »

« L’on ne peut expliquer les épanchements éhontés de Baberowski que dans le contexte des développements politiques actuels », a conclu Vandreier. Elles font partie du virage vers la droite de l’establishment politique – la montée de Donald Trump aux États-Unis et le changement de la politique étrangère et de sécurité en Allemagne.

« Ce n’est pas une vendetta personnelle contre Baberowski », a souligné Vandreier. « Il s’agit d’empêcher que les universités soient transformées en groupes de réflexion d’extrême-droite et en centres de propagande militariste. L’élection de Trump a fait que le nationalisme, la xénophobie et le militarisme sont une fois de plus ici en Europe redevenus aussi un instrument de la politique. »

Durant la discussion, il y eut une vive altercation avec des partisans de la droite qui étaient venus à la réunion suite à un appel de Baberowski. Tout en ne disant rien sur le contenu des questions abordées, ils eurent recours à l’anticommunisme, aux mensonges et aux insultes pour essayer de monter l’auditoire contre l’IYSSE et pour justifier les agissements de Baberowski contre l’Asta de Brême.

Ils échouèrent misérablement.

Lorsque le professeur Helmrath, un collègue de Baberowski qui enseigne l’histoire médiévale à l’université Humboldt, a affirmé que l’IYSSE faisait la « promotion de la haine » contre Baberowski uniquement parce ce qu’il avait invité l’historien Robert Service à présenter sa « biographie critique à l’égard de Trotsky », les membres de l’IYSSE lui demandèrent de s’expliquer.

En réalité, Service n’a pas écrit une « biographie critique à l’égard de Trotsky » mais un ouvrage qui ne répond pas aux normes de rigueur scientifique les plus élémentaires et qui par conséquent a été décrit comme un « travail bâclé » (Bertrand Patenaude) et une « diatribe » (Hermann Weber). À l’époque, Baberowski avait réagi à la querelle par des méthodes autoritaires. En février 2014, à l’occasion d’un colloque public avec Service, il recourut à un service de sécurité pour exclure des professeurs et des étudiants critiques à son égard.

Le professeur Helmrath qui n’était pas en mesure de répliquer aux critiques contre Baberowski, perdit de plus en plus son sang-froid et laissa libre cours à son anticommunisme. Ce faisant, il en dévoila plus sur ses propres opinions politiques qu’il ne l’aurait peut-être souhaité. Il affirma furieusement que les étudiants agissaient en tant que « larbins d’un club de vieux trotskystes américains, dont l’enseignement n’intéresse plus personne et qui s’est donc spécialisé maintenant dans la chasse aux nazis. »

Plus les partisans de Baberowski étaient sommés de prendre position sur la nature des critiques, plus leurs attaques devenaient abjectes et plus leurs propres opinions d’extrême-droite se manifestèrent ouvertement. Un jeune homme a déclaré que Trotsky préconisait « la violence et le sang » et que le professeur avait bien évidemment le droit d’engager des actions en justice contre ses critiques

Un grand nombre des personnes présentes et qui ne faisaient pas partie de l’Asta de Brême ou qui n’étaient pas membres de l’IYSSE se sont aussi résolument opposés aux partisans de la droite.

Une jeune participante a remarqué que même une interprétation parfaitement bien intentionnée des citations tirées du débat du Musée historique allemand ne changerait rien au contenu des phrases que Baberowski y avait manifestement prononcées : « Je ne comprends pas comment on peut dire que les citations ont été sorties de leur contexte. Tout le monde peut le vérifier. Quels que soient les ornements décoratifs apportés au contexte, les phrases n’en sont pas moins horribles. »

La réaction d’un membre plus âgé de l’auditoire qui avait suivi les cours de Baberowski comme étudiant senior était très intéressante. Il a dit que les citations de Baberowski lui étaient « totalement inconnues – et je dois dire que je suis choqué. » C’est un sujet qui l’intéresse beaucoup et il veut lui-même effectuer des recherches sur le sujet. À la fin de la réunion il a acheté le livre « Wissenschaft oder Kriegspropaganda? » (Science ou propagande de guerre, non publié en français) qui documente la lutte de l’IYSSE contre le retour du militarisme allemand dans les universités allemandes.

(Article original paru le 16 février 2017)