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Les organisations représentatives des étudiants dénoncent les positions de droite des professeurs de l’université Humboldt à Berlin

Par nos correspondants
22 février 2017

L’opposition contre les professeurs de droite de l’université Humboldt de Berlin ne cesse de s’amplifier parmi les étudiants. Le FRIV (Fachschaftsräte – und – initiativenversammlung, regroupement interdisciplinaire de tous les conseils et initiatives d’étudiants de l’université HU) qui parle au nom des étudiants de toutes les facultés de l’université, a adopté une résolution intitulée Déclaration contre les positions de droite dans l’enseignement (en allemand), en prenant clairement position contre le militarisme et le chauvinisme anti-immigrant et en soutien à la liberté d’expression à l’université.

« Les positions racistes, nationalistes, antisémites, sexistes et militaristes, ainsi que toutes autres formes de discrimination, n’ont leur place ni dans l’enseignement, ni dans la recherche », peut-on lire dans la déclaration. Elle continue en disant que ces derniers temps « des enseignants-chercheurs à l’HU ont soit avancé de telles positions, soit les ont relativisées sur le campus universitaire et lors d’événements publics. »

Le FRIV fait explicitement référence aux « points de vue de droite et en partie ouvertement inhumains » de trois professeurs : le professeur d’anglais Markus Egg, le professeur de science politique Herfried Münkler, et le titulaire de la chaire d’histoire d’Europe orientale, Jörg Baberowski.

Ce dernier poursuit actuellement en justice la représentation étudiante de l’université de Brême parce que son Comité général des étudiants (As Ta, Allgemeiner Studierendenausschuss) a cité et critiqué ses positions de droite. La déclaration du FRIV précise clairement que les étudiants n’ont nullement l’intention d’être réduits au silence. Elle souligne clairement, « nous défendons le droit de tous les étudiants de critiquer leurs professeurs, d’être pris au sérieux et qu’il soit tenu compte des critiques formulées. »

Le FRIV aborde tout d’abord les positions du professeur Egg, qui outre son activité de professeur, est un membre actif du parti ultra-droite et anti-immigrants Alternative pour l’Allemagne (AfD). Egg a conjointement élaboré, en sa qualité de président de la commission d’experts sur l’éducation de Berlin, un « plan de formation professionnelle en 10 points ». Selon la déclaration du FRIV, il y réclame, « d’exclure de l’enseignement supérieur de vastes sections de la population ». Il se prononce aussi contre « l’acceptation forcée d’un contenu féministe ou des “clauses civiles” [engagements officiels de certaines universités allemandes à mener leurs recherches à des fins exclusivement civiles, ndt] au détriment de recherches pouvant éventuellement être pertinentes du point de vue militaire. » La résolution du FRIV dit clairement : « Nous rejetons catégoriquement ces positions. »

Le FRIV a critiqué les positions de Münkler pour être « nationalistes et militaristes ». Dans son livre Macht in der Mitte (La puissance au centre) paru en 2015, Münkler avait exigé, selon le FRIV, « la transformation de l’Allemagne de “trésorier général” en “maître de discipline” de l’Europe », en décrivant le rôle de l’Allemagne d’« hégémonie ». Il a de plus « relativisé dans le journal Süddeutsche Zeitung la responsabilité allemande dans la Première Guerre mondiale », en minimisant dans des entretiens avec la presse l’utilisation de gaz de combat comme étant une « arme plus humaine », et en légitimant les frappes par drones.

La déclaration du FRIV s’en prend aussi aux points de vue de droite du professeur Jörg Baberowski. Ce dernier, affirme la résolution du FRIV « incite publiquement à la haine contre les réfugiés et banalise dans ses travaux de recherche les crimes du national-socialisme. » En décrivant « la majorité des immigrants comme un “fardeau” pour l’État social », il attise « un sentiment diffus d’anxiété en utilisant les réfugiés comme les boucs émissaires des problèmes sociaux. » Selon le FRIV, il « ne se lasse jamais d’une part d’accuser les réfugiés de “violence” tout en minimisant d’autre part la violence commise contre les réfugiés et contre les foyers d’hébergement pour réfugiés. »

Le FRIV s’oppose également au fait que Baberowski banalise dans ses publications académiques les « crimes de guerre commis par les nazis en Union soviétique comme étant la réaction inévitable à la guerre menée par l’Armée rouge et les partisans ». Ces « positions provocatrices » sont « extrêmement dangereuses, surtout lorsqu’elles sont diffusées sous des habits pseudo-académiques », poursuit le communiqué.

L’organisation représentative des étudiants reproche à la direction de l’université d’appliquer « deux poids et deux mesures ». Alors que des professeurs de droite tels Münkler, Baberowski et Egg sont défendus contre les critiques, des enseignants d’orientation gauchiste tels Andrej Holm sont exclus.

Le FRIV fait ici référence au cas du sociologue Andrej Holm, qui a été congédié de son poste de collaborateur scientifique à Humboldt après qu’il fut révélé qu’il avait débuté brièvement, de septembre 1989 à janvier 1990, une formation de base à la Stasi [la police secrète stalinienne d’Allemagne de l’Est]. Le licenciement fut par la suite changé en avertissement après que Holm ait présenté des excuses pour avoir fait des déclarations incomplètes au moment de son embauche.

La déclaration du FRIV souligne qu’une majorité d’étudiants rejette les positions réactionnaires des professeurs et la transformation de l’université Humboldt en un centre de propagande de droite et du militarisme, elle rejette aussi le virage généralisé vers la droite opéré par la politique officielle.

Dès l’été 2015, le parlement étudiant à Humboldt avait adopté une résolution (en allemand) en défense de la liberté d’opinion des étudiants. Dans cette résolution, il avait explicitement appelé étudiants « à s’exprimer politiquement, à s’interroger sur les formes de pouvoir, et à s’opposer aux tendances visant à banaliser les aspects inhumains de l’histoire allemande. »

(Article original paru le 20 février 2017)