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Le choix du “guerrier-universitaire” McMaster signale une aggravation de la confrontation avec la Russie

Par Bill Van Auken
23 février 2017

Le choix lundi du lieutenant-général H. McMaster, commandant militaire en service actif, pour le poste de conseiller à la sécurité nationale, a été accueillie favorablement par les critiques démocrates et républicains de la politique étrangère poursuivie par la Maison-Blanche de Trump.

Il a été salué par pratiquement tous les secteurs des médias capitalistes comme un « guerrier-universitaire » ou un « soldat-intellectuel », dont le bilan serait en contraste radical avec celui de son prédécesseur récemment évincé, le lieutenant-général Michael Flynn (retraité), l’ex-chef de l’Agence de renseignement de la Défense, très partisan de Trump dont la vision du monde partait d’une guerre globale contre l’Islam.

La démission forcée de Flynn la semaine dernière est le produit d’une lutte acharnée entre les dirigeants américains au sein de l’élite dirigeante américaine et de son État centrée sur les stratégies contradictoires de Washington impliquant des relations avec la Russie et les préparatifs américains pour la guerre mondiale.

La suggestion de Trump que Washington doive passer d’une politique de confrontation directe avec Moscou à celle de préparer d’abord la guerre contre l’Iran et une confrontation avec la Chine a suscité une opposition intense au sein d’un appareil militaire et de renseignement qui a consacré des ressources énormes au renforcement militaire contre la Russie.

Des responsables des services de renseignement américains ont divulgué des conversations écoutées lors de la préparation de l’investiture de Trump entre Flynn et l’ambassadeur russe aux États-Unis, qui comprenaient une discussion sur les sanctions anti-russes imposées par l’administration Obama.

L’affirmation selon laquelle Flynn a menti au vice-président Mike Pence au sujet du contenu de ces discussions et de nouvelles fuites dont l’administration Trump avait conscience depuis des semaines a provoqué une tempête de critiques, bourrées de demandes exagérées comme s’il s’agissait d’un nouveau Watergate pour répondre à la question : Qu’est-ce que l savait e président et à quel moment l’a-t-il su ? »

Tout cela a été utilisé pour alimenter l’hystérie anti-russe qui est le fonds de commerce de l’opposition à Trump de la part du Parti démocrate depuis l’élection présidentielle de 2016, lorsque la candidate du parti Hillary Clinton et ses partisans ont tenté de dépeindre Trump comme un agent de Vladimir Poutine et ont promu des allégations non étayées selon lesquelles Moscou aurait piraté les courriels du Comité national démocrate et interféré dans l’élection en faveur de Trump.

La nomination de McMaster fait suite à une série de déclarations faites en Europe par d’autres hauts responsables du gouvernement, y compris le vice-président Pence, le secrétaire d’État Rex Tillerson et le secrétaire à la Défense James Mad Dog (chien enragé) Mattis lors des réunions du G20, de l’OTAN et de Munich. Tous les trois ont exprimé leur soutien à l’OTAN, une alliance que Trump avait qualifiée d’« obsolète », et ont fait des déclarations fortement critiques à l’égard de la Russie, indiquant qu’il n’y aurait pas d’accord imminent entre Washington et Moscou.

L’inquiétude au sein de l’Europe à l’égard des politiques de Trump demeurait toutefois étant donné particulièrement le refus inhabituel des trois responsables de répondre aux questions posées après avoir prononcé leurs observations qu’ils avaient préparées.

Avec la désignation de McMaster, cependant, il y a un sentiment à Washington que la campagne anti-russe déclenchée contre l’administration Trump – remplie de multiples enquêtes du Congrès – a commencé à avoir un effet.

L’année dernière, McMaster a dirigé une initiative connue sous le nom de « Étude nouvelle de la guerre avec la Russie », conçue pour réorienter l’armée américaine vers une confrontation militaire avec la Russie. Il est également l’auteur d’un rapport de 2015 intitulé « Continuité et changement : Le concept opérationnel de l’Armée et la réflexion claire sur la guerre future », qui appelle le Pentagone à se préparer afin d'« empêcher l’agresseur de faire ce que la Russie a fait en Ukraine. »

À Moscou, ce choix a été prise comme un signal indubitable. « McMaster est […] à 100 pour cent une menace de la part des États-Unis pour la Russie, et cette menace ne faiblit pas ni ne diminue pas. L’aile de la défense et du renseignement à Washington mènera une politique russophobe », a déclaré mardi à Spoutnik le premier vice-président du Comité de la Défense et de la Sécurité du Conseil de la Fédération de Russie, Franz Klintsevich.

John McCain, le président républicain du Comité des services armés du Sénat et l’un des critiques les plus sévères de Trump pour sa « mollesse » envers la Russie, était parmi ceux qui ont félicité la Maison Blanche pour la nomination de McMaster. Après avoir prononcé des remarques extraordinaires à la Conférence de sécurité de Munich au cours du week-end, affirmant que le gouvernement de son propre parti était « en désarroi », McCain a publié un communiqué lundi accordant à Trump « du crédit pour cette décision, ainsi que pour ses choix de cabinet de sécurité nationale. Je ne saurais imaginer une équipe de sécurité nationale meilleure et plus compétente que celle que nous avons en ce moment ».

Le sénateur démocrate Sheldon Whitehouse de Rhode Island a également loué la nomination de McMaster, déclarant : « Chaque fois qu’ils ajoutent un vrai adulte à l’équation, nous devrions tous nous réjouir. Et je pense que McMaster est un adulte vraiment authentique et un officier militaire très respecté parmi ses pairs ».

La réaction des médias fut similaire. Le comité de rédaction de droite du Wall Street Journal a commenté : « Le président Trump aime un gouvernement de milliardaires et de généraux, et lundi, il en a choisi un autre comme conseiller en matière de sécurité nationale […] Ce pourrait être un choix inspiré si M. Trump observe ses conseils et si les politiciens de la Maison Blanche n’interfèrent pas. »

L’éditorial a reconnu que « avec l’ancien général des marines Jim Mattis à la défense et le général des marines à la retraite John Kelly à la sécurité intérieure, l’administration Trump est surchargée d’huiles distinguées du Pentagone. »

Il a continué : « Mais quelqu’un – et nous ne voulons pas dire M. Bannon – doit tracer et diriger une stratégie pour réclamer l’influence des États-Unis alors que la Chine, la Russie et l’Iran poussent à chasser les États-Unis de ce qu’ils considèrent comme leurs sphères d’influence en Asie, en Europe et au Moyen-Orient. Cela signifie transformer les instincts de « l’Amérique d’abord » de M. Trump en des politiques qui ne se contentent pas d’imiter la retraite stratégique du président Obama ».

Le Journal a de nombreux motifs de faire confiance à McMaster pour poursuivre une telle stratégie. En plus de son bon bilan anti-russe, ce général a exprimé ouvertement son opposition à l’idée que les États-Unis ne puissent poursuivre leurs objectifs que par des assassinats par drones et des raids des opérations spéciales. Il est un partisan d’« y aller avec de grands moyens » et est un critique du retrait des troupes américaines d’Irak et de d’Afghanistan.

En même temps, le chroniqueur du Washington Post, David Ignatius, qui a des liens étroits avec les agences de renseignement américaines, était extatique. « McMaster, c’est du sérieux », a-t-il dit dans une entrevue à la télévision mardi. « C’est un intellectuel guerrier ; c’est quelqu’un qui a fait sa réputation à travers sa carrière en parlant au pouvoir. »

La désignation de McMaster expose le caractère totalement réactionnaire et non démocratique du débat officiel autour de l’administration Trump. Le Parti démocrate a choisi de s’opposer à Trump sur la base d’une campagne néo-McCarthyite décrivant le président comme larbin de Poutine et exigeant une confrontation militaire plus agressive avec la Russie.

Les critiques démocrates et républicains du gouvernement mettent désormais ouvertement leurs espoirs dans une cabale de lieutenants-généraux contrôlant la majorité des postes de sécurité pour contrer ce qu’ils considèrent comme l’influence déstabilisatrice du stratège fasciste de la Maison Blanche de Trump, l’ancien chef du site de nouvelles Breitbart Stephen Bannon.

Aucun des deux principaux partis et aucune des factions de l’extrême droite et militaristes qui luttent pour le pouvoir au sein de l’administration Trump n’a quoi que ce soit à voir avec la défense des intérêts démocratiques et sociaux de la grande majorité de la population qui est sous une attaque sans précédent.

C’est plutôt en coulisses que les éléments au sein de l’État et de ses vastes appareils militaires et de renseignement, non élus et n’ayant aucun compte à rendre, s’affrontent sur les problèmes de la stratégie de guerre impérialiste américaine qui ont des conséquences mortelles pour la population des États-Unis et de la planète entière.

(Article paru en anglais le 22 février 2017)