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Le social-démocrate Steinmeier élu président en Allemagne

Par Johannes Stern
16 février 2017

Le 12 février, Frank-Walter Steinmeier (Parti social-démocrate, SPD) a été élu président allemand par l'Assemblée fédérale. Ayant démissionné de son poste de ministre des Affaires étrangères du gouvernement dirigé par la chancelière Angela Merkel (Union chrétienne-démocrate, CDU), il succédera au président sortant, Joachim Gauck, au Château de Bellevue.

Malgré la grande majorité de voix en faveur de Steinmeier et les nombreux messages de félicitations qu'il a reçus, le système des partis allemand est en train de s’effondrer dans le cadre d'une instabilité politique et économique internationale grandissante.

Steinmeier a été élu au premier tour de scrutin avec 75 pour cent des voix, avec 931 voix sur un total de 1.239 votes valides ; c'était beaucoup moins que prévu. Si tous les grands électeurs des cinq partis qui le soutiennent officiellement – l'Union chrétienne-démocrate (CDU), l'Union chrétienne-sociale (CSU), le Parti social-démocrate (SPD), le Parti libéral démocrate (FDP) et les Verts – avaient voté pour lui, il aurait obtenu 1.106 voix.

Christoph Butterwegge, un chercheur sur les questions de la pauvreté qui était le candidat de Die Linke (La Gauche), a reçu plus de votes que prévu –128 en tout, alors que Die Linke ne compte que 95 grands électeurs. Le candidat du parti d’extrême-droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), Albrecht Glaser, en a obtenu 42, dont sept au moins de représentants d’autres partis. 103 membres de l’Assemblée fédérale se sont abstenus.

L'élection de Steinmeier marque un tournant important. Pendant toute la période d’après-guerre, jamais un président n’avait occupé aussi longtemps une position si importante au sein de l'appareil d'État avant sa prise de fonction. Selon le journal de droite Frankfurter Allgemeine Zeitung, « Steinmeier représente la classe politique de ce pays. L’un de ses prédécesseurs, Horst Köhler, avait échoué pour avoir été un outsider, ne connaissant personne dans le milieu politique de Berlin. Steinmeier lui connaît tout le monde. »

Plus qu’aucun autre politicien de ces 20 dernières années, ilincarne le virage à droite opéré par la politique allemande. En tant que chef de la chancellerie du prédécesseur de Merkel, Gerhard Schröder (SPD), il a joué un rôle important dans l'élaboration de l'Agenda 2010 et des lois Hartz, tristement célèbres, qui ont jeté des millions de personnes dans la misère. Entre 2005 et 2009, puis de nouveau entre 2013 et 2017, il fut ministre des Affaires étrangères sous Merkel. Il a préparé ainsi la re-militarisation de la politique étrangère allemande.

Il y a exactement trois ans, à la Conférence de Munich sur la sécurité, Steinmeier, Gauck et la ministre de la Défense von der Leyen (CDU) ont annoncé le retour du militarisme allemand. L'Allemagne doit « se tenir prête à intervenir plus tôt, plus décisivement et plus substantiellement dans la politique étrangère et de sécurité », avait-il dit. Il a ensuite soutenu le coup d'État mené par les fascistes en Ukraine, le renforcement de l’OTAN contre le Russie et les déploiements militaires au Mali, en Syrie et en Irak.

En parallèle, le ministère des Affaires étrangères a conduit un soi-disant processus de révision de la politique étrangère allemande afin de combattre l’opposition populaire à la guerre et au militarisme. Le ministère publia un livre blanc prônant la militarisation de l’Europe sous hégémonie allemande. Dans d’innombrables discours et articles, Steinmeier lui-même a évoqué le « nouveau rôle mondial de l’Allemagne. »

Dans une courte allocution prononcée après l'élection, Steinmeier a indiqué qu'il poursuivrait ce projet en tant que président. Il a dit que lorsque le monde semble « dérailler », tout dépend du « ciment qui maintient la société ensemble. » L'Allemagne commence à être considérée « par un grand nombre de gens partout dans le monde comme une ancre d’espoir », a-t-il affirmé. « Si les fondements vacillent ailleurs, nous devons d’autant plus fermement soutenir ces fondements… Soyons audacieux. Alors, je ne serai pas inquiet pour l'avenir ».

Il n'a laissé planer aucun doute sur qu’il entendait par être « audacieux ». La poursuite de la guerre selon lui doit aller de pair avec des attaques massives contre la classe ouvrière en Allemagne.

« Sous Johannes Rau, l'Allemagne unifiée faisait face à des choix difficiles dans les Balkans, à de nouvelles responsabilités mondiales, qui sont encore plus grandes de nos jours, et que nous avons acceptées », a-t-il déclaré. A présent « les temps sont difficiles – mais Mesdames et Messieurs, cette fois-ci, l'époque est la nôtre ! Nous assumons nos responsabilités. Et si nous voulons donner l'audace aux autres, nous devons être audacieux nous-mêmes! »

La présidence, qui suite à l’expérience de la République de Weimar a une fonction surtout représentative, sera une fois de plus transformée en un centre de planification des fantasmes géopolitiques de l'impérialisme allemand.

Selon Frankfurter Allgemeine Zeitung, Steinmeier installera « sa propre équipe au Château de Bellevue, avec laquelle il travaille depuis longtemps et entretient des liens d’amitié. » Il s’agit de son secrétaire d'Etat Stephan Steinlein, son responsable de la planification au sein du groupe parlementaire SPD, Oliver Schmolke, ainsi que du « jeune rédacteur de discours Wolfgang Silbermann, 30 ans, diplômé d’Oxford et d’Harvard, et de Thomas Bagger, l’ancien chef de la planification au ministère des Affaires étrangères. »

(Article original paru le 14 février 2017)