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La voie à suivre dans la lutte contre Trump et May

Par Chris Marsden
20 février 2017

Cette déclaration sera distribuée lors des manifestations anti-Trump qui se tiendront en Grande-Bretagne le 20 février.

Des dizaines de milliers de manifestants protestent à travers le Royaume-Uni contre le président américain Donald Trump.

Ceux qui descendent dans la rue sont en colère contre les mesures anti-immigrés et anti-musulmans de Trump, les menaces de guerre contre la Chine et la Corée du Nord, la nomination d’un cabinet ministériel de fascistes, de généraux, de chefs des grandes entreprises et de membres de la famille Trump. Il est largement considéré comme le représentant le plus important des mouvements de droite similaires en Europe et ailleurs, dont le Front national français et, en Grande-Bretagne, non seulement le Parti de l’indépendance britannique (UKIP), mais aussi le gouvernement conservateur du Premier ministre Theresa May.

Cependant, les deux groupes rivaux organisateurs des rassemblements qui se chevauchent le 20 février, la Coalition Stop Trump et Stand up to Trump (Défiez Trump), n’offrent aucun moyen par lequel une lutte peut être engagée contre le cabinet de Trump fait de milliardaires et la meute de réactionnaires sociaux de May héritiers du thatchérisme.

La principale manifestation devant le parlement alors que les députés débattent de la question de savoir si la visite d’État prévue par Trump devrait être annulée est organisée par la Coalition Stop Trump. Elle est menée par une alliance de députés travaillistes, dont l’ancien chef du parti Ed Miliband, les libéraux-démocrates, le Parti Vert, Plaid Cymru (Parti nationaliste du Pays de Galles) et d’autres. Elle est soutenue par le secrétaire général du Congrès des syndicats, Frances O'Grady, et une douzaine de dirigeants de syndicats britanniques qui ont fait campagne pour un vote Remain (rester) lors du référendum sur l’adhésion à l’Union européenne l’année dernière.

Derrière le tollé de vertu morale, l’objectif de la Coalition Stop Trump est de minimiser l’impact de la décision de la Grande-Bretagne de quitter l’UE pour le capitalisme britannique en maintenant l’accès au marché unique et en veillant à ce que la Grande-Bretagne reste orientée vers une alliance avec les grandes puissances européennes.

Incapable de renverser au parlement le résultat du référendum sur l’UE en raison de la promesse faite par le Parti travailliste de Jeremy Corbyn de ne pas bloquer le Brexit (sortie de l’UE), les forces pro-UE sont descendues dans la rue en espérant utiliser le sentiment anti-Trump et antiraciste comme un moyen d’amplifier leur message anti-Brexit.

À aucun moment vous n’entendrez ses dirigeants en train de dénoncer les mesures anti-migrants brutales de l’UE, dont la politique de la Forteresse Europe qui a entraîné la mort de dizaines de milliers de réfugiés. Au lieu de cela, il y a une représentation nauséabonde non seulement du Royaume-Uni, mais des autres puissances européennes comme une grande alternative civilisatrice à l’alliance de May avec Trump.

Dans son billet dans le Guardian, Paul Mason insiste sur l’idée que : « Nous avons besoin d’une politique étrangère pour se débarrasser de Trump », qu’il définit comme « une alliance avec les pays dont les gouvernements et les peuples partagent nos valeurs », y compris « la France, les Pays – Bas, l' Allemagne, le Canada et la Grèce. »

En réalité, le gouvernement du Parti socialiste français manifeste actuellement son engagement en faveur de « nos valeurs » en imposant un état d’urgence où des milliers de foyers ont été fouillés et des centaines de personnes ont été arrêtées alors que sa police brutalise les immigrants à Calais et a commis récemment un acte de viol annal sur le jeune Théo. En France comme aux Pays-Bas, le racisme et la xénophobie officiellement cautionnés ont amené les partis d’extrême droite à portée du pouvoir.

Tout aussi significatif est la référence citée par Mason à la Grèce, qui sous Syriza impose des mesures d’austérité dictées par l’UE entraînant la ruine sociale du pays.

C’est là la réalité de la vie des travailleurs, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’UE – un fait qui n’a aucune importance pour les couches de la classe moyenne supérieure hautement privilégiées qui composent la direction de la Coalition Stop Trump.

Mason précise également l’agenda militariste de son alternative « progressiste », dénonçant Trump pour avoir menacé l’alliance de l’OTAN et exhortant le Royaume-Uni à « maintenir des sanctions contre la Russie ».

Le principal instigateur de la campagne de la « Stop Trump Coalition » est le journaliste Owen Jones, du Guardian.

Quand les premières protestations britanniques contre Trump ont été lancées, Jones a annoncé sa propre protestation à Londres tout en organisant une chasse aux sorcières McCarthyite contre le SWP (Parti des Travailleurs socialistes). Il avait déclaré qu’il n’appuierait pas les manifestations impliquant des organisations comme la Coalition Stop the War, Stand Up to Racism, l’Assemblée populaire, la Campagne pour le désarmement nucléaire et le Conseil musulman de Grande-Bretagne, parce que le SWP, décrit comme un « culte qui couvrait viol », en faisait partie, des allégations faites en 2013 contre un ancien membre de la direction du SWP qui furent mal traitées par l’organisation.

Les véritables motivations politiques de Jones ont été révélées dans un tweet dans lequel il a traité les manifestations opposées de « Front du Peuple sectaire [sic] de la Judée pro-Brexit ».

Effectivement, l’organisation Stand up to Trump (Défiez Trump) inclut des tendances pro-Brexit, dont le SWP, le Parti communiste de Grande-Bretagne et Counterfire, mais aussi d’autres forces hostiles à l’aile blairiste du Parti travailliste et leur alliance anti-Corbyn. Elle se targue de la présence d’un représentant de Corbyn qui a « le statut d’observateur ». Mais présenter Corbyn comme la figure de proue pour un mouvement différent ne propose rien de différent du tout.

L’effort constant de Corbyn est d’apaiser la droite de son parti sur toutes les questions, non seulement en ce qui concerne leur militarisme affiché, mais aussi en refusant de défendre les droits de circulation des travailleurs européens et en exigeant que les conseils municipaux travaillistes imposent fidèlement les mesures d’austérité exigées par les conservateurs. En fin de compte, Stand up to Trump ne fait que suivre les forces regroupées dans la Coalition Stop Trump, se bornant à faire « annuler » l’invitation de May à Trump en construisant « le mouvement le plus large possible ».

Trump ne sera pas vaincu en lui refusant une audience avec la reine ! Ce n’est pas un individu aberrant qu’il faudrait simplement ostracisé, mais le représentant de l’oligarchie capitaliste aux États-Unis, tout comme May l’est ici au Royaume-Uni. C’est pourquoi la seule force capable de vaincre leur « relation spéciale » – un euphémisme pour l’imposition de l’austérité brutale et la guerre commerciale et militaire des deux côtés de l’Atlantique – c’est la classe ouvrière armée d’un programme socialiste et internationaliste.

La défense des droits démocratiques des immigrés, des femmes, des musulmans et d’autres minorités, victimes des attaques incessantes, doit faire partie intégrante de la lutte contre l’inégalité, le chômage, la pauvreté, la violence policière, la dictature et la guerre. Elle nécessite un mouvement politique de la classe ouvrière, et surtout de sa génération plus jeune, qui rassemble les masses de manière indépendante contre le système capitaliste et pour une société socialiste libre de toute forme d’oppression.

Dans cette lutte, qui est une question de vie ou de mort, contre les gouvernements de Washington et de Londres, les alliés des travailleurs et des jeunes au Royaume-Uni ne sont pas les gouvernements de Berlin, Paris et Athènes, mais les travailleurs d’Amérique, d’Europe et du monde. Partant de là, nous exhortons tous ceux qui sont présents aujourd’hui à prendre la décision de se joindre au Parti de l’égalité socialiste, section britannique du Comité international de la Quatrième Internationale.

(Article paru en anglais le 18 février 2017)