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Allemagne: le SPD s’inspire du ministre conservateur des finances, Schäuble

Par Peter Schwarz
26 juin 2017

Le Parti social-démocrate allemand (SPD) a présenté lundi son plan budgétaire en vue des élections nationales du Bundestag (parlement) en septembre. Ce plan reprend et poursuit la politique d'austérité introduite par l’actuel ministre des Finances, Wolfgang Schäuble (CDU).

Le SPD adhère au « zéro noir » de Schäuble, c'est-à-dire un budget équilibré ou positif, en rejetant toute taxe sur la fortune, bien que le revenu des milliardaires pulvérise des records en Allemagne.

Il a fallu une sacrée dose de cynisme et d'impudence politique au SPD pour décrire ce concept comme une contribution à la « justice sociale ». Le président du SPD, qui est aussi son candidat chef de file, Martin Schulz, a justifié cette affirmation sur la base de quelques modifications mineures aux impôts et aux taxes qui, dans leur ensemble, s’élèvent à tout juste 15 milliards d'euros.

Le taux d’imposition sur les revenus intermédiaires sera légèrement plus bas qu’avant. L’ancien taux maximal d'imposition de 42 pour cent s'appliquera plutôt aux personnes ayant un revenu annuel de 60.000 euros, au lieu du montant précédent de 54.000 euros. Le taux d'imposition passera à 45 pour cent pour les revenus supérieurs à 76.200 euros par an. Un taux additionnel de 3 pour cent s’appliquera ensuite à partir d’un revenu annuel de 250.000 euros.

Etant donné que la législation fiscale allemande prévoit d’ores et déjà de nombreuses possibilités de dégrèvement fiscal et autres échappatoires et que les revenus financiers de placement sont soumis à une imposition forfaitaire de 25 pour cent, les riches ne pâtiront pas trop des propositions du SPD.

Schulz a présenté ses propositions fiscales au siège du SPD (Willy-Brandt-Haus) à Berlin, en présence de deux suppléants, le maire de Hambourg, Olaf Scholz et le chef du SPD dans le Land de Hesse, Thorsten Schäfer-Gümbel. Ils étaient là pour incarner la droite (Scholz) et la gauche (Schäfer-Gümbel) du parti en démontrant ainsi l'unité du parti. En fait, ce qu'ils ont clairement montré, c'est l’absence d’une aile gauche dans le SPD.

L'Agenda 2010, introduit par le dernier chancelier social-démocrate, Gerhard Schröder, avait mis en marche le plus grand déclin social depuis la création de la République fédérale allemande et cette politique dure depuis. En tant que partenaire mineur du CDU, le SPD a été responsable pendant deux décennies du ministère du Travail, mis à part une interruption de cinq ans, et il a entre autres relevé l'âge de départ à la retraite à 67 ans.

Cette politique a résulté en une catastrophe sociale. Une infime couche a pu s’enrichir de manière faramineuse, tandis que 16 pour cent des habitants de l'Allemagne vivent sous le seuil de pauvreté. Environ 40 pour cent de tous les salariés occupent des emplois précaires. Le plan fiscal du SPD prouve que rien n'a changé en ce qui concerne cette politique, en dépit d’affirmations contraires.

Les médias le comprennent parfaitement. Le Handelsblatt affirme que Schulz a « réagi de manière rationnelle ». Et le Süddeutsche Zeitung remarque: « Dans l'ensemble, la politique fiscale du SPD se lit comme une demande d'emploi à la tête du ministère fédéral des Finances ».

L’époque où les travailleurs pouvaient obtenir par les urnes de meilleures conditions de vie et une plus grande justice sociale est révolue depuis longtemps. Le parti Die Linke (La Gauche), qui débite de temps à autre des discours sociaux, ambitionne également à occuper un fauteuil au cabinet ministériel du SPD. Partout où il a siégé dans un gouvernement au niveau fédéral ou régional, Die Linke a mis en place, de manière tout aussi impitoyable que tous les autres partis, des mesures d’économie et des coupes dans les dépenses sociales.

Le Parti de l'égalité socialiste (Sozialistische Gleichheitspartei) est le seul parti à proposer un programme socialiste aux élections du Bundestag. Il déclare sans ambages que la pauvreté, l'oppression et la guerre ne peuvent être surmontés qu'en s’attaquant à leurs racines, le système capitaliste. Il ne convoite pas de poste ministériel dans un gouvernement SPD ou de Die Linke, mais il lutte pour la construction d'un mouvement international de la classe ouvrière afin d’exproprier les grandes banques et les grandes fortunes et réorganiser la société sur une base socialiste.

(Article original paru le 23 juin 2017)