Home » Perspectives » France

Les leçons politiques des élections françaises

Par Alexandre Lantier
23 juin 2017

Le cycle des élections présidentielles et législatives ce printemps en France ont culminé dans la désintégration du Parti socialiste (PS) et l'élection d'Emmanuel Macron et d'une majorité absolue pour son parti dans l'Assemblée nationale.

Macron, qui avait été le ministre de l'Economie du président PS, François Hollande, soutient la poussée de Berlin d'établir l'Union européenne en tant que rival stratégique et militaire de l'impérialisme américain. La base intérieure des ambitions du militaristes de l'UE à l'extérieure serait une guerre sociale sans merci livrée aux travailleurs. Le gouvernement de Macron, issu du PS et de la droite, prépare une série d'ordonnances unilatérales pour renforcer la loi travail réactionnaire de Hollande, ainsi que la pérennisation de l'état d'urgence.

Ce résultat révèle la banqueroute de toutes les forces de la prétendue gauche française qui ont rompu avec le trotskysme, et qui son principalement responsables du fait que c'est Macron qui a tiré parti du discrédit des politiques de guerre et d'austérité menées par le PS et par Hollande. A maintes reprises, pendant le quart de siècle passé, les travailleurs ont réagi à ces attaques—avec des grèves en 1995, 2003, 2010, et 2016. Les travailleurs ont donné des millions de voix à ces organisations en 2002 et cette année, mais elles se sont avérées incapables de construire une alternative quelconque.

Ils n'ont pas lutté pour construire une alternative révolutionnaire au PS dans la classe ouvrière, mais cherché à aligner la classe ouvrière sur le PS. En 2002, Lutte ouvrière (LO) et la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) avaient reçu ensemble 3 millions de voix dans une élection qui avait produit l'élimination du candidat PS, Lionel Jospin, et un second tour opposant le gaulliste Jacques Chirac au candidat néo-fasciste Jean-Marie Le Pen. Ensuite, LO et la LCR se sont rangées derrière la campagne du PS pour un vote Chirac.

La LCR a appelé à un vote Chirac après des négociations en coulisse avec le PS ; LO a appelé à l'abstention tout en laissant entendre qu'elle « comprenait » un vote Chirac.

Ces organisations ont toujours refusé d'utiliser leurs divers gains politiques pour construire un mouvement indépendent dans la classe ouvrière. Leur alignement sur le PS et sur Chirac ont donné au Front national (FN) de Le Pen l'occasion de se poser en seule opposant de l'austérité en France. Elles ont ensuite utilisé la montée du FN en tant que prétexte pour justifier une capitulation à Macron en 2017 sur les mêmes lignes qu'en 2002.

A la fin de la campagne présidentielle, Mélenchon est passé de 10 à presque 20 pour cent des intentions de vote et obtenu 7 millions de voix, en critiquant les frappes américaines en Syrie et la cruauté de l'UE, qui permet aux réfugiés de se noyer en Méditerranée. Mais au second tour entre Macron et Marine Le Pen, Mélenchon a refusé de prendre position et foulé aux pieds un vote consultatif des soutiens de son mouvement, La France insoumise (LFI), dont les deux-tiers appellaient à un vote blanc ou nul. Il a aussi dit qu'il « comprenait » le vote Macron contre Le Pen.

Chacune de ces tendances—de LO et la LCR (aujourd'hui le Nouveau parti anticapitaliste, NPA) à Mélenchon, qui a commencé en politique dans l'Organisation communiste internationaliste (OCI) de Pierre Lambert—a ses origines dans une rupture avec le trotskysme. Ceci a ensuite produit un opportunisme petit-bourgeois sans limites et une capitulation à l'Etat bourgeois.

L'OCI a rompu avec le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) et avec le trotskysme en 1971, pour rejoindre la campagne pour construire le PS. Reniant la lutte pour l'indépendance politique de la classe ouvrière, elle a tenté d'orienter les travailleurs vers une Union de la gauche autour du PS, un parti réactionnaire du capital financier. L'OCI a envoyé ses membres rejoindre le PS ; l'un d'entre eux, Lionel Jospin, est même devenu premier ministre.

Quant à la tendance LCR/NPA, qui a rejeté les fondements du trotskysme pendant sa scission en 1953 avec le CIQI, elle a rompu ses liens purement symboliques et verbaux avec Trotsky en 2009. Elle a fondé le NPA sur des bases non-trotskystes, en proposant de construire le NPA en tant que large coalition de forces qui pourrait inclure des membres du PS.

La campagne de Mélenchon en 2017 a exprimé peut-être le plus crûment les conceptions antimarxistes qui prédominent dans ce milieu. Affirmant que le discrédit du PS signifiait la fin du socialisme et de la gauche, il a proclamé dans L'Ere du peuple que la classe ouvrière ne jouerait plus de rôle politique indépendant, et que la révolution socialiste ferait place à une « révolution citoyenne ». La première étape de cette « révolution citoyenne », dans les faits, a été d'aider les projets de Macron pour une contre-révolution sociale.

Cette politique, qui sert objectivement les intérêts de la classe capitaliste en bloquant l'expression de l'opposition ouvrière, était fondée théoriquement sur diverses formes d'antimarxisme promues par la couche de la petite-bourgeoisie universitaire qui dirige ces partis. La France a servi de cobaye à ces tendances et à leurs théories antimarxistes.

Chaque tendance théorique de la pseudo gauche—les capitalistes d'Etat Cornelius Castoriadis et Claude Lefort, le post-structuraliste Michel Foucault, ou les postmodernistes ex-maoïstes Alain Badiou et Jacques Rancière—a ajouté sa goutte de poison à la campagne antimarxiste. Il y a eu les idées reçues de Jean-François Lyotard en 1979 sur la fin de l'histoire et la mort des « métarécits », et la proclamation par Jacques Derrida dans Spectres de Marx que le marxisme ferait place au « pseudo marxisme ».

C'est Badiou, peut-être contre son gré, qui a donné la meilleure estimation par ce milieu de sa propre valeur politique, dans son essai de 2013 « L'impuissance contemporaine », sur l'austérité de l'UE en Grèce.

« Je n’ai aucunement la possibilité ni l’intention de résoudre aucun des problèmes actuels du peuple grec », a-t-il écrit. « Je vais donc assumer la subjectivité largement extérieure qui est la mienne, et partir d’un sentiment, d’un affect, peut-être personnel, peut-être injustifié, mais que je ne peux m’empêcher de ressentir en l’état actuel de mon information : à savoir, un sentiment d’impuissance politique générale, dont ce qui arrive en Grèce est comme un concentré. »

En ce centenaire de la révolution d'octobre 1917, avec l'effondrement du PS et de nouvelles luttes ouvrières contre Macron qui se profilent, il faut tirer les leçons de cette expérience. Ces forces, dont l'impuissance émerge d'intérêts de classe hostiles aux travailleurs et de leur rejet du marxisme, n'organiseront que des défaites. La seule voie est la voie révolutionnaire, un retour au traditions du marxisme classique et du trotskysme, et aux géants du marxisme révolutionnaire : Marx, Engels, Lénine, et Trotsky.

Gagner les travailleurs, en France et à travers le monde, à ce programme est la tâche du CIQI et de sa section française, le Parti de l'égalité socialiste.