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L’enquête sur les liens entre la Maison-Blanche et la Russie s’élargit à l’avocat personnel de Trump

Par Barry Grey
1 juin 2017

La guerre politique interne qui a dominé Washington depuis des mois s’est intensifiée mardi avec le rapport que les comités de renseignement de la Chambre et du Sénat ont demandé à Michael Cohen, l’avocat personnel du président Trump, de « fournir des informations et des témoignages » sur les contacts qu’il avait eut avec les responsables russes.

Les lettres de demande de ces documents envoyées à Cohen, dont l’association avec Trump est antérieure à la campagne électorale de 2016, étaient les mêmes que celles envoyées aux anciens assistants de Trump, Michael Flynn, Paul Manafort, Carter Page, et Roger Stone. La semaine dernière Flynn a refusé de se conformer à une assignation publique publiée par le comité du Sénat et a rejeté une demande d’information de la Chambre.

Cohen a déclaré sur ABC News qu’il avait également refusé de coopérer avec les enquêtes sur l’ingérence présumée de la Russie dans les élections et une possible collusion de la part de la campagne Trump. Le comité sénatorial a répondu en votant pour donner à ses dirigeants, le président républicain Richard Burr et le démocrate Mark Warner, le pouvoir d’émettre des assignations chaque fois qu’ils le jugent nécessaire. Mardi, Flynn a informé le comité qu’il était prêt à divulguer certaines informations, mais pas toutes.

Cohen a déclaré dans un courriel : « J’ai refusé l’invitation à participer, car la demande a été mal rédigée, trop large et c’était impossible d’y répondre. » Il a qualifié l’enquête de « précipitation au jugement » et a dénoncé la demande d’information comme une « véritable expédition de pêche ». Il a ajouté : « Ils n’ont pas encore produit une seule preuve crédible qui corroborerait ce récit au sujet de la Russie. »

Le refus de Cohen et Flynn de se conformer aux demandes des comités prévoit une confrontation juridique potentielle qui pourrait inclure les citations pour outrage au Congrès, les décisions judiciaires et l’accusation d’entrave à la justice de la part de Trump, une offense qui peut justifier une procédure d’impeachment.

L’inclusion de Cohen dans les enquêtes du Congrès, qui, parallèlement à une enquête du FBI dirigée par l’ancien directeur du FBI Robert Mueller récemment désigné procureur spécial, élargit l’implication des personnages dans la périphérie politique et personnelle directe de Trump. La semaine dernière, l’objectif de la campagne contre la supposée « douceur » de Trump envers la Russie s’est déplacé vers Jared Kushner, son beau-fils et plus proche conseiller à la Maison-Blanche.

Le Parti démocrate et la plupart des médias dépeignent des réunions que Kushner a tenues avec des responsables russes en décembre, pendant la période de transition, comme illégitimes, sinon de la trahison. Des informations sur le fait que Kushner a proposé à Kislyak d’établir une ligne de communication de secrète pour discuter de la coopération en ce qui concerne la guerre de Syrie et d’autres questions sont cités comme preuve d’une violation extraordinaire et sinistre des normes diplomatiques et politiques. Cette ligne de communication secrète n’a jamais été établie.

Le Comité national démocrate a exigé la semaine dernière que Trump vire Kushner immédiatement et a demandé une enquête criminelle. Il exigeait de savoir si la demande pour un canal de communication secrète avec Moscou avait été autorisée par Trump.

La fureur sur cette question est un une piste entièrement fausse. Il n’y a rien d’extraordinaire lorsque des canaux confidentiels sont mis en place avec des gouvernements étrangers, non seulement par les administrations américaines, mais aussi par les présidents entrants et même par des campagnes présidentielles avant les élections. La véritable source du conflit au sein de la classe dirigeante est le fait que l’Administration Trump favorise une politique d’amélioration des relations avec la Russie pour concentrer l’agression impérialiste américaine sur la Chine. Ceci, cependant, bloque la politique férocement anti-russe adoptée par l’administration Obama et soutenue par de vastes sections de l’establishment du renseignement et de politique étrangère.

Le Parti démocrate s’est entièrement aligné sur les factions les plus férocement anti-russes de l’État et a choisi de faire de cette question de la politique impérialiste la base de son opposition à Trump. Il ne dit rien à peu près des attaques sauvages de Trump contre les droits démocratiques et ses projets de détruire des programmes sociaux dont dépendent des dizaines de millions de travailleurs pour la santé, l’alimentation, l’assistance au logement et d’autres besoins fondamentaux. Il ne dit rien non-plus de son attaque frontale contre l’éducation publique. Sur ces questions, ainsi que sur d’autres avantages pour les riches, il y a peu de choses qui séparent les deux grands partis bourgeois.

Le caractère concocté du « scandale » sur les canaux secrets avec la Russie corresponds à la nature fabriquée de toutes pièces du récit anti-russe. Aucune preuve de fond n’a été fournie ni par les agences de renseignement, ni par le Parti démocrate ni par les médias pour faire valoir les allégations sur le piratage russe et la fuite des courriels du Parti démocrate qui feraient partie d’une tentative de favoriser Trump contre Hillary Clinton.

De nouveaux rapports des médias contenant des allégations généralement vagues et sans fondement continuent à apparaître presque toutes les heures. Par exemple, un reportage de mardi sur CNN portait sur des conversations interceptées entre des Russes non identifiés concernant des informations « compromettantes » non spécifiées sur les associés de Trump qui pourraient être utilisées pour exercer une pression sur le gouvernement Trump.

L’ancien directeur du renseignement national, James Clapper fait la tournée des émissions d’information afin d’attiser les soupçons concernant les liens du gouvernement de Trump avec Moscou. Mardi matin, il a déclaré à Chris Cuomo, de CNN, qu’il y avait des preuves « écrasantes » de l’ingérence russe lors des élections américaines, mais lorsque Cuomo a insisté, il a refusé d’en fournir des éléments. Il a suggéré que les discussions de Kushner avec des responsables russes pourraient enfreindre le « principe honoré depuis longtemps selon lequel il n’y a qu’un président à la fois ».

Interrogé plus tard dans le programme PBS NewsHour, il a déclaré qu’il pourrait y avoir une explication « bénigne » pour la proposition de Kushner pour un canal secret avec la Russie, mais a ajouté : « On se demande s’il peut y avoir quelque chose de plus néfaste. »

Le général à la retraite Wesley Clark, un démocrate qui a commandé les forces de l’OTAN lors de la guerre menée par les États-Unis en 1999 contre la Serbie, a relié l’enquête Trump-Russie à la performance très critiquée par le président lors des sommets de l’OTAN et du G7 de la semaine dernière. Interrogé mardi matin à CNN, il a déclaré : « Les gens en Europe demandent pourquoi cette Administration essaie de rendre Poutine heureux. »

En fait, la réaction des pouvoirs européens à la visite de Trump était de s’éloigner encore plus de la politique anti-Russie des États-Unis, illustrée lundi dans la rencontre de Poutine avec le président français Emmanuel Macron. Cependant, les démocrates cherchent à utiliser le voyage européen de Trump, qui est considéré comme désastreux parmi les sections importantes de l’élite dirigeante, pour ajouter du carburant à leurs propres conflits de politique étrangère avec l’administration Trump.

Il existe de nombreuses indications de crise et de désordre au sein de l’Administration. Mardi, la Maison-Blanche a annoncé la démission de Mike Dubke du poste de directeur des communications. Cela se traduit par des rapports persistants d’une réorganisation imminente dans le personnel de la Maison-Blanche, y compris le renvoi ou la rétrogradation possible du porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer.

Spicer a tenu une conférence de presse mardi, la première en deux semaines, à laquelle il a refusé de répondre aux questions sur l’enquête qui vise Kushner et, dans des remarques écrites, a salué la tournée étrangère de Trump comme un triomphe de la politique étrangère de « l’Amérique d’abord » du gouvernement. En réponse à une question sur le coup d’éclat de la chancelière allemande, Angela Merkel, contre Trump et à l’appel à une politique européenne indépendante, il a déclaré que la relation entre Trump et le leader allemand était « assez incroyable » et a insisté sur l’idée qu’ils « s’entendent très bien ».

(Article paru d’abord en anglais le 31 mai 2017)

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