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Le cauchemar américain : neuf immigrés étouffés dans une remorque sur un parking du Texas

Par Eric London
25 juillet 2017

Alors que le président Donald Trump se vantait de « la fierté et [du] prestige américains » dans un discours aux marins en Virginie samedi, un cauchemar américain se déroulait à San Antonio, au Texas.

Neuf immigrants sont morts et 19 sont dans un état critique après avoir été enfermés dans une remorque scellée pour 24 heures. La remorque était stationnée au soleil sur un parking du magasin Wal-Mart par une température de 38 degrés Celsius.

Peu de temps avant 12 h 30 dimanche matin, l’un des immigrants piégés a réussi à sortir de la remorque pour demander de l’eau à un travailleur de Wal-Mart. Le travailleur a apporté de l’eau et il a appelé le 911 pour obtenir de l’aide.

Les agents de la police et de l’immigration sont arrivés sur les lieux et ont arrêté les immigrés alors qu’ils se trouvaient hors de la remorque et dans le parking. Une fois que ceux encore vivants ont été capturés, la police en a extrait les corps des huit morts de coup de chaleur ou de déshydratation, dont deux enfants. Un autre individu est mort à l’hôpital dimanche.

Le magasin Wal-Mart est resté ouvert dimanche.

Il est difficile d’imaginer l’enfer que les migrants ont vécu, avec une respiration haletante dans la chaleur étouffante alors que la mort s’emparait d’eux. Le chef des pompiers de San Antonio, Charles Hood, a déclaré à la presse que les survivants « étaient très chauds au toucher ». Leur fréquence cardiaque était supérieure à 130 battements par minute.

Eu égard aux rapports selon lesquels certains migrants avaient fui le stationnement, les autorités de police et d’immigration ont lancé une chasse à l’homme, cherchant dans les environs des immigrants qui auraient échappé à l’arrestation et à la prison. Un hélicoptère faisait briller un projecteur dans les bois voisins et a continué sa recherche pendant des heures alors que l’aube se levait.

Seuls les corps des morts seront autorisés à rester aux États-Unis, pour y être enterrés. Les survivants seront jetés dans des centres de détention et rapidement expulsés, probablement sans le droit de comparaître devant un juge pour plaider leur cause.

Thomas Homan, directeur intérimaire de l’Immigration et des douanes (ICE), a prononcé la déclaration suivante :

« Le terrible crime qui a été découvert hier soir est une évocation frappante de la nécessité de poursuivre les réseaux humains de contrebande de les capturer et de les punir […] Ces réseaux ont affiché à maintes reprises un mépris téméraire pour ceux qu’ils passent en contrebande […] Les hommes et les femmes d’ICE sont fiers de se tenir à côté de nos partenaires pour l’application de la loi » afin de « protéger le public et ceux qui seraient victimes de leurs pratiques dangereuses qui se concentrent uniquement sur leurs profits illicites ».

Cette déclaration servira d’élément clé dans un futur procès pour crimes contre l’humanité. Les procureurs souligneront que, oui, ce qui s’est passé était un crime horrible. En outre, il est vrai que les criminels, entraînés par leur volonté à but lucratif, affichent un mépris téméraire pour la vie de leurs victimes.

Cependant, ce ne sont pas les « réseaux de contrebande » qui sont principalement responsables de ce qui s’est passé à San Antonio. C’est l’ICE, la douane et la patrouille frontalière (CBP), et les politiques des deux partis de gouvernement américains qui sont à blâmer. Comme le feu de Grenfell à Londres qui a tué des douzaines des personnes, la tragédie de San Antonio est un cas de meurtre social, pour lequel la classe dirigeante est coupable.

Dans les années 1990, sous le président Bill Clinton, les démocrates et les républicains ont promulgué des programmes comme « Opération gardien des frontières » et « Opération du maintien du statu quo », dont l’objectif était de militariser les zones de passage urbain et de forcer les migrants à traverser les déserts complètement inhabitables.

En 2006, sous l’Administration Bush, le Congrès a adopté le Secure Fences Act, qui a facilité la construction de centaines de kilomètres de barrières frontalières et militarisé davantage la frontière. Ceux qui ont voté « oui » pour cette loi comprenaient alors les sénateurs Joseph Biden, Hillary Clinton, Barack Obama, John McCain et Charles Schumer. En 2010, Obama a signé une loi qui a déployé une flotte de drones à la frontière et 1500 soldats de la garde nationale pour bloquer ou arrêter les immigrants. Des milliers d’entre eux ont été tués en essayant de traverser ces déserts, en raison de ces politiques.

Donald Trump est à la hauteur de son engagement à « délier les mains » de l’ICE et du CBP et il a engagé en tant que conseillers de tenants de la suprématie blanche fascistes à des postes clés dans les agences d’immigration. L’Administration Trump a déjà arrêté plus de 60 000 immigrants au cours des six premiers mois de 2017, soit environ 40 % de plus que Obama, qui était connu parmi les immigrés comme « le déporteur en chef ».

La tragédie de San Antonio est passée pratiquement inaperçue dans l’establishment politique. La réaction du Parti démocrate consistait en des déclarations dénonçant les contrebandiers, y compris la déclaration de Joaquin Castro, membre du Congrès américain de San Antonio, qui a déclaré : « Les passeurs responsables de l’incident, qui ne considéraient pas la vie des personnes qu’ils transportaient, devraient être poursuivis dans toute la mesure de la loi. »

Le fait que tant de migrants se lancent dans de tels voyages dangereux témoigne de la profondeur de la crise sociale au Mexique et en Amérique centrale. Dévastés par un siècle d’exploitation et d’interventions militaires impérialistes, des pays comme le Salvador, le Guatemala, le Honduras et le Nicaragua ne se sont jamais rétablis de l’empreinte laissée par des dictatures soutenues par les États-Unis et les escadrons de la mort.

Il en va de même pour les migrants qui s’échappent du Moyen-Orient, où les guerres dirigées par les États-Unis ont tué des millions de personnes et obligé beaucoup d’autres à fuir. Des milliers de personnes se sont noyées en Méditerranée. En août 2015, 71 migrants du Moyen-Orient ont étouffé dans une remorque de camion après avoir tenté de traverser l’Autriche.

Le monde est submergé de gens qui sont forcés de fuir leurs maisons sous le poids de décennies d’exploitation économique et de guerre. Selon un rapport de l’ONU de 2015, il y a 65,3 millions de réfugiés dans le monde, plus que la population du Royaume-Uni, de la France ou de l’Italie.

La crise des réfugiés est le produit du système capitaliste et nécessite une solution socialiste. Jamais dans l’histoire, la contradiction entre la facilité avec laquelle le capital se déploie à travers les frontières et la difficulté avec laquelle les êtres humains fuient à travers les frontières nationales n’a été aussi aiguë. Alors que l’économie mondiale est de plus en plus interconnectée par l’avènement de l’Internet, des téléphones mobiles et des lignes d’approvisionnement intégrées globalement, les classes dirigeantes des pays dits démocratiques se protègent de plus en plus, comme l’a dit Leon Trotsky : « par un mur douanier et une haie de baïonnettes ».

Les socialistes rejettent les tentatives de concilier les slogans « de gauche » avec le poison nationaliste. Des personnages, comme Jeremy Corbyn au Royaume-Uni et Bernie Sanders aux États-Unis, montrent bien leurs perspectives pro-capitalistes lorsqu’ils parlent de « gestion raisonnable des migrations » (manifeste du Parti travailliste de Corbyn) et dénoncent les frontières ouvertes comme une « proposition de droite » qui « rendrait tout le monde en Amérique plus pauvre » (entretien de Sanders avec Vox, 18 juillet 2015).

Les socialistes s’opposent à la division du monde en États-nations et appellent à harmoniser l’organisation géographique du monde avec le caractère international de l’économie mondiale.

(Article paru d’abord en anglais le 24 juillet 2017)