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Réunion de l’Alliance progressiste à Londres : un appel à soutenir l’élite « mondialiste »

Par Jean Shaoul
26 mai 2017

La semaine dernière, 600 personnes ont assisté à la réunion de lancement à Londres de l’Alliance progressiste (Progressive Alliance – PA). Il s’agit d’une tentative du groupe de réflexion pro-Labour, appelé Compass, de former une alliance entre partisans du Parti travailliste, des démocrates libéraux, du Parti vert, du Parti pour l’égalité des femmes et d’autres groupes.

Organisée sous le slogan « Nous devons faire les choses différemment », elle prétendait vouloir empêcher une victoire écrasante du Parti conservateur lors des élections générales du 8 juin et « créer un nouveau genre de politique » fondé sur le scrutin proportionnel.

La réunion s’est déroulée dans un lieu « haut de gamme » dans le quartier de la Bourse à Londres, un emplacement idéal pour la base sociale de PA qui se trouve parmi la classe moyenne aisée.

Les intervenants comprenaient le député travailliste Clive Lewis, l’auteur et journaliste Paul Mason, Sophie Walker du Parti de l’égalité des femmes, les représentants du Parti vert, Compass et Podemos, le journaliste du Gardian, Zoe Williams, et Clare Sandberg de l’équipe de campagne de Bernie Sanders aux États-Unis.

Yanis Varoufakis, l’ancien ministre des Finances du gouvernement grec de Syriza, s’est adressé à la réunion par un lien vidéo préenregistré. Trois comédiens étaient à portée de main pour amuser le public avec des monologues comiques truffés de gros mots contre les conservateurs.

Neal Lawson, président du groupe Compass, a ouvert la réunion en expliquant que sans une alliance le Parti travailliste sera anéanti électoralement. Il en a fait beaucoup sur une poignée d’accords locaux où des candidats avaient accepté de « rester à l’écart » afin de ne pas diviser le vote anti-conservateurs. Il a exhorté les gens à abandonner leurs loyautés aux partis, à voter tactiquement contre les conservateurs et à faire campagne pour un vote tactique. Il a encouragé les gens à abandonner leur loyauté envers les partis et à voter de manière tactique contre les conservateurs et à faire campagne pour un tel vote.

Le leader du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, a rejeté des appels à une telle alliance. C’est non seulement parce que cela se ferait principalement aux dépens du Parti travailliste, mais aussi parce que l’appel est fait par ses adversaires au sein des parlementaires du Parti travailliste, qui espèrent un mauvais résultat le 8 juin afin qu’ils puissent essayer de nouveau de le destituer. Le Parti travailliste a été forcé de prendre des mesures contre trois membres qui soutenaient un candidat rival dans le but de destituer Jeremy Hunt, le secrétaire de la Santé. Plusieurs orateurs du Parti vert, du NHS Action Party et de Compass s’en sont plaints ensuite.

Cependant, pour la plupart, la volonté de se tenir à l’écart afin d’aider à élire des candidats « progressistes » – ceux qui sont pour le maintien de l’adhésion à l’Union européenne – se limitent aux Verts. Sur les 40 exemples salués par Compass, seuls deux concernent les candidats des Démocrates libéraux et du Parti de l’égalité des femmes. La volonté de ce parti de commettre un « hari-kari » politique est peut-être moins noble quand on considère le fait qu’il a obtenu moins de trois pour cent du vote des élections générales de 2015 et n’a qu’une seule députée, Caroline Lucas.

Les objectifs de Compass vont bien au-delà des élections du 8 juin. Il vise à construire une alliance entre l’aile droite du Parti travailliste, les Démocrates libéraux et des sections du Parti conservateur. Malgré le nom, il n’y a rien de progressiste là-dedans. Il cherche un réalignement politique autour de l’opposition à la sortie de l’UE par la Grande-Bretagne, ce qui est d’une importance critique pour la majorité de la bourgeoisie britannique, qui s’est opposée à un vote pour le Brexit.

Les banques et les entreprises sont maintenant confrontées à l’exclusion du marché unique européen, tandis que l’impérialisme britannique est confronté à la diminution de son rôle mondial. Pendant des décennies, il a agi comme la voix de Washington au sein de l’UE et le pilier de l’OTAN en Europe.

Au cours des dernières années, il a joué un rôle clé pour empêcher l’apaprition d’une armée européenne qui pourrait se développer séparément et en concurrence avec l’OTAN. Depuis la décision du Brexit, l’Allemagne a ouvert la voie pour appuyer cette formation. Il y a quelques jours, des plans ont été annoncés par l’UE pour un mécanisme de financement coopératif pour financer des projets militaires conjoints. C’est une étape importante dans les efforts franco-allemands pour jeter les bases d’une armée de l’UE.

L’AP a peu de soutien populaire, en particulier depuis que Tony Blair, ce criminel de guerre qui échappe à la mise en examen, est apparu comme son principal défenseur.

De manière significative, le premier intervenant lors du rassemblement de lancement était le député travailliste Clive Lewis, qui est le plus envisagé pour remplacer Corbyn après le 8 juin sauf dans le cas où l’aile droite oserait tenter une scission au sein du parti.

Un ancien officier d’infanterie diplômé de l’Académie militaire d’élite de Sandhurst, Lewis est devenu député en 2015, déclarant dans son discours de victoire que le New Labour de Tony Blair était « mort et enterré ». Il était l’un des 36 députés travaillistes à nommer Corbyn lors de l’élection du leader du Parti travailliste en 2015, et fut rapidement placé au sein de la direction du parti. Il a quitté le « cabinet fantôme » du Parti travailliste plus tôt cette année à cause de l’insistance de Corbyn pour que les députés votent pour le déclenchement de l’article 50 pour entamer les négociations du Brexit. En avril, il était l’un des 13 députés qui ont voté contre l’appel à des élections générales.

Lewis a soutenu que le vote pour quitter l’UE a démontré l’effondrement de l’agencement électoral traditionnel entre le Parti conservateur et le Parti travailliste, et que si le Parti travailliste devait avoir l’espoir de se retrouver au pouvoir, il doit faire partie d’une « alliance progressiste » avec les Démocrates libéraux en se basant sur l’acceptation d’un système électoral fondé sur le scrutin proportionnel.

Mason, ancien membre du groupe Workers Power et défenseur de premier plan d’une stratégie consistant à ne pas réaliser le Brexit, ou à le limiter, a appelé à une « alliance progressiste » pour développer une « identité nouvelle radicale et distincte du Parti travailliste ». Il s’agirait d’une coalition entre la classe moyenne essentiellement jeune et urbaine qui a voté contre le Brexit et la « classe ouvrière pauvre des petites villes » accusée d’avoir soutenue le Brexit. Cette alliance pourrait se rassembler derrière ce qu’il appelle une « section mondialiste de l’élite ».

Outre les dénonciations verbales du racisme et de la xénophobie anti-immigrés (qui est invariablement attribuée à la « classe ouvrière blanche »), Mason avait peu à dire directement sur la base programmatique de l’Alliance progressiste. « Nous avons besoin d’une alliance, même si nous ne voulons pas tous la même chose », a-t-il souligné.

Il est allé jusqu’à en appeler aux églises – dans un pays où seulement 1,4 pour cent de la population participe aux services religieux du dimanche – pour prévenir la xénophobie de la chaire !

Mason a terminé ses remarques en faisant l’éloge de l’ancien Premier ministre conservateur, David Cameron – l’homme responsable d’avoir décidé du référendum sur l’adhésion à l’UE, une manœuvre contre les eurosceptiques au sein de son propre parti. C’est l’homme qu’il propose pour diriger l’aile progressiste des conservateurs contre l’aile droite. Pour cette soi-disant gauche, et vraisemblablement pour les autres dirigeants de l’AP, l’élite progressiste englobe l’Église, ainsi que Cameron et sa coterie de millionnaires et de banquiers.

Lewis, Mason et Compass étaient tous des partisans d’une « Autre Europe est possible » : le groupement pro-UE dirigé par Varoufakis. Les modèles de l’Alliance progressiste sont Syriza en Grèce et Podemos en Espagne. Ce sont deux organisations bourgeoises, formées à la suite de manœuvres entre les staliniens et divers groupes de pseudo-gauche qui ont été un désastre pour la classe ouvrière.

Syriza, en alliance avec les « Grecs indépendants » de droite, a trahi ses promesses électorales et impose des mesures d’austérité draconiennes et des politiques anti-réfugiées au nom de l’UE. En Espagne, les manœuvres sans principes de Podemos avec le Parti socialiste (PSOE) ont permis au parti populaire de droite de conserver le pouvoir après deux élections indécises.

Ce parcours désastreux n’intéresse pas les couches petites-bourgeoises qui ont constitué le public de l’Alliance progressiste. Leur seule préoccupation est d’effectuer une redistribution plus équitable de la richesse, mais seulement parmi les 10 % supérieurs de la société à laquelle ils appartiennent. Cela nécessite à son tour de défendre l’accès de la capitale britannique au marché unique européen et de maintenir sa position de puissance militaire. C’est pourquoi aucun des orateurs ne peut aborder ouvertement le programme de politique étrangère et intérieure auquel ils souscrivent.

(Article paru d’abord en anglais le 25 mai 2017)