Home » Nouvelles internationales » Etats-Unis

Un Américain sur huit souffre d'insécurité alimentaire

Un nouveau rapport documente l'omniprésence de la faim aux États-Unis

Par Shelley Connor
11 mai 2017

Un rapport publié le 4 mai par Feeding America révèle qu'une personne sur huit, et qu'un enfant sur six, ont manqué de nourriture à un certain moment durant 2015, la plus récente année pour laquelle des statistiques existent. On peut lire dans le rapport que même si en général le niveau d'insécurité alimentaire a diminué au cours des dernières années, la faim et la pauvreté demeurent pires qu'avant la récession.

De plus, l'écart se creuse entre les revenus et l'argent nécessaire pour acheter suffisamment de nourriture pour les millions de personnes qui souffrent d'insécurité alimentaire. Et les programmes alimentaires actuels du gouvernement, de plus en plus sous-financés, sont scandaleusement insuffisants pour subvenir à l'immense besoin social.

Ce rapport expose une fois de plus le discours du gouvernement et des médias que les États-Unis se seraient remis de la Grande Récession et que, comme l'a dit fin 2015 l'ancien président Barack Obama: «Les choses vont très bien aux États-Unis». Obama parlait bien sûr de sa véritable base sociale – Wall Street et les riches – qui a monopolisé une part encore plus grande de la richesse nationale grâce à ses politiques de droite.

Donald Trump prend le relais d'Obama, pillant l'économie et enrichissant l'aristocratie financière de manière encore plus éhontée. Tandis que les profits, le cours des actions et les fortunes personnelles des riches atteignent des records, la crise de la faim constitue une condamnation indéfendable du système capitaliste.

À l'aide des données du département de l'Agriculture des États-Unis (USDA), Feeding America, une organisation sans but lucratif qui gère des banques alimentaires, a tracé la carte de l'insécurité alimentaire à travers chaque comté et district électoral des États-Unis. Les statistiques obtenues donnent un aperçu troublant des conditions de vie de larges couches d'Américains de la classe ouvrière et de la classe moyenne inférieure.

* En 2009, l'année après le krach de Wall Street, quelque 50 millions de résidents des États-Unis souffraient d'insécurité alimentaire. Même si ce chiffre a diminué à 42 millions de personnes en 2015, le manque à gagner budgétaire par personne, par année, était de 527 dollars. Ce montant représente une augmentation de 13%, ajustée à l'inflation, depuis 2008.

* Les enfants sont plus vulnérables à la faim que la population en général. En moyenne, 21% des enfants de tous les comtés américains souffrent d'insécurité alimentaire, comparativement à 14% dans la population en général. Quelque 41% des enfants du comté d'Issaquena au Mississippi sont en précarité alimentaire, et dans 14 autres comtés, plus de 100.000 enfants doivent parfois sauter des repas.

* À l'échelle nationale, 26% des personnes en situation de précarité alimentaire risquent de ne pas être éligibles aux programmes alimentaires gouvernementaux, comme le Programme d'aide supplémentaire à la nutrition (Supplemental Nutrition Assistance Program, SNAP, les bons alimentaires), Women Infants and Children (WIC), ou les repas gratuits ou à prix réduit dans les écoles. Dans 76 comtés américains, la majorité des personnes qui souffrent d'insécurité alimentaire n'auront probablement pas accès à l'aide du gouvernement. Dans le comté de Douglas, près de Denver au Colorado, environ deux tiers des 28.280 personnes en précarité alimentaire risquent fort de ne pas avoir droit à de l'aide alimentaire gouvernementale.

Une personne sur quatre souffrant d'insécurité alimentaire affirme que sa demande d'aide alimentaire lui a été refusée par le gouvernement.

Cela n'est pas surprenant étant donné que dans de nombreux États une famille de quatre personnes doit gagner moins de 31.980 $ par année pour avoir accès aux bons alimentaires. Autrement dit, elle doit vivre dans la pauvreté la plus abjecte.

* Des millions des personnes qui ont un emploi souffrent de la faim. Quelque 57% des personnes en situation de précarité alimentaire gagnent plus que le seuil fédéral (ridiculement bas) de pauvreté.

* Quatre-vingt-neuf pour cent des comtés ayant le plus d'insécurité alimentaire sont situés dans le sud.

* Les comtés ruraux comptent pour 63% de tous les comtés aux États-Unis, mais ils représentent 76% des comtés qui souffrent le plus d'insécurité alimentaire.

Cependant, même si l'insécurité alimentaire est moins répandue dans les comtés urbains, il y a beaucoup de personnes qui souffrent de la faim dans de nombreuses villes. Le comté de Los Angeles a un taux relativement «bas» de précarité alimentaire de 12%, mais ce nombre correspond à 1,2 million de personnes, dont 480.000 enfants. Les comtés avec la plus forte concentration de personnes en situation d'insécurité alimentaire sont New York, Los Angeles, Harris (Houston), Cook (Chicago), Maricopa (Phoenix), Dallas, San Diego, Wayne (Detroit), Tarrant (Fort Worth) et Philadelphie.

Diana Aviv, présidente de Feeding America, a qualifié le rapport de «sombres nouvelles». Elle a dit qu'«il est décourageant de constater que des millions d'Américains qui travaillent fort pour un bas salaire ont de plus en plus de difficulté à se nourrir et nourrir leur famille à un moment où notre économie montre beaucoup de signes d'amélioration...»

Le caractère répandu et persistant de la faim dans le plus riche pays de la planète n'est pas le résultat de forces cosmiques ou d'un acte divin. C'est la conséquence de politiques mises en œuvre délibérément par les deux partis, agissant dans l’intérêt de l'élite patronale et financière. Le programme SNAP a été amputé à plusieurs reprises sous l'administration Obama, dont des coupes de 8,7 milliards $ promulguées par Obama en février 2014, privant du coup plus de 500.000 personnes de bons alimentaires.

Une journée après la publication du rapport de Feeding America, Trump a promulgué une mesure budgétaire bipartite prolongeant le financement fédéral jusqu'au 30 septembre, la fin de l'année financière, qui contient des coupes supplémentaires de 2,4 milliards $ au programme de bons alimentaires. La même mesure accorde 15 milliards $ de plus à l'armée durant les cinq prochains mois et 1,5 milliard $ pour militariser davantage la frontière sud des États-Unis. Les démocrates ont présenté la mesure comme une victoire pour le peuple et une défaite pour Trump.

Le montant de 16,5 milliards $ alloué pour la guerre à l'étranger et la guerre contre les immigrants au pays pourrait couvrir une bonne partie du manque à gagner du budget alimentaire pour la population américaine souffrant de précarité alimentaire – un manque évalué à 22,3 milliards $.

Si la totalité de ce montant était soustraite de l'avoir net (81 milliards $) du plus riche milliardaire américain, Bill Gates, le magnat de l'informatique aurait encore près de 60 milliards $. Le spéculateur George Soros, le 19e plus riche Américain, pourrait faire disparaître le déficit de la faim et il lui resterait quand même un bon 3 milliards $ à dépenser.

Un système social qui condamne des millions de personnes à la faim pour entretenir le mode de vie insignifiant et corrompu d'une nouvelle aristocratie est condamné. Il mérite de disparaître.

(Article paru en anglais le 6 mai 2017)