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Une nouvelle étape dans la contre-révolution du système de santé aux États-Unis

Par Patrick Martin
12 mai 2017

Le vote pour le American Health Care Act (AHCA) par la Chambre des représentants des États-Unis représente un développement politique important. L'élite dirigeante n'avait jamais auparavant révélé le but de ses tentatives de «réforme» de la santé au cours du dernier quart de siècle aussi ouvertement. Des millions de travailleurs seront privés de l'assurance-maladie et de l'accès aux soins de santé afin de financer un transfert de billions de dollars vers l'aristocratie financière.

Le but central de ce projet de loi est le démantèlement de Medicaid, le programme d'assurance-maladie pour les pauvres, et sa destruction en tant que programme de droit à prestations. Ceci sera le prélude à la destruction de Medicare et de la sécurité sociale.

Les réductions massives prévues par ce projet de loi pour le système de santé ont provoqué la colère populaire. Tous les groupes professionnels importants du secteur de la santé, des médecins aux psychiatres, et les groupes de pression pour ceux qui souffrent du cancer, des maladies cardiaques, pulmonaires, de la sclérose en plaques, et d'autres maladies, ont dénoncé la cruauté de la loi appuyée avec enthousiasme jeudi dernier par le président Donald Trump.

Bien que les politiciens démocrates du Congrès prétendent partager la colère populaire, leurs objections contre ce monstrueux exemple juridique de la lutte des classes sont purement cosmétiques. Le texte de loi républicain ne démontre que de façon plus grossière la même visée poursuivie par Obamacare plus sournoisement, dissimulée derrière un voile de rhétorique réformiste: réduire les coûts du système de santé pour les entreprises américaines et pour l'État capitaliste en faisant porter le fardeau à la classe ouvrière.

Tout comme l'Affordable Care Act, l'AHCA républicain prend comme point de départ un système basé sur la subordination des besoins de la santé d'une population vaste et diversifiée, aux nécessités de profitabilité des grandes entreprises qui dirigent les hôpitaux et l'assurance, les industries pharmaceutiques et d'équipement médical, et aux banques de Wall Street qui dominent l'économie dans son ensemble.

Comme l'ont déclaré de nombreux porte-paroles pour la classe dirigeante, un problème fondamental du système américain d'assistance sociale est que la population vit trop longtemps. Des avancées dans le traitement médical et la technologie ont fait qu'il est à présent possible de vivre beaucoup plus longtemps que les projections actuarielles sur lesquelles se baisaient à l'origine les programmes de la sécurité sociale et de Medicare. Ce qui, dans n'importe quelle société décente et humaine, serait considéré comme un énorme progrès, est perçu par l'aristocratie financière comme un gaspillage inacceptable d'argent qu'elle réserve à l'accumulation de villas, de yachts et d'îles privées, ainsi qu'à l'expansion de son arsenal pour la guerre et la répression.

Comme le démontre l'AHCA, le remède à cette situation consiste à provoquer une hausse draconienne du taux de mortalité.

Le projet de loi adopté par les représentants contient une énorme baisse d'impôt pour les riches et les entreprises d'assurance, pharmaceutiques, et d'équipement médical, valant près de 600 milliards de dollars pour les dix prochaines années. Ce qui est encore plus important pour l'élite dirigeante, il réduit 880 milliards de dollars des dépenses pour Medicaid et 300 milliards de dollars pour les subventions pour l'achat d'assurance-maladie, tout en offrant une panoplie de méthodes pour exclure des millions de personnes de toute assurance-maladie.

Un parlementaire républicain particulièrement borné, Raul Labrador de l'Idaho, a répondu lors d'une assemblée publique à des critiques qui affirmaient que les coupes de Medicaid entraîneraient des morts prématurées. «Cet argument est tellement injustifiable», a dit Labrador. «Personne ne meurt parce qu'il n'a pas accès aux soins de santé.»

En fait, une étude de 2009 publiée par l'American Journal of Public Health a conclu que 45.000 décès par année étaient attribuables au manque d'accès aux soins de santé, et que les Américains non assurés ont 40 pour cent plus de risque de mourir avant ceux qui le sont. Des études plus récentes démontrent que l'espérance de vie parmi les travailleurs blancs d'âge moyen commence à décliner sous les effets combinés de la désindustrialisation, des coupes sociales et de l'effondrement des infrastructures, surtout dans les régions rurales.

Le but de l'AHCA est de continuer et d'intensifier ces tendances pernicieuses, et il sera nécessairement préservé dans n'importe quelle loi qui sera approuvée par le Sénat et adoptée par le président Trump. C'est pourquoi la proposition de loi met fin à la protection pour ceux qui ont des conditions préexistantes, ce qui inclut entre 50 et 130 millions de personnes, selon la définition du terme. Ceux qui sont le plus à risque de développer des maladies graves, et qui ont donc le plus besoin d'assurance, seront placés dans des ghettos médicaux (nommés «bassin à haut risque»), où ils peuvent être soumis à des augmentations démesurées des prix, ou entièrement privés d'assurance.

Le projet de loi contient également de nombreuses sections qui ressemblent à une liste de souhaits du patronat rédigée afin d'apaiser les républicains du «Freedom Caucus» d'extrême droite, qui ont bloqué la première version de Trumpcare plus tôt cette année. Le projet de loi annule les prestations du Planned Parenthood pendant un an, qui touche des millions de femmes travailleuses; il élimine les allocations fédérales pour les programmes de vaccination publics; et il prévoit une clause permettant aux employeurs de rétablir des limites d'âge sur les prestations de santé, que 59 pour cent des employeurs avaient imposées avant qu'Obamacare rende de telles limites illégales.

Les démocrates feront tout pour présenter les républicains comme étant des valets sans pitié des super riches, mais cette description s'applique autant à eux. Les deux partis s'entendent à restreindre le système de santé en fonction de ce qui est compatible avec les intérêts de profitabilité des grandes entreprises américaines, et étant donné la crise économique du capitalisme mondial, les coûts de la santé sont perçus comme un désavantage compétitif. Ceci explique la détermination bipartite à réduire les coûts aux dépens de la santé et des vies de millions de travailleurs.

La solution socialiste à la crise du système de santé adopte comme point de départ les besoins des travailleurs et de la société dans son ensemble, et non pas la «santé» financière des grandes entreprises et des banques. Le Socialist Equality Party exige l'établissement d'un système de santé universel, aux soins gratuits pour tous, fondé sur le transfert du système de santé en entier – les entreprises d'assurance, pharmaceutiques et d'équipement, ainsi que les hôpitaux privés – sous la propriété publique et la gestion démocratique en fonction des besoins humains, et non du profit.

L'établissement d'un tel système ferait partie de la réorganisation de l'ensemble de l'économie sur la base de règles socialistes, à travers la nationalisation des grandes sociétés sous la direction de la classe ouvrière et l'établissement d'une économie planifiée rationnellement. La lutte pour cette perspective requiert la mobilisation de la classe ouvrière en tant que force révolutionnaire, indépendante des partis démocrate et républicain et opposée à eux.

(Article paru en anglais le 8 mai 2017)