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Trump veut des coupes sociales de 1700 milliards de dollars

Par Kate Randall
24 mai 2017

L’administration Trump dévoilera aujourd’hui un budget pour l’exercice financier de 2018 qui comprend des réductions de 1700 milliards de dollars dans les principaux programmes sociaux. Ce plan marque une nouvelle étape dans une contre-révolution sociale bipartite visant à éviscérer les programmes de lutte contre la pauvreté et la faim et d’assurance santé pour des millions de travailleurs.

La publication du budget souligne le caractère réactionnaire de la réponse des démocrates à un gouvernement de gangsters dirigé par un milliardaire fascisant et composé de banquiers de Wall Street, d’idéologues d’extrême droite et de généraux. Le Parti démocrate a choisi de fonder son opposition à Trump non pas sur son assaut contre les travailleurs et les pauvres, ses attaques contre les droits démocratiques ou son militarisme imprudent, mais sur sa supposée « mollesse » envers la Russie.

Dans la guerre politique qui a lieu à Washington, les démocrates s’alignent sur les sections de l’appareil de renseignement et de l'« état dans l’état » qui sont déterminées à obliger Trump à abandonner toute notion d’améliorer les relations et à poursuivre la politique d’Obama d’une confrontation croissante avec la Russie. Alors que les démocrates et les médias dits « libéraux » poursuivent leur campagne contre la Russie, l’administration Trump continue de faire progresser son programme brutal aux États-Unis.

Le budget de Trump n’est que la première salve d’une mise en scène de la lutte entre les deux partis de la grande entreprise sur les coupes sociales qui finiront par l’attaque la plus massive de l’histoire américaine sur les programmes sociaux de base.

Le budget comprend une réduction de 800 milliards de dollars sur une décennie de Medicaid, le programme d’assurance maladie pour les personnes à faible revenu administré conjointement par le gouvernement fédéral et les États. Plus de 74 millions d’Américains, soit un sur cinq, sont actuellement inscrits à Medicaid, y compris les femmes enceintes, les enfants et les seniors handicapés.

À l’instar de l’American Health Care Act (AHCA – Loi américaine des soins de santé) adoptée plus tôt ce mois-ci par la Chambre des représentants à majorité républicaine, le projet de budget de Trump mettrait fin à Medicaid en tant qu’avantage garanti en fonction des besoins, en le remplaçant par un financement par habitant ou un bloc de subventions aux États fédérés.

L’AHCA mettrait également fin à l’extension des avantages de Medicaid dans le cadre d’Obamacare et permettrait aux États d’imposer des exigences de travail aux bénéficiaires. Le Bureau du budget du Congrès a estimé qu’une version antérieure du plan républicain entraînerait la perte des prestations de Medicaid pour 10 millions de personnes.

Le budget de Trump réduirait également de 193 milliards de dollars au cours d’une décennie le Programme d’aide nutritionnelle supplémentaire (SNAP), communément appelée timbres alimentaires, une réduction de 25 pour cent à atteindre en partie en resserrant les conditions d’éligibilité et en imposant des exigences de travail.

Les prestations sociales, connues sous le nom d’Aide temporaire pour les familles nécessiteuses, seraient réduites de 21 milliards de dollars. Les dépenses pour le Crédit d’impôt sur le revenu et le Crédit d’impôt pour les enfants, qui bénéficient principalement aux familles à faible et moyen revenu, seraient réduites de 40 milliards de dollars.

Le budget comprendrait des changements dans le financement du Programme de sécurité complémentaire de la Sécurité sociale, qui fournit des prestations en espèces aux personnes pauvres et handicapées.

Tout en éviscérant les programmes sociaux, Trump propose de réduire fortement les taxes pour les riches. En plus de réduire les taux d’imposition sur le revenu pour les riches, il propose de réduire de façon spectaculaire les taux d’imposition du patrimoine, des gains en capital et des entreprises. En même temps, il exige une augmentation énorme des dépenses militaires.

Alors que les démocrates font des critiques creuses sur le budget de Trump, le fait est que l’administration augmente depuis des décennies les assauts sur la classe ouvrière supervisés par les deux partis du patronat.

On en voit le résultat dans la réalité de la vie sociale en Amérique :

Pauvreté

Plus de 13 pour cent, soit environ 43,1 millions d’Américains, vivaient dans la pauvreté en 2015. Parmi ceux-ci, 19,4 millions vivaient dans une extrême pauvreté, ce qui signifie que le revenu en espèces de leur famille était inférieur à la moitié du seuil de pauvreté, soit environ 10 000 dollars par année pour une famille de quatre personnes. Le taux de pauvreté pour les enfants de moins de 18 ans était de 19,7 pour cent.

Ce sont les taux de pauvreté officiels, basés sur des lignes de base à faible revenu absurdement bas. En réalité, au moins la moitié de la population vit dans la pauvreté ou se trouve à la limite de la pauvreté. Ce sont précisément les personnes visées par les coupes proposées par Trump dans Medicaid, les prestations sociales et les timbres alimentaires.

Faim

Près d’un ménage américain sur huit, 15,8 millions, étaient en insécurité alimentaire en 2015, ce qui signifie qu’ils avaient de la difficulté à fournir suffisamment de nourriture pour tous leurs membres. Cinq pour cent des ménages avaient une très faible sécurité alimentaire, ce qui signifie que la consommation alimentaire des membres du ménage a été réduite. Trois millions de ménages ont été incapables de fournir des aliments adéquats sur le plan nutritif pour leurs enfants.

Manque de soins de santé

En 2016, dans le cadre d’Obamacare, 28,6 millions de personnes de tous âges, soit environ neuf pour cent de la population américaine, demeuraient non assurées. Beaucoup des assurés dans le cadre des plans achetés auprès d’assureurs privés sur les bourses d’Obamacare n’ont pas pu utiliser leur assurance en raison de franchises trop élevées et de frais supplémentaires pour les soins. Beaucoup de ceux qui ont obtenu une assurance sous Obamacare en ont bénéficié en raison de l’extension de Medicaid. Trump envisage d’inverser cela, jetant ainsi des millions de personnes dans les rangs des non-assurés.

Un assaut bipartite

Dans le sillage de la proposition de budget de Trump, les démocrates ont répondu avec leur rhétorique creuse standard. Le chef de la minorité du Sénat, Charles Schumer, l’un des politiciens les plus arrosés par l’argent de Wall Street pour ses campagnes, a décrié la « politique de droite dure [de Trump] qui profite aux ultra-riches aux dépens de la classe moyenne. » Il y a seulement trois semaines, Schumer et le chef de la minorité de la Chambre Nancy Pelosi faisaient l’éloge d’un budget fiscal pour 2017 bipartite qui réduisait les timbres alimentaires de 2,4 milliards de dollars, réduisait drastiquement le financement de l’éducation et de l’environnement et qui a ajouté des milliards de plus pour l’armée et les contrôles aux frontières.

Obamacare a ouvert la voie à l’assaut actuel sur Medicaid et aux attaques à venir sur l’assurance-maladie et la sécurité sociale en subordonnant davantage les soins de santé aux exigences de profits des assurances et de l’industrie pharmaceutique et en imposant à des millions de travailleurs des coûts plus élevés pour des prestations réduites.

Rien de moins qu’un mouvement de masse de la classe ouvrière ne pourra empêcher la destruction de Medicaid, Medicare, la Sécurité sociale, les timbres alimentaires, l’éducation publique et tous les autres acquis sociaux gagnés par la classe ouvrière. Mais ce mouvement doit être complètement indépendant du Parti démocrate. Ce parti est le cimetière historique de la protestation sociale en Amérique. Cela vaut aussi pour les démagogues à la rhétorique de gauche comme Bernie Sanders et Elizabeth Warren.

Il ne s’agit pas de faire appel aux démocrates ou de faire pression sur eux ou sur une autre partie de l’establishment politique. Ils sont tous dans la poche de Wall Street.

La classe ouvrière a besoin de son propre programme pour obtenir ses droits sociaux fondamentaux : un emploi décent, l’éducation, les soins de santé, une retraite sécurisée. Ces droits ne sont pas compatibles avec un système capitaliste qui vire inexorablement vers la guerre mondiale et la dictature.

Les travailleurs et les jeunes doivent intervenir dans cette crise avec un programme socialiste et révolutionnaire adapté aux besoins de la grande majorité, et non aux intérêts d’une oligarchie financière obscènement riche.

(Article paru en anglais le 23 mai 2017)