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Royaume-Uni : victoire des conservateurs aux élections locales, les travaillistes et l'UKIP reculent

Par Robert Stevens
8 mai 2017

Les élections régionales et municipales qui ont eu lieu jeudi en Angleterre, en Écosse et au Pays de Galles ont été caractérisées par une large abstention, avec seulement un tiers de l’électorat qui s'est rendu aux urnes.

Les conservateurs au pouvoir ont été les principaux bénéficiaires de la faible participation, faisant des gains importants au détriment du Parti travailliste et, plus encore, du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP). Le vote UKIP s'est complètement effondré. La part du vote national projetée pour les conservateurs est de 38 pour cent, 11 points de plus que les travaillistes qui sont à 27 pour cent, avec les démocrates libéraux à 18 pour cent et UKIP à 5 pour cent.

Quelque 4851 sièges étaient en jeu dans 88 collectivités locales, pour la plupart à l'extérieur des grandes villes du Royaume-Uni, dont 32 en Écosse, 22 au Pays de Galles et 34 conseils régionaux en Angleterre. L'élection de « maires de grandes agglomérations » a eu lieu dans six régions : l'ouest de l'Angleterre, le grand Manchester, la région de la ville de Liverpool, les West Midlands, Tees Valley et la circonscription de Cambridge et Peterborough.

La campagne électorale locale était un non-événement et généralement invisible jusqu'au jour des élections, en raison de l’annonce faite par la Première ministre conservatrice Theresa May, le mois dernier, des élections législatives anticipées pour le 8 juin. Les élections locales se déroulent généralement le même jour que les élections législatives, mais le scrutin de jeudi a eu lieu près d'un mois plus tôt.

Les résultats officiels pour tout le Royaume-Uni indiquent que les conservateurs ont gagné 563 sièges alors que les travaillistes en ont perdu 382 et les démocrates libéraux ont perdu 42 sièges. L'UKIP a perdu 144 sièges.

En Angleterre, les conservateurs ont gagné 10 municipalités, et globalement les travaillistes ont perdu 150 sièges et le contrôle d’une municipalité. Les libéraux ont perdu 29 sièges. L'UKIP a perdu 145 sièges et n'en a gagné qu'un seul.

En Écosse, le Parti national écossais (SNP) reste le principal parti dans les collectivités locales, mais n'a pas réalisé le score attendu, ayant perdu sept sièges. Les conservateurs ont remporté 164 sièges pour devenir le deuxième parti le plus important, devançant les travaillistes, qui ont perdu 133 sièges. Le Parti travailliste a perdu sa majorité au conseil municipal de Glasgow – une municipalité qu'il tenait depuis 1980 – en faveur d’une administration SNP, à une majorité relative.

Au Pays de Galles, les travaillistes ont perdu des sièges dans plusieurs de leurs bastions, dont Bridgend et Merthyr Tydfil, où le fondateur du Parti travailliste, Keir Hardie, avait remporté son premier mandat. À Merthyr Tydfil, Brendan Toomey, le maire travailliste, a perdu son siège face à un candidat indépendant, ce même groupe d’indépendants a obtenu 16 sièges pour l’emporter. Malgré les projections de défaites encore plus grandes aux mains des conservateurs, les travaillistes ont gardé le contrôle des municipalités de Swansea, de Cardiff et de Newport où ils restent le parti dominant.

En faisant campagne comme le parti promettant de revenir sur la décision du gouvernement de quitter l’Union européenne suite au référendum de l’année dernière, les démocrates libéraux ont été incapables d’obtenir un soutien significatif. Dans les conseils régionaux tels que le Somerset et le Dorset dans le sud-ouest de l'Angleterre, où ils avaient une forte représentation dans les collectivités locales, mais où les électeurs ont voté majoritairement pour quitter l’UE, les démocrates libéraux ont été battus par les conservateurs.

Les élections des maires ont également connu des défaites importantes pour les travaillistes, les Tories (conservateurs) ayant remporté quatre des six régions où se tenaient des élections. Bien qu'ils aient gagné confortablement dans deux de leurs bastions, le Grand Manchester et l’agglomération de la ville de Liverpool, les travaillistes ont perdu face aux conservateurs dans la région solidement ouvrière des West Midlands, qui a la plus grande population urbaine en dehors de Londres. Ils ont également perdu dans la Tees Valley au nord-est de l'Angleterre, une région industrielle sinistrée qui a vu la perte de milliers d'emplois dans le secteur industriel et qui a largement voté pour quitter l'UE.

Le faible taux de participation à l'échelle nationale fut reflété dans les élections des maires, où moins d'un tiers de l’électorat s’est déplacé pour voter. Dans le Grand Manchester, le taux de participation était de moins de 29 pour cent, tandis que dans les West Midlands il était de 26 pour cent, et dans la Tees Valley seulement 21 pour cent ont voté.

Ces résultats constituent une mise en cause sérieuse du dirigeant travailliste « de gauche » Jeremy Corbyn et de ses partisans parmi les groupes de pseudo-gauche en Grande-Bretagne. Depuis son élection en 2015, Corbyn a refusé de s'opposer à l'aile droite du parti, s'inclinant devant elle sur chaque question politique. À peine quelques semaines après avoir été réélu par un vote écrasant à la tête du parti sur une politique anti-austérité et anti-guerre, Corbyn a autorisé un vote libre de ses députés sur les frappes militaires en Syrie. Un tiers des députés travaillistes ont voté en faveur des frappes, accordant ainsi aux conservateurs une majorité confortable, menant immédiatement aux attaques aériennes. Corbyn a ensuite chargé les municipalités travaillistes, qui dirigent la grande majorité des principales zones urbaines du Royaume-Uni, de continuer à imposer des mesures d'austérité.

L’imposition continue de l'austérité par les travaillistes a joué un rôle central dans leur défaite. Beaucoup de collectivités locales qu'ils dirigent ont imposé des réductions massives dans les prestations sociales aux adultes - frappant particulièrement les personnes âgées - et ont imposé d'énormes augmentations de la taxe d’habitation. Les travaillistes ont perdu le conseil régional de Derbyshire face aux conservateurs, dans une circonscription où le siège parlementaire est détenu par le parti depuis 1935. Les municipalités travaillistes dans la région ont imposé plus de 100 millions de livres sterlings de mesures d'austérité.

Beaucoup de gens à Merthyr Tydfil avaient déjà protesté contre les coupes budgétaires du conseil municipal de plus de 15 millions de livres avant que Corbyn ne prenne la tête du parti. Cela s'est poursuivi depuis. Interrogé sur la raison de sa défaite, le dirigeant travailliste Toomey a déclaré : « Nous avons dû prendre des décisions difficiles et malheureusement j'ai dû en payer le prix ».

Après le référendum sur le Brexit et la démission en juillet dernier du Premier ministre conservateur David Cameron, son successeur Theresa May a adopté complètement le programme anti-UE de l’UKIP. Les conservateurs ayant repris à leur compte la politique de l'UKIP, la grande majorité des électeurs de ce parti l'ont abandonné en faveur de la politique de Theresa May et son « Brexit veut dire Brexit ».

Le rédacteur en chef politique du Financial Times, George Parker, pouvait à peine contenir sa joie au journal télévisé de Sky News, « Voilà un gouvernement qui a mis en œuvre un programme d'austérité depuis sept ans [...] et pourtant les voilà qui gagnent des centaines de sièges à travers le pays au détriment des travaillistes, du SNP, des démocrates libéraux et de l'UKIP. » Au sujet de l'effondrement de l’UKIP, Parker a déclaré que Theresa May « avait utilisé le langage de l'UKIP, adopté certaines des politiques de l'UKIP et, en même temps, écrasé l'UKIP. »

Douglas Carswell, le conservateur devenu député de l'UKIP et qui a par la suite quitté ce parti en mars de cette année, a déclaré : « En tant que premier et dernier député de l’UKIP [...] Je ne voudrais rien dire déplaisant, mais nous savons tous que c'est fini. »

La lourde défaite du Parti travailliste a été utilisée par l'aile droite du parti - qui complote pour écarter Corbyn depuis son élection - pour intensifier les appels à son renvoi. Malgré le refus de Corbyn de se battre contre la droite du parti, dont une bonne partie préférerait voir les travaillistes vaincus lors des élections législatives plutôt que de voir Corbyn devenir Premier ministre, son association avec le vieux programme réformiste du Parti travailliste est inacceptable. Stephen Kinnock, fils de l'ancien chef du parti Neil Kinnock, a déclaré vendredi : « [M]a vision à moi du Parti travailliste est celle où nous n’avons pas la moindre association avec l’extrême gauche. »

Le travailliste Andy Burnham, qui a remporté la mairie de l’agglomération de Manchester, a refusé de rencontrer Corbyn lorsque le chef du parti est arrivé à Manchester vendredi soir. Alors que Corbyn a prononcé un discours devant les partisans des travaillistes pour féliciter Burnham, le nouveau maire aurait préféré boire à grandes gorgées du champagne dans l'un des restaurants haut de gamme de la ville à quelques centaines de mètres de là. Burnham était l'un des trois travaillistes de droite que Corbyn a battu à plates coutures pour devenir dirigeant du parti.

(Article paru en anglais le 6 mai 2017)