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Avant le sommet de l’UE sur le Brexit, Merkel adopte une position intransigeante envers le Royaume-Uni

Par Johannes Stern
1 mai 2017

L’Allemagne et l’Union européenne ont insisté sur une attitude intransigeante envers le Royaume-Uni à l’approche du sommet de l’UE consacre au Brexit samedi à Bruxelles et des prochaines élections britanniques du 8 juin. Dans une déclaration du gouvernement au parlement allemand (Bundestag) jeudi, La chancelière Angela Merkel (CDU) s’est exprimée sévèrement contre Londres et a annoncé qu’il n’y aurait pas de concessions dans les négociations entre l’UE et le Royaume-Uni.

« Un pays tiers – et ce sera le cas pour le Royaume-Uni – ne peut pas et n’aura pas les mêmes droits et ne peut pas s’attendre à être mieux traité qu’un membre de l’Union européenne », a menacé Merkel. Elle devait « malheureusement exprimer cela clairement ici » car « certains au Royaume-Uni ont toujours des illusions. Cela, cependant, serait une perte de temps. »

Merkel a défendu la position de l’UE de ne pas mener de négociations substantielles sur toute relation future avec Londres avant que les détails de la sortie de l’UE soient clarifiés. Le gouvernement britannique insiste pour que cette question soit traitée à la fin des négociations prévues pour durer deux ans. Mais selon Merkel : « Nous ne pouvons pas conclure ces négociations. » Elles font partie des aspects les plus importants « qui seront à l’ordre du jour dès le début. » Par conséquent, nous « ne pouvons procéder que de cette façon et non faire le contraire »

L’Allemagne et les autres États membres de l’Union européenne « ne voulaient pas de cette sortie », a déclaré Merkel, soulignant qu’il appartenait maintenant à l’Allemagne et à d’autres États membres de l’UE de « définir nos propres intérêts et objectifs pour les prochaines négociations. » À cette fin, « le Conseil européen fera le premier pas samedi et adoptera les 27 lignes directrices communes pour les négociations. »

Les « lignes directrices » se lisent comme une déclaration de guerre contre la Grande-Bretagne de la part de Berlin et des États européens. Le Süddeutsche Zeitung a publié un rapport préliminaire sur le document préparé par la Commission européenne sous le titre, « L’UE envisage des négociations très dures sur le Brexit. » Le document contenait « un certain nombre de demandes qui seraient considérées à Londres comme impertinentes » et contraires aux plans du Premier ministre britannique Theresa May.

Entre autres, les droits des citoyens de l’UE qui résident déjà en Grande-Bretagne doivent être conservés « à vie » sans aucune restriction. Cela signifie que tous les citoyens de l’UE vivant au Royaume-Uni continueront à bénéficier d’un accès égal au marché du travail et au système social britannique, même après le Brexit. Pour le gouvernement conservateur britannique, une telle demande est inacceptable. Au cours de la campagne du Brexit, la droite du Parti conservateur a pesté contre les migrants de l’UE et a exigé la fin immédiate de toutes les relations avec Bruxelles une fois sorti de l’UE.

Selon le Süddeutsche Zeitung, la Commission européenne est « impitoyable » en ce qui concerne les engagements financiers. Bruxelles insiste sur l’idée que « la Grande-Bretagne devrait payer tous les coûts associés à la sortie de l’UE – en euros ». De cette manière, la Commission « remettrait tous les risques de change à la charge du Royaume-Uni. »

Tous les coûts engendrés par le Brexit, comme la relocalisation des institutions de l’UE sur le continent, doivent être « entièrement assumés » par Londres. Ce serait le cas, par exemple, pour L’autorité de contrôle bancaire, installée à Londres, et de même pour L’Agence européenne des médicaments.

Merkel n’a laissé aucun doute quant au rôle principal de Berlin dans la rédaction de la résolution. Elle a remercié le président du Conseil européen, Donald Tusk, pour « un projet de texte très bon et équilibré, après une préparation intensive, à laquelle, bien sûr, le gouvernement allemand a participé. »

À l’approche du sommet, Berlin a systématiquement travaillé à créer un front uni des pays de l’UE contre Londres. Leurs nombreuses discussions au cours des dernières semaines ont montré qu’« il y a maintenant beaucoup de consensus parmi les 27 États membres et les institutions en ce qui concerne notre position commune de négociation avec le Royaume-Uni », a déclaré Merkel. On pourrait donc « supposer que le Conseil européen des 27 émettra un signal fort d’unité ».

Il y a un but central derrière la position intransigeante de la chancelière. Berlin cherche à fusionner l’Europe sous la domination allemande afin de favoriser ses intérêts géostratégiques et économiques aussi efficacement que possible. Toute concession à Londres est inacceptable pour la classe dirigeante allemande parce qu’elle mettrait en péril l’hégémonie allemande et accéléreraient la dissolution de l’UE dans des conditions de conflits politiques et économiques croissants à travers le continent.

Une résolution gouvernementale adoptée par le parlement allemand déclare : « Du point de vue du Bundestag, l’objectif ultime des négociations sur le Brexit est d’assurer l’unité de l’UE. Les intérêts particuliers ne devraient pas compromettre la réalisation de cet objectif global à long terme. Il ne peut être question pour le Royaume-Uni de « choisir ce qu’il garde ». »

Dans sa tentative de maintenir « la discipline » en l’Europe, le gouvernement allemand peut compter sur les soi-disant partis d’opposition au Bundestag. La présidente du groupe du Parti de gauche au Bundestag, Sahra Wagenknecht, qui a pris la parole directement après Merkel, s’est solidarisée avec la chancelière dès sa première phrase. « Madame la Chancelière, je suis d’accord avec vos critiques sur les développements actuels en Turquie », a-t-elle déclaré.

En tant que représentante inquiète de l’élite dirigeante, Wagenknecht a prévenu le gouvernement qu’il « met en péril l’héritage des pères fondateurs de l’Europe » avec sa « stratégie de dissuasion d’autres imitateurs potentiels en attachant les pires conditions possibles à la sortie de l’UE. » Les « pères fondateurs de l’Europe » auxquels Wagenknecht a fait allusion étaient Konrad Adenauer (CDU), le premier chancelier très à droite et profondément anticommuniste de l’Allemagne de l’après-guerre.

Du début jusqu’à la fin, Wagenknecht s’est identifiée avec l’UE, qui est de plus en plus dominée par Berlin. Sa poignée de phrases sociales visait à obscurcir le caractère réactionnaire des institutions à Bruxelles, qui sont de plus en plus reconnues par les travailleurs et les jeunes pour ce qu’elles sont réellement : des instruments entre les mains d’une petite oligarchie financière hyper-riche qui a déclaré la guerre à la classe ouvrière, et qui encourage les forces d’extrême droite et prône le réarmement pour la guerre à l’étranger et à l’intérieur.

(article paru en anglais le 29 avril 2017)