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Le coût humain de la frontière États-Unis-Mexique : plus de 6000 morts depuis l'an 2000

Par Eric London
6 mai 2017

Entre 2000 et 2016, la Patrouille des douanes et des frontières des États-Unis (CBP) a découvert les dépouilles de 6023 personnes sans papiers qui sont mortes en traversant du Mexique vers les États-Unis.

Ce nombre choquant, cité dans un article du 4 mai dans le New York Times, sous-estime le nombre total de morts. Selon un shérif du Texas, « je dirais pour chaque [cadavre] que nous trouvons, nous en manquons probablement cinq ». C'est-à-dire que le nombre de corps inconnus pourrait être dans les dizaines de milliers.

Des cadavres sont retrouvés le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique avec une extraordinaire régularité, fait savoir le journal. Dans l'une des zones frontalières, le comté de Brooks, Texas, 550 corps ont été découverts depuis janvier 2009, le mois de l'entrée en fonctions de Barack Obama. Dans un seul ranch au Texas, on a compté 31 corps ont été découverts depuis 2014. Le CBP jette sans cérémonie certains corps tous ensemble dans des cluster graves (fosses communes), souvent sans même les retirer des sacs pour déchets organiques dans lesquels ils sont conservés.

Beaucoup de corps sont méconnaissables, brûlés par le soleil du désert ou dépecés par des vautours. Les chemins de migration habituellement utilisés sont , « bordés de morts ». Les cadavres des enfants se retrouvent aux côtés de leurs peluches. Une femme trouvée morte de froid était vêtue d'un sac à déchets en plastique pour se protéger du froid.

En 2015, Francisco Gonzalez, un ancien machiniste du Mexique, a appelé les services d'urgence en plein désert, implorant une patrouille frontalière de l'arrêter pour lui sauver sa vie. Il a dit à la personne qui répondait à son appel qu'il retournait aux États-Unis pour voir pour la première fois sa fille qui venait de naître, après avoir été expulsé par l'administration Obama pour conduite sous l'influence de l'alcool. Les fonctionnaires ne parvenant pas à le localiser, Gonzalez a donné le numéro de téléphone de sa femme et a déclaré : « Appelez-la et dites- lui que je n'ai pas réussi à venir. Appelez-la et dites-lui que je l'aime et qu'elle s'occupe bien de notre bébé. » Il est mort dans le désert peu de temps après.

Daniel Martinez, professeur adjoint de sociologie à l'Université George Washington, a déclaré au New York Times : « S'il s'agissait d'un autre contexte, s'il s'agissait de décès à la suite d'une inondation massive ou d'un tremblement de terre ou d'un accident d'avion majeur, on qualifierait cela de catastrophe de masse. »

En effet, le New York Times rapporte que le nombre total de corps est supérieur au nombre total de personnes tuées lors des attentats du 11 septembre 2001 et de l'ouragan Katrina combinés. Et malgré la diminution de l'immigration depuis l'élection de Donald Trump, le nombre de corps trouvés au premier mois de 2017 est déjà égal au total de 2010.

Les décès en masse le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique sont le résultat de politiques délibérées des gouvernements américains, démocrates comme républicains, depuis au moins deux décennies. Dans le cadre de programmes tels que Operation Gatekeeper (Opération gardien des portes) et Operation Hold-the-Line (Opération Tenez la ligne), promulgués pour la première fois sous le président démocrate Bill Clinton au milieu des années 1990, le gouvernement a sécurisé des passages frontaliers fortement peuplés avec des moyens de défense militaires et des patrouilles accrues concentrées dans des villes comme San Diego en Californie et El Paso au Texas.

La conséquence en était tout à fait prévisible et bien prédite. Les immigrants fuyant la crise économique et politique ont été obligés de traverser des régions désertiques mortifères, où la température peut dépasser 120 degrés Fahrenheit (49 degrés Celsius).

D'autres barrières à l'entrée ont été érigées sous Bush (y compris avec la Secure Fence Act (Loi de barrières sécurisées) de 2006, soutenue par les démocrates) et sous Obama. Le « déporteur en chef » Obama a signé une loi en 2010 qui a militarisé davantage la frontière des États-Unis avec l'utilisation de drones Predator et déployé 1500 soldats de la garde nationale pour bloquer l'entrée des migrants désespérés.

Maintenant, sous Trump, la classe dirigeante américaine va encore plus loin. Parallèlement à la construction d'un « mur » sur la frontière entre les États-Unis et le Mexique, Trump s'engage à « déchaîner » les agents de contrôle des frontières, qui fonctionnent comme une Gestapo moderne.

L'administration Trump a déjà déporté des dizaines de milliers de migrants et projette d'embaucher des milliers d'agents de l'immigration et de contrôle des frontières. Les centres de détention de masse établis sous Obama ont doublés de taille et le gouvernement fédéral travaille avec des organismes de police à travers le pays pour rafler les immigrants. L'administration Trump a mis en place un programme, appelé VOICE, dont le but est de dénoncer publiquement les immigrants accusés de crimes d'une manière similaire aux attaques de la presse nazie contre les accusés juifs dans les procès des années 1930.

La crise des réfugiés est le produit de l'impérialisme et du système capitaliste irrationnel divisé en États-nations.

Les milliers de personnes appauvries qui meurent dans les déserts américains fuient la misère et la guerre causées par des décennies d'exploitation impérialistes et l'intervention militaire américaine dans tous les coins du monde. Les États-Unis ont dévasté l'ensemble de l'isthme d'Amérique centrale, soutenant les dictateurs, finançant les escadrons de la mort et attisant les guerres civiles qui ont fait des centaines de milliers de morts dans les années 1970, 1980 et 1990.

L'histoire est la même au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, où un nombre record de migrants fuient les guerres soutenues par les États-Unis en Syrie, en Libye, au Yémen, en Irak, en Somalie et ailleurs, cherchant désespérément refuge en Europe et se noyant par milliers dans la mer Méditerranée. En 2015, l'ONU a signalé qu'il y a 65,3 millions de réfugiés, un nombre sans précédent, plus que toute la population du Royaume-Uni.

Les progrès de la technologie ont amené l'humanité à un niveau d'interconnexion mondial qui aurait été impensable, même il y a 30 ans. Les téléphones cellulaires, l'Internet, les chaînes d'approvisionnement mondiales et les progrès dans les transports signifient que les résidents des villages les plus isolés du monde peuvent communiquer avec leurs amis et leurs proches dans les métropoles du monde et s'informer des événements mondiaux par un glissement du doigt.

Mais le potentiel du progrès humain est restreint par le fait qu'une poignée d'exploiteurs contrôlent les forces productives du monde et dictent les politiques des gouvernements.

Par conséquent, les conflits entre les États-nation s'intensifient et une troisième guerre mondiale est une possibilité immédiate. Les partis d'extrême droite aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France, en Allemagne et ailleurs sont amenés au gouvernement, dévoyant l'opposition populaire aux inégalités et à la pauvreté contre les immigrants. Sous la bannière de la suprématie nationale, chaque puissance majeure, comme Leon Trotsky l'a écrit dans son essai Nationalisme et vie économique de 1934, «se protège par un mur douanier et une haie de baïonnettes ».

Le Parti de l'égalité socialiste s'oppose à la division du monde en États-nation concurrents et s'oppose à toutes les formes de nationalisme, l'idéologie toxique de ce système obsolète. Comme l'a dit le philosophe du 18e siècle Montesquieu : « parce que je suis nécessairement homme et que je ne suis Français que par hasard ». Le PES insiste sur le fait que toutes les personnes ont le droit de voyager en toute sécurité, sans visas, passeports ni menace de harcèlement ou d'expulsion.

Cela ne peut être accompli tant qu'une petite partie de la population mondiale contrôle sa richesse et la défend avec des haies de baïonnettes et des armes nucléaires. Pour que le caractère international de l'économie mondiale soit en harmonie avec les besoins matériels de la classe ouvrière mondiale, il faut une révolution socialiste mondiale.

(Article paru en anglais le 5 mai 2017)