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Allemagne, la pseudo-gauche Marx21 salue Martin Schulz comme le « renouveau de la sociale-démocratie »

Par Ulrich Rippert
6 mars 2017

Le groupe de pseudo-gauche Marx21 salue le candidat au poste de chancelier Martin Schulz des sociaux-démocrates (SPD) comme une « réaction contre Trump et la montée de la droite dans le monde entier » et comme « le renouveau du réformisme de gauche ».

Dans un document, le groupe, actif au sein du Parti de gauche, a écrit : « Le processus de relance des partis sociaux-démocrates, tombés dans une crise profonde en raison de leur orientation vers le marché libéral, peut être couronné de succès car apparemment plus de dirigeants de gauche ont pris le devant dans ces partis. Martin Schulz s’oppose clairement à la droite, appelle à plus de justice sociale et a l’intention de positionner le SPD aux côtés des syndicats en faveur de salaires plus élevés pour les « gens qui travaillent dur ».

Marx21 a évoqué des invitations à discuter des « options rouge-rouge-vert pour le gouvernement » de coalition comme « toxiques », écrivant : « La rhétorique de gauche de Schulz ne changera pas fondamentalement les politiques du SPD favorables au marché et les affaires ». Mais c’est simplement une déclaration pour la forme.

En réalité, Marx21 a hâte de rejoindre un gouvernement fédéral sous la direction de Schulz. Leur députée au Parlement, Christine Buchholz, qui a précédemment accompagné le ministre de la Défense pour rendre visite aux troupes allemandes en Afrique, pourrait alors planifier à son tour les futures guerres de l’armée allemande – déguisées en « missions de paix » – en qualité de secrétaire d’État

Schulz mobilise des « espoirs de changement social », dont le Parti de gauche « ne devrait pas se couper », dit le document. Le Parti de gauche ne pourrait pas « se contenter de se tenir à l’écart et critiquer », mais devrait « promouvoir et organiser la lutte pour la justice sociale et contre le racisme » – avec le SPD de Schulz ! Et de plus, « Beaucoup d’électeurs s’attendent du Parti de gauche et d’un gouvernement rouge-rouge ou rouge-vert-vert à ce qu’ils traitent les problèmes pressants. »

Le WSWS se réfère à des groupes comme Marx21 comme « pseudo-gauche » parce qu’ils camouflent leurs politiques de droite avec des phrases de gauche. La politique défendue par Marx21 correspond aux intérêts d’une partie importante de la bourgeoisie allemande.

L’affirmation de Marx21 selon laquelle l’émergence de Martin Schulz serait l’expression d’un changement vers la gauche met la réalité à l’envers. À vrai dire, le changement au sommet du SPD visait à exploiter l’indignation à Trump pour les objectifs de l’impérialisme allemand. Le battage médiatique qui entoure Schulz ne fait pas « partie d’une réaction contre Trump et la montée de la droite dans le monde », comme le prétend Marx21, mais plutôt la tentative d’utiliser la « réaction contre Trump » pour faire avancer les ambitions allemandes de grande puissance.

L’élection de Trump et les premières mesures adoptées par son gouvernement ont déclenché un tremblement de terre politique, dont les ondes de choc se répandent dans le monde entier. Alors que des millions de personnes suivent avec horreur et inquiétude sa répression anti-immigrés et ses menaces de guerre, l’élite dirigeante allemande réagit aux tirades de Trump sur « l’Amérique d’abord » avec le slogan « Deutschland über alles ».

Dans les médias et l’establishment politique, on n’entend que deux mots sur l’importance de la victoire de Trump pour l’Allemagne : « opportunité » et « avertissement ». Trump ne doit ainsi pas seulement être perçu comme une menace, mais aussi comme une occasion et un avertissement pour enfin réarmer et intervenir militairement. Depuis que les nazis ont chanté dans leur « chant d’assaut », « Malheur au peuple, qui aujourd’hui rêve encore ! L’Allemagne, réveillez-vous ! » Il n’y a jamais eu de tels appels persistants exhortant l’Allemagne à se réveiller.

Le président de la Conférence de sécurité de Munich, Wolfgang Ischinger, a déclaré à la mi-février : « Les États-Unis ne peuvent malheureusement plus servir de symbole de leadership politique et moral de l’Occident. » L’Europe devait combler le vide qui s’était créé et assumer une plus grande responsabilité de leadership. À cette fin, le réarmement militaire doit être poursuivi beaucoup plus rapidement et plus largement que par le passé.

L’augmentation progressive des dépenses de défense à 2 pour cent du PIB, déjà adoptée, est insuffisante selon Ischinger qui a ajouté qu’au moins 3 pour cent étaient nécessaires. Pour ce faire, les coûts budgétaires pour la prévention des crises, l’aide au développement, la diplomatie et la défense devait être réorganisés et orientés vers le réarmement militaire.

Les journalistes débattent de la nécessité des armes nucléaires allemandes et se plaignent que les Allemands « ont oublié comment penser dans le cadre nucléaire » (Die Zeit).

Un tel programme massif de réarmement militaire exige des réductions de dépenses sociales et des mesures d’austérité. Les droits démocratiques doivent alors être supprimés et des structures d’État-policier créées pour faire respecter ces politiques. En même temps, la domination allemande en Europe doit être renforcée et servira de base au retour à la politique de la grande puissance allemande.

Une section de l’élite dirigeante voit le SPD et l’ancien président du Parlement européen, Martin Schulz, comme mieux préparés pour mener à bien un changement politique aussi profond que Angela Merkel, dont le parti est divisé et qui, après 12 ans au pouvoir, n’est plus considérée comme capable de prendre une telle décision.

Il y a deux décennies, ce fut un gouvernement fédéral rouge-vert qui a brutalement imposé les programme de réformes sociales de l’Agenda 2010 et organisé les premières interventions militaires étrangères de l’armée allemande depuis la Seconde Guerre mondiale. Le SPD est maintenant prêt à assumer à nouveau le rôle de leader dans la poursuite des intérêts de l’impérialisme allemand.

Dans un gouvernement rouge-vert-rouge, le Parti de gauche aurait le rôle d’intégrer les syndicats dans les structures de gouvernement encore plus qu’il y a vingt ans. Leurs bureaucrates syndicaux dans les usines supprimeraient toute opposition des travailleurs.

L’actuelle tempête médiatique qui entoure Schulz et sa représentation comme « le Messie du SPD » vise à exploiter l’opposition contre Trump et l’émergence de partis de droite pour amener un gouvernement au pouvoir qui, à tout point de vue, serait plus à droite que le gouvernement actuel.

Dans de telles conditions, Marx21 joue un rôle important : créer la plus grande confusion possible et dissimuler les politiques de droite du SPD, des Verts et du Parti de gauche en parlant d’un « renouveau de la social-démocratie ».

L’affirmation selon laquelle Schulz représenterait le renouveau du SPD et conduirait le parti à retrouver ses valeurs traditionnelles et à lutter pour une plus grande justice sociale est absurde et malhonnête. Plus que quiconque, Schulz incarne les politiques haïes du SPD. Il est membre du cercle de droite Seeheimer à l’intérieur du SPD, a travaillé étroitement au Parlement européen avec la faction conservatrice et a dirigé une grande coalition de fait au niveau européen.

Schulz a toujours défendu les réformes de Hartz IV en les qualifiant de « réformes nécessaires ». Aujourd’hui, il parle simplement de quelques « correctifs » qui doivent être apportés à l’Agenda 2010. Il ne veut même pas s’engager à augmenter le salaire minimum qui est ridiculement bas et avec lequel personne ne peut vivre décemment.

En ce qui concerne les questions de sécurité intérieure, il s’en prend par la droite à l’Union chrétienne-démocrate/Union chrétienne-sociale. qui sont les partis de droite. Il y a quelques jours, il les a accusés d’avoir « saigné à blanc » les services de police et de sécurité en raison de leur « idéologie néolibérale ». Le président du Syndicat de la police, Oliver Malchow, a immédiatement réagi en disant au Süddeutsche Zeitung, « Nous l’avons dit sans cesse ; Il nous manque 20 000 policiers dans tout le pays. »

Que le Parti de gauche réagisse à Trump et à la montée des partis de droite en offrant de participer au gouvernement découle du caractère bourgeois de ce parti. Malgré son nom, il défend entièrement les rapports de pouvoir et de propriété sur lesquels repose le capitalisme.

Le Parti de gauche est moins gêné par Trump et la montée de la Alternative pour l’Allemagne, avec laquelle il s’accorde largement sur un programme de droite, que par la rupture des mécanismes qui dans le passé ont servi à modérer la lutte des classes et consolider le régime capitaliste. Le Parti de gauche resserre les rangs avec les autres partis de l’establishment et offre ses services comme une ancre de stabilité. Marx21 a servi pendant des décennies de feuille de vigne pour le Parti de gauche et sa politique de droite.

(Article paru en anglais le 3 mars 2017)