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Le gouvernement britannique va déclencher le Brexit au milieu des appels à un second vote d’indépendance de l’Ecosse

Par Chris Marsden
16 mars 2017

Lundi, la Première ministre Theresa May a surmonté le dernier obstacle lui permettant de déclencher l’article 50 pour la sortie du Royaume-Uni (Brexit) de l’Union européenne (UE). Mais elle l’a fait au milieu de la crise générée par la dirigeante du Parti national écossais (SNP) Nicola Sturgeon qui a exigé un second référendum sur l’indépendance de l’Écosse du Royaume-Uni.

L’intervention de Sturgeon, la Première ministre écossaise, a été l’expression la plus spectaculaire de divisions plus larges au sein des cercles dirigeants sur le Brexit et s’est concentrée sur la question primordiale qui unit les nationalistes et la City de Londres, à savoir l’accès continu au marché unique européen.

Le débat parlementaire de lundi soir a dû traiter deux amendements proposés par la Chambre des Lords, non élue. Le projet de loi gouvernemental de retrait de l’UE a été adopté après que le gouvernement ait obtenu confortablement les votes rejetant les deux amendements des Lords. Les parlementaires ont voté par 335 voix contre 287 pour rejeter l’amendement sur l’insertion d’une garantie de statut des citoyens de l’UE résidant au Royaume-Uni, avec six députés travaillistes pro-Brexit se rangeant aux conservateurs. Un deuxième amendement sur la tenue d’un « vote définitif » sur tout accord après la conclusion des négociations sur le Brexit a été rejeté par 331 à 286 avec seulement deux Tories (conservateurs) votant contre. Les députés travaillistes ont ensuite reçu l’ordre par le chef du parti Jeremy Corbyn de voter en faveur du projet de loi sur le Brexit.

La Chambre des Lords a accepté plus tard la décision sur les citoyens de l’UE par 274 voix à 135 et a voté par 274 voix contre 118 de ne pas contester la décision de la Chambre des députés (House of Commons) de nouveau sur un veto parlementaire de l’accord sur le Brexit. Quant au droit des citoyens de l’UE de vivre et de travailler au Royaume-Uni, seuls 25 membres des lords du Parti travailliste se sont ralliés aux libéraux-démocrates. Porte-parole du Parti travailliste à la Chambre des lords, la baronne Hayter s’en est prise aux libéraux-démocrates pour avoir « susciter de faux » espoirs chez les gens.

Le projet de loi, composé de deux phrases prévoyant que les ministres déclencheront l’article 50 et amorceront le processus formel du Brexit, va maintenant recevoir l’assentiment royal pour devenir une loi.

On avait spéculé que Theresa May annoncerait le début du Brexit hier, afin de devancer l’élection générale d’aujourd’hui aux Pays-Bas et les célébrations de l’UE du 25 au 28 mars sur le 60 anniversaire du Traité de Rome, qui établit le précurseur de l’UE, la Communauté économique européenne (CEE). L’intention aurait été d’éviter de continuer à enflammer l’opposition, en Europe et au niveau national, d’autant plus que l’élection aux Pays-Bas est dominée par des efforts visant à limiter l’impact de la position anti-UE du Parti pour la liberté de Geert Wilders.

Le gouvernement a nié que cela ait été l’intention de May, mais si c’était le cas, la demande de Sturgeon pour un deuxième référendum sur l’indépendance a fait exploser de tels plans en plein vol. En septembre 2014, la campagne SNP pour le « Oui » à l’indépendance a été rejetée par un vote contre à 55 %. Mais les sondages suggèrent maintenant un partage de 50-50 sur la question, en grande partie parce que l’Écosse a préféré rester au Royaume-Uni mais à condition également d’être dans l’UE. Dans le référendum du Brexit de juin dernier, l’Écosse a voté à 62 pour cent pour rester dans l’UE.

Le SNP entend exploiter ce sentiment pour faire avancer son programme séparatiste.

Sturgeon a annoncé qu’elle a l’intention d’organiser un deuxième référendum entre l’automne 2018 et le printemps 2019, au moment où les négociations du Brexit devraient arriver à terme. Ce plan sera présenté aujourd’hui au Parlement écossais. Mais le processus du Brexit devrait durer au moins deux ans à partir du moment où May invoquera l’article 50 et pourrait prendre beaucoup plus de temps.

Dans un discours prononcé lundi, Sturgeon a souligné qu’un vote pour l’indépendance avant la fin mars 2019 permettrait plus facilement à l’Écosse de rester dans l’UE, même si le Royaume-Uni serait toujours membre, et l’UE a quand même clairement indiqué qu’une Écosse indépendante devrait négocier son adhésion à l’UE. « Si le Royaume-Uni quitte l’UE sans que l’Écosse indique auparavant, ou du moins dans peu de temps après, que nous voulons une relation différente avec l’Europe, nous pourrions être confrontés à une longue période en dehors non seulement de l’UE mais aussi du marché unique » a-t-elle déclaré.

Il y a peu de chances que Theresa May accepte un second référendum à un tel moment, même si elle est obligée d’en accorder un une fois le Brexit sera terminé. The Times a rapporté, « Le Parti national écossais a besoin de l’approbation de Westminster pour un vote juridiquement contraignant et la nuit dernière les alliés de Mme May ont fait savoir qu’elle ne permettrait pas un référendum durant la période des négociations avec l’UE. »

Une source gouvernementale a expliqué que : « La Première ministre a dit que cela signifierait un vote alors qu’elle négociait le Brexit et je pense que cela peut être compris assez clairement comme un message que ce calendrier est totalement inacceptable. »

Les répercussions plus larges des intentions de Sturgeon sont soulignées par les événements en Irlande du Nord, qui a voté à 56 pour cent contre 44 pour cent pour rester dans l’UE et où les nationalistes irlandais pro-UE du Sinn Fein ont failli de justesse de remplacer le Parti unioniste démocratique comme parti majoritaire à l’Assemblée en Irlande du Nord lors des élections du 2 mars. Le Premier ministre de la République d’Irlande, Enda Kenny de Fine Gael, a exigé que tout accord sur le Brexit comprenne une clause explicite qui permet à l’Irlande du Nord de rejoindre l’UE dans le cadre d’une future Irlande unifiée. Le principal parti de l’opposition Fianna Fáil entend présenter un livre blanc sur une Irlande unifiée.

Dans ces circonstances dangereuses de tensions nationales croissantes, le leader du Parti travailliste Jeremy Corbyn ne propose aucune alternative pour les travailleurs. Ayant d’abord abandonné son opposition passée à l’UE et appuyé un vote pour rester dans l’UE, maintenant il ordonne avec dévouement à son parti de soutenir le programme du Brexit des conservateurs de May.

Il utilise des phrases « de gauche » pour justifier des positions successives qui restent essentiellement pro-capitalistes. D’abord, « le nationalisme anglais » de « la gauche » du Parti travailliste et des staliniens, avec lesquels il a longtemps été allié, puis une capitulation à la ligne pro-UE de la City de Londres, comme l’exigent les blairistes de droite au sein du Parti travailliste, et enfin, le consentement devant le programme nationaliste qui dicte le Brexit. Ses préoccupations essentielles ont été mises en évidence par la réponse d’hier à May lorsqu’il a dit que le Royaume-Uni « doit avoir libre accès au marché unique. »

Sa fidélité aux exigences du milieu des affaires est à peine dissimulée par son engagement que « le Parti travailliste, à chaque étape, remettra en question les plans du gouvernement pour un Brexit au rabais avec une proposition des travaillistes d’un Brexit qui met en avant l’emploi, les niveaux de vie et les droits. »

La crise à laquelle la classe dirigeante britannique est confrontée est grave. En effet, les députés conservateurs qui « ont triomphé » en forçant le passage de leurs plans Brexit l’ont fait sous un drapeau de l’Union du pays qui pourrait bientôt être aussi caduque que celui de l’UE qui flotte actuellement à son côté sur le parlement de Westminster.

Le Parti de l’égalité socialiste, dans sa déclaration sur le référendum du Brexit, a exhorté à un boycott actif en expliquant qu’un vote pour rester dans l’UE (Remain) signifierait le soutien aux institutions réactionnaires de l’UE, qui est un mécanisme de soumission du continent aux diktats des marchés financiers et d’imposition de l’austérité, du militarisme et de la guerre. Nous avons prévenu qu’un vote pour la sortie de l’UE (brexit) mené par des conservateurs acharnés et les xénophobes du Parti de l’indépendance britannique (UKIP) serait exploité comme un soutien au nationalisme britannique et renforcerait les tendances d’extrême droite à travers l’Europe.

Dans ce contexte, nous avons expliqué que : « Le plus grand danger politique dans cette situation est l’association des bannières de classe sur la base de l’adhésion à un soi-disant « nationalisme de gauche ». C’est sur la base de cette opposition à une telle politique que le Parti de l’égalité socialiste a rejeté le soutien au séparatisme écossais lors du référendum de 2014, en le qualifiant d’étape rétrograde qui cherchait à bloquer l’unité de la classe ouvrière en Angleterre et en Écosse.

Cet avertissement a été amplement confirmé, ainsi que notre insistance fondamentale : « Contre le chauvinisme national et la xénophobie promus par les deux camps lors de la campagne référendaire, la classe ouvrière doit avancer son propre programme internationaliste pour unifier les luttes des travailleurs dans toute l’Europe en défense des niveaux de vie et droits démocratiques. L’alternative pour les travailleurs à l’Europe des sociétés transnationales est la lutte pour les États socialistes unis d’Europe. »

(Article paru en anglais le 15 mars 2017)