Home » Perspectives » Etats-Unis

Les audiences du Congrès sur le «contenu extrême» préparent un assaut contre la liberté d’expression

Par Andre Damon
2 novembre 2017

Il y a trois mois, le World Socialist Web Site a publié son premier article documentant le fichage politique du WSWS et d'autres sites web de gauche par Google. Il a mis en garde que les actions de Google faisaient partie d'une vaste campagne, coordonnée avec le gouvernement américain, les médias et les agences de renseignement, pour censurer internet.

Pendant la période qui s'est écoulée depuis cette première publication, cette campagne s'est développée avec une rapidité extraordinaire. Le Parti démocrate, de concert avec les principaux médias, a utilisé des allégations non fondées d’ «ingérence» russe dans les élections de 2016 afin d'orchestrer une tentative de criminaliser l'opposition politique aux États-Unis. Ce qui se passe n'est rien de moins que la plus grande attaque contre le Premier amendement depuis la Seconde Guerre mondiale.

Cette campagne va atteindre de nouveaux sommets avec les témoignages en cours. Des responsables de Facebook, Twitter et Google ont témoigné ou vont témoigner devant le Comité judiciaire du Sénat et les comités sur le renseignement de la Chambre et du Sénat concernant leurs préparatifs pour contrer «le contenu extrémiste et la désinformation russe en ligne».

Au cours des trois derniers mois, les démocrates les plus haut placés des comités sur le renseignement de la Chambre et du Sénat, Mark Warner et Adam Schiff, conjointement avec les agences de renseignement américaines et les médias, ont concocté un discours absurde selon lequel 100.000$ en publicité russe sur les médias sociaux, surtout publiée après novembre, auraient favorisé l'élection de Donald Trump.

Après avoir forcé les compagnies de technologie à compiler des listes de comptes «liés à la Russie», les législateurs vont maintenant se tourner vers leur vraie cible: ce qu'ils appellent le «contenu organique» ou, plus clairement, le contenu politique sur internet.

Selon le Hill, Warner et Schiff vont pousser les compagnies de médias sociaux à admettre que «la Russie a créé du "contenu organique»... pour diviser et influencer les Américains."

«Le point probablement le plus important est de savoir quel était le contenu qui n'était pas de la publicité», a dit Schiff à Hill cette semaine. «Je pense que ça va probablement supplanter ce que nous avons vu dans les publicités payées.»

Dans son témoignage attendu obtenu par certains médias, Facebook a étendu sa liste d’activités en ligne «en lien avec la Russie» afin d’inclure un tel «contenu organique», déclarant que des dizaines de milliers de publications «inflammatoires» publiées par de «faux» comptes liés à la Russie ont rejoint 126 millions d’utilisateurs américains de Facebook.

Ce «contenu qui divise», sans aucun doute, inclut des partages d’articles par des publications de gauche et d’opposants au gouvernement, les plaçant clairement dans la mire des enquêteurs du Congrès. Comme le New York Times l’a rapporté plus tôt ce mois-ci, le contenu «enregistré, publié ou écrit par des Américains… a apporté de l’eau au moulin à tout un réseau de pages Facebook liées à des compagnies russes obscures qui ont fait des campagnes de propagande pour le Kremlin».

Vendredi, dans le cadre d’un autre développement hors du commun, Dianne Feinstein, la démocrate en chef du Comité judiciaire du Sénat, a envoyé une lettre au PDG de Twitter qui demande à la compagnie de fournir des informations personnelles liées au «contenu organique» publié par les utilisateurs de Twitter. La lettre sollicite spécifiquement tout «contenu organique publié par des utilisateurs liés à la Russie et ciblant toute région des États-Unis, peu importe que l’individu ou l’entité ait violé la politique de Twitter». Sa définition d’ «utilisateurs liés à la Russie» est extrêmement large, et inclut toute «personne ou entité qui peut être liée à la Russie d’une quelconque façon».

La lettre exige que pour tout «contenu organique tel que décrit ci-dessus, Twitter fournisse toutes les informations de l'abonné», et «les informations sur l'adresse IP». Ceci veut dire que la compagnie doit donner les noms complets, les numéros de téléphone, les adresses e-mail et les adresses IP, qui peuvent être utilisés pour déterminer l'emplacement physique.

Étant donné que les enquêteurs du Congrès se sont découvert un nouvel intérêt pour «du contenu enregistré, envoyé ou écrit par des Américains» et republié par des comptes «liés à la Russie», il est raisonnable de penser que le «contenu organique» auquel Feinstein fait référence inclut du contenu publié par des sites de gauche et leur comptes respectifs sur les médias sociaux. Dans ce cas, ce que Feinstein exige est une liste de noms, numéros de téléphone, et emplacements physiques d'opposants reconnus de la politique gouvernementale des États-Unis.

Ce qui est tout aussi troublant est le fait que la lettre exige «Tout contenu provenant de Messages directs [privés]» entre une liste secrète de comptes Twitter et des comptes appartenant à WikiLeaks, Julian Assange et l'avocat des droits civiques Margaret Ratner Kunstler.

D'après sa biographie officielle, Kunstler a représenté «Wikileaks et des partisans de Bradley [Chelsea] Manning en lien à des citations à comparaître devant un jury d'accusation, des accrocs avec le FBI... et le bâillon gouvernemental».

La requête extraordinaire du Comité judiciaire du Sénat pour qu'une entreprise fournisse la correspondance privée d'un avocat constitue une violation flagrante du secret professionnel des avocats, pour ne rien dire des conséquences inquiétantes pour les droits énoncés par le premier amendement.

Les visées de Feinstein contre Assange et Wikileaks et sa concentration sur le «contenu organique» illustre bien que la vraie cible de la chasse aux sorcières n'est pas une agence étrangère, mais l'opposition politique intérieure.

Un rapport du Wall Street Journal publié lundi indique, sans appui factuel quelconque, que des comptes «liés à la Russie» ont aidé à organiser des rencontres et manifestations, y compris des manifestations contre la violence policière. Le Journal a écrit: «Au moins 60 rassemblements, manifestations et marches ont été annoncés ou financés» par des comptes russes. Avec de telles accusations, la chasse aux sorcières anti-russe ne vise plus seulement la liberté d'expression mais aussi la liberté de rassemblement, qui est également garantie par le premier amendement.

Ceci est corroboré par un rapport publié plus tôt cette semaine par McClatchy (sous le titre «des manifestants sont de plus en plus décrits comme des menaces terroristes intérieures, s'inquiètent des experts») selon lequel le FBI aurait créé une catégorie de groupes «terroristes intérieurs» appelée «extrémistes pour l'identité noire», qui pourrait inclure ceux qui participent à des manifestations contre la violence policière.

Le lien entre Google, la plus grande entreprise du secteur technologique, et la chasse aux sorcières du congrès a été plus subtile et silencieuse que celle de Facebook et Twitter. Comme l'a écrit le Financial Times, l'entreprise «a maintenu un profil bas, rencontrant le comité de renseignement en privé» et appliquant silencieusement des changements à ses algorithmes.

En arrière-plan, par contre, la compagnie a commis l'acte ayant le plus d’impact. En avril, Google annonçait des mesures pour promouvoir le «contenu qui fait autorité» contrairement aux «points de vue alternatifs». Ceci a causé une chute du trafic des sites de gauche de plus de 55 pour cent. Le World Socialist Web Site est particulièrement ciblé, sa fréquentation provenant de Google ayant chuté de 74 pour cent.

Pendant que l'administration Trump tente de cultiver un mouvement politique autoritaire d'extrême droite, la supposée opposition menée par le Parti démocrate, est concentrée sur une campagne hystérique en faveur de la guerre, basé sur des accusations sans preuves d'interférence de la part de la Russie lors des élections américaines de 2016. Tout comme lors des chasses aux sorcières McCarthy, il s'agit d'associer toute opposition politique au sein des États-Unis aux néfastes tentatives «d'agitateurs externes», des «agents étrangers» dans ce cas.

Cette vaste attaque contre la liberté d'expression, la base de la démocratie, reflète la peur de l'élite dirigeante face à l'émergence d'un mouvement indépendant de la classe ouvrière contre le capitalisme. Quelles que soient leur divergences avec Trump, la plus grande priorité des démocrates est que la colère sociale concernant l'inégalité et la guerre ne prenne pas la forme d'un mouvement socialiste contre le capitalisme.

Bien plus que la Russie, les démocrates et toute la classe dirigeante, ont peur de la classe ouvrière internationale. C'est pourquoi la cible principale de Google a été le WSWS.

Il faut sonner l'alarme! Le WSWS a entamé une contre-offensive agressive. Notre pétition contre la censure de Google a été signée par des milliers de travailleurs de plus de 100 pays à travers le monde. Mais la lutte ne fait que commencer.

Les travailleurs et les jeunes à travers le monde doivent être alertés sur ce qui prend place. La lutte contre la censure et les listes noires et pour la liberté d'expression politique doit rejoindre toutes les sections de la classe ouvrière et être liée à la lutte contre l'inégalité sociale et la menace grandissante d'une guerre mondiale.

Le développement du World Socialist Web Site est au centre de la construction d'un tel mouvement. Nous avons besoin de l'appui de nos lecteurs maintenant plus que jamais. Faites un don aujourd’hui afin d’aider le WSWS dans son opposition à l'assaut mené par le gouvernement américain et les entreprises de la technologie. Impliquez-vous! Joignez-vous à la lutte pour le socialisme!