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La crise du Parti démocrate explose à la suite des révélations de Brazile

Par Patrick Martin
7 novembre 2017

La crise politique du Parti démocrate, mise en évidence par la publication jeudi d’extraits d’un journal de campagne de l’ex-présidente par intérim du Comité national démocrate (DNC), Donna Brazile, a fait éclater des dénonciations réciproques ce week-end.

Brazile a rendu public un accord sans précédent entre le DNC (sous la présidence précédente, Debbie Wasserman Schultz) et la campagne présidentielle de Hillary Clinton qui a permis à Clinton de rembourser les dettes du DNC et de lui verser une subvention mensuelle en échange du contrôle sur la nomination des responsables du DNC et du droit d’approbation sur les décisions opérationnelles clés.

L’entente a été conclue en août 2015, six mois avant que les premiers votes ne se fassent dans les caucus ou les primaires, alors que le DNC était tenue, par ses propres règles, de rester neutre dans la compétition entre Clinton, le sénateur du Vermont Bernie Sanders et plusieurs d’autres candidats à la nomination présidentielle du Parti démocrate.

Une autre révélation du livre de Brazile a été rendue publique samedi : elle a reconnu les discussions entre les principaux démocrates en septembre 2016, après que Hillary Clinton s’est effondrée lors d’une cérémonie à New York marquant le 15ᵉ anniversaire des attentats du 11 septembre. Il s’agissait de déterminer si Clinton devrait être remplacée par un autre candidat à la présidentielle en raison de problèmes de santé. Brazile écrit qu’elle-même considérait le vice-président Joe Biden comme le remplaçant logique, mais n’a pas fait la proposition.

Dans les heures qui ont suivi ces révélations, 100 anciens collaborateurs de la campagne Clinton, dirigés par le président de la campagne John Podesta et le directeur de campagne Robby Mook, ont apposé leur signature sur une lettre ouverte dénonçant les critiques de Brazile sur la campagne Clinton.

La « Lettre ouverte de l’équipe de Hillary pour l’Amérique 2016 » utilise la même technique utilisée par les Démocrates, la culpabilité par association avec la Russie dans leur conflit politique avec la Maison-Blanche de Trump, mais cette fois dirigé contre une ancienne haute responsable Démocrate. En attaquant Brazile, le premier paragraphe de la lettre ouverte déclare : « Il est particulièrement troublant et déroutant qu’elle semble s’accommoder à une propagande fausse alimentée par la Russie, répandue par les Russes et par notre adversaire, sur la santé de notre candidat ».

Les questions de santé sur Clinton ont été alimentées, cependant, pas par Moscou, mais par la vidéo diffusée sur les réseaux américains de télévision par câble montrant la candidate flanchant et soulevée dans un véhicule par des aides et des agents des services secrets, visiblement en détresse. La duplicité caractéristique des hauts responsables de la campagne, qui cherchaient initialement à dissimuler l’incident, ajouta à la fureur qui s’ensuivit.

Encore plus révélateur, ce qui manque dans la « Lettre ouverte » du camp de Clinton : il n’y a aucune référence à la révélation principale du livre de Brazile – l’entente secrète de contrôle et de fonds entre la campagne Clinton et le DNC, six mois avant le premier caucus en Iowa, donnant à Clinton un contrôle effectif de l’appareil du parti. Les assistants de Clinton ne contestent pas que cette entente secrète s’est produite et ne font aucune tentative pour la justifier.

Le dimanche matin, Brazile est apparue dans le programme d’ABC News This Week with George Stephanopoulos. L’hôte, lui-même un ancien haut conseiller politique à la Maison-Blanche de Bill Clinton, a fourni une plate-forme à Brazile pour répéter la collusion entre la Campagne de Clinton et le DNC et discuter de la « Lettre ouverte » des anciens responsables de la campagne de Clinton.

Elle dénonça amèrement le camp Clinton, à la fois pour son traitement du DNC pendant qu’elle en avait la charge, et pour sa réaction féroce à son nouveau livre. « George, pour ceux qui me disent de me taire, ils l’ont dit à Hillary il y a deux mois », a déclaré Brazile. « Sais-tu ce que je leur dis ? Allez au diable ! Je vais raconter mon histoire ».

Brazile a également abordé un sujet de discussion intense en coulisses dans les hautes sphères de Washington : le meurtre en juillet 2016 de Seth Rich, un informaticien de bas niveau à la DNC, qui a été abattu dans ce que la police a appelé une tentative de vol ratée. La Maison-Blanche de Trump et ses Alliés médiatiques d’ultra droite, notamment, Alex Jones d’« InfoWars » et Sean Hannity de Fox News, ont décrit Rich, plutôt que des pirates russes, comme la source probable des courriels DNC obtenus par WikiLeaks, et son assassinat comme représailles – comme un « meurtre » commandité par la campagne de Clinton.

Brazile suggère dans son livre – qui ne sera pas accessible au public avant mardi – que la mort de Rich, les avertissements de l’Administration Obama sur le piratage russe, et les menaces en ligne répétées des partisans de Trump l’ont rendue extrêmement préoccupée par les questions de sécurité. Elle a fait fouiller sa maison pour chercher des micros et a installé plusieurs dispositifs de sécurité. Dans son entretien dimanche avec Stephanopoulos, elle a parlé de ses craintes pour sa propre sécurité. Sa mention de Seth Rich, totalement non sollicitée, semblait un avertissement voilé au camp Clinton que d’autres révélations sur la campagne électorale de 2016 pourraient avoir lieu.

Le président actuel du DNC, Tom Perez, a été interviewé dimanche dans Meet the Press sur NBC et a directement rejeté les deux principales questions soulevées par Brazile. Il a soutenu : « L’accusation selon laquelle Hillary Clinton était quelque part en incapacité est franchement ridicule », bien qu’il n’ait pas attribué cette préoccupation à la propagande russe.

Il a poursuivi en déclarant que Clinton a remporté la compétition des primaires démocrates par quatre millions de voix, et que le DNC ne contrôlait pas ces élections, qui sont dirigées par les gouvernements des États, tout en notant que les caucus, qui sont contrôlés par l’appareil du parti, ont été principalement gagnés par Sanders, pas Clinton. Perez concéderait seulement que « le DNC était en panne pendant les moments critiques de la primaire », dans des termes qui favorisaient ouvertement Clinton sur Sanders.

Significativement, ni Sanders ni aucun de ses meilleurs aides ou supporters ne sont apparus dans les talk-shows télévisés du dimanche. Sanders a publié une déclaration sur les révélations de Brazile suggérant que les questions sur la conduite de la campagne de 2016 était un détournement de l’effort pour mobiliser l’opposition à une administration de Trump.

Le fait est que Brazile a informé Sanders de l’accord de financement conjoint et de la prise de contrôle du DNC par Clinton il y a plus d’un an, et il a choisi de ne rien dire à ce sujet. Cela fait partie de ses efforts pour soutenir le Parti démocrate et empêcher les millions de travailleurs et de jeunes qui ont soutenu sa campagne de tirer la conclusion politique qu’il est nécessaire de rompre avec les démocrates afin de mener une véritable lutte contre les milliardaires qui dominer le système politique américain.

Le conflit au sein du Parti démocrate a éclaté dans des conditions où le Parti républicain était déjà à la limite de la guerre civile, plusieurs sénateurs républicains dénonçant Trump comme une menace pour la démocratie américaine – et puis ils annoncent qu’ils se retireraient plutôt que de s’opposer à Trump – et un conflit vicieux qui se développe entre l’establishment du parti et les éléments fascistes autour de Trump, dirigé par son ancien principal aide politique et directeur de campagne, Stephen Bannon, qui est maintenant retourné à son poste de directeur général du site d’ultra-droite Breitbart News.

Récemment, il a été rapporté que, dans un prochain livre intitulé : « Les derniers Républicains », l’auteur cite des entretiens avec George H.W. Bush et son fils George W. Bush dans lesquelles les deux derniers présidents Républicains avant Trump dénoncent l’occupant actuel de la Maison-Blanche et révèlent qu’ils ont refusé de voter pour lui en 2016. En réponse, Trump a tweeté une attaque contre ses détracteurs Républicains.

Le programme d’ABC This Week dans lequel Brazile a été interrogée a débuté par la présentation d’un nouveau sondage du Washington Post-ABC News montrant que le soutien du public à Trump était tombé à 37 pour cent, avec 59 pour cent d’opposants. Le score de Trump a été le pire pour n’importe quel président pour une première année depuis que les sondages modernes ont commencé. D’autres sondages ont montré que le soutien public au Congrès contrôlé par les républicains atteignait également de nouveaux abîmes.

La grande majorité des travailleurs sont de plus en plus aliénés du système politique bipartite aux États-Unis, considérant à la fois, les Démocrates et les Républicains, comme des outils des super-riches et cherchent une alternative. La question politique centrale est la construction d’un mouvement politique de la classe ouvrière qui combattra le système capitaliste dans son ensemble et avancera un programme pour défendre les emplois, le niveau de vie et les droits démocratiques, et s’opposer à la guerre impérialiste.

(Article paru d’abord en anglais le 6 novembre 2017)