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Les mises en examen des responsables de campagne de Trump et la crise politique en Amérique

Par Barry Grey
2 novembre 2017

Les mises en examen des conseillers de la campagne Trump prononcées lundi par le procureur spécial et ancien directeur du FBI, Robert Mueller, marquent une intensification significative de la crise politique aux États-Unis.

L’ancien président de la campagne de Trump, Paul Manafort, et l’assistant de longue date de Manafort, Richard Gates, ont également été accusés de 12 opérations de blanchiment d’argent, de conspiration, de faux en écriture et de ne pas s’être enregistrés comme représentants d’une puissance étrangère. Cette dernière accusation était liée à leur travail en tant que lobbyistes pour l’ancien président de l’Ukraine, Viktor Ianoukovitch, et son parti politique pro-russe.

Peut-être encore plus menaçant pour Trump, il y a eu le plaider-coupable d’un ancien conseiller en politique étrangère de la campagne Trump, George Papadopoulos. Il a été arrêté en juillet et a coopéré avec l’enquête de Mueller depuis lors. Il a conclu un accord avec la justice le 5 octobre, admettant avoir menti aux agents du FBI, mais Mueller a maintenu les accusations portées contre lui et a gardé cet accord secret jusqu’à lundi.

Papadopoulos a déclaré aux procureurs de Mueller qu’il avait rencontré plusieurs Russes en 2016 qui prétendaient avoir des liens avec le Kremlin et qui ont offert de fournir à la campagne de Trump « de la saleté » sur la candidate démocrate à la présidentielle, Hillary Clinton. Les documents de la cour citent les discussions au sujet de la poursuite des contacts russes de Papadopoulos avec de hauts responsables de la campagne de Trump, dont l’un a été identifié dans la presse sous le nom de Manafort.

Ceci est salué par les démocrates et leurs alliés des médias comme une preuve de collusion entre la campagne Trump et le gouvernement du président russe Vladimir Poutine pour faire pencher les élections de 2016 en faveur de Trump.

Il est quasiment certain que d’autres actes d’accusation suivront dans une enquête agressive centrée sur Trump lui-même. Mueller a été nommé procureur spécial après le renvoi de James Comey, alors directeur du FBI, en mai dernier. Il a reçu le mandat d’enquêter sur les ingérences présumées de la Russie dans les élections et sur la collusion possible et les entraves à la justice par Trump et son équipe.

Dans une série de tweets, Trump a rejeté les mises en examen de Manafort et Gates comme n’ayant aucun lien avec leur travail pour son élection et a caractérisé Papadopoulos comme un menteur qui n’a joué aucun rôle notable dans sa campagne. Ses alliés d’extrême droite, notamment Stephen Bannon, le directeur de Breitbart News, et la page éditoriale du Wall Street Journal de Rupert Murdoch, exhortent les Républicains du Congrès à exiger la démission de Mueller, à prendre des mesures pour limiter son enquête, à mettre fin aux enquêtes du Congrès sur l’ingérence russe et au lieu de cela, enquêter agressivement sur des accusations de collusion des Démocrates avec Moscou.

Ces inculpations marquent une nouvelle étape dans un conflit féroce au sein de la classe dirigeante américaine qui fait rage depuis la campagne électorale et qui s’est intensifié depuis l’entrée en fonctions de Trump. Dans ce conflit, il n’y a rien de démocratique ou de progressiste ni d’un côté ni de l’autre.

L’Administration Trump, dominée par des généraux et des milliardaires, est le gouvernement le plus réactionnaire de l’histoire des États-Unis et un ennemi impitoyable de la classe ouvrière. Alors qu’elle menace de déclencher une guerre nucléaire contre la Corée du Nord, elle détruit les soins de santé, supprime toute réglementation sur les grandes entreprises, encourage la violence policière et la chasse aux sorcières contre les immigrés, et se prépare à mettre en place une réduction d’impôts à plusieurs milliers de milliards de dollars pour les riches, il jouit d’un large soutien dans l’oligarchie financière et les sections de l’armée.

Trump, de concert avec Bannon, cultive délibérément la construction d’un mouvement férocement nationaliste et pseudo-populiste en dehors du système parlementaire et, si nécessaire, indépendant du Parti républicain.

Mais quel est le fondement de l’opposition des Démocrates à Trump ? Pratiquement à aucun moment dans les commentaires du New York Times, du Washington Post et d’autres organes de presse alignés sur le Parti démocrate, il n’est fait allusion à la politique réactionnaire domestique et étrangère de Trump. Au lieu de cela, les Démocrates attaquent Trump parce qu’il serait « mou » sur la Russie et dirigent leurs appels vers l’armée et les agences de renseignement.

Pendant de nombreuses années à la tête du FBI, Mueller incarne l’État dans l’État : la bureaucratie non élue et qui n’a de compte à rendre à personne. La police, l’armée et des espions, c’est cet « État profond » qui est le véritable arbitre des politiques américaines tant sur le plan domestique qu’à l’étranger. Le Parti démocrate est un frère siamois de cet appareil réactionnaire de répression et de violence.

Les Démocrates ne s’opposent pas à la glorification par Trump de l’armée et à ses menaces agressives à travers le monde. Ils ont récemment voté massivement pour le plus gros budget du Pentagone de toute l’histoire des États-Unis, dépassant le montant demandé par Trump, et poussent au Congrès pour une nouvelle autorisation de résolution des forces pour garantir un chèque en blanc pour les interventions militaires.

Ils ont abandonné leur opposition symbolique aux attaques de Trump contre les immigrants et les réfugiés et sont à la recherche d’un accord sur de nouvelles réductions des soins de santé et une réduction massive de l’impôt sur les sociétés.

Dans des conditions où les taux d’approbation de Trump dans les sondages sont tombés à des niveaux records et où le Parti républicain doit faire face à une division ouverte entre les factions anti-Trump et pro-Trump, la dernière chose que les Démocrates veulent est une mobilisation populaire en opposition aux politiques gouvernementales. En premier lieu, les démocrates sont en accord fondamental avec le programme du gouvernement de guerre, d’austérité et de répression. Deuxièmement, ils craignent mille fois plus la menace d’une recrudescence de l’opposition ouvrière que la rétribution de leurs opposants au sein de la classe dirigeante.

L’affirmation qu’il y aurait une ingérence russe, basée non pas sur des faits, mais sur ce que disent les agences de renseignement, a pris le caractère d’une chasse aux sorcières relevant d’un néo-maccarthysme, dans laquelle l’opposition sociale et politique à la politique de la classe dirigeante est attribuée à l’intervention malveillante du Kremlin.

De plus en plus, le récit réactionnaire et absurde de la subversion russe a été dirigé vers le musellement de l’opposition politique de gauche et anti-guerre. Les Démocrates et leurs alliés dans les médias, avec le New York Times et le Washington Post en tête, la prétendue menace constituée par les « fausses nouvelles » à l’instigation des Russes a été utilisée pour sévir contre les médias sociaux et les sites web progressistes et de gauche, et, en premier lieu, le World Socialist Web Site. Notamment, ces sites sont de plus en plus mis sur des listes noires par les géants de la technologie Google, Facebook et Twitter. Cette campagne est devenue de plus en plus ouvertement une attaque contre la liberté d’expression et l’expression politique.

La nature droitière de l’opposition des Démocrates à Trump a été résumée dans une chronique publiée mardi dans le New York Times par Michelle Goldberg intitulée « Le complot contre l’Amérique ». Goldberg, qui a écrit pour The Nation et le site web Salon, et qui travaille actuellement pour le mensuel American Prospect aligné avec les Démocrates, dénonce : « la campagne contre notre démocratie » de Trump et de la Russie et déclare que « malgré toutes ses fanfaronnades nationalistes, sa campagne était un véhicule pour la subversion russe. »

En même temps, un chroniqueur du Times, Thomas Friedman, publie un article d’opinion après l’autre appelant les généraux du cabinet Trump à évincer le président et à prendre directement le contrôle des affaires de l’État.

Comme l’écrivait le World Socialist Web Site dans sa déclaration du 14 juin 2017 « Révolution de palais ou lutte des classes : la crise politique à Washington et la stratégie de la classe ouvrière » :

La classe ouvrière est opposée avec Trump et son gouvernement à un ennemi brutal, dédié à la destruction de ses droits démocratiques et à une baisse supplémentaire de son niveau de vie. C’est un gouvernement qui poursuit un programme international fondé sur le chauvinisme « Amérique d’abord ». La classe ouvrière doit s’opposer à ce gouvernement et demander son départ. Mais cette tâche ne doit pas être confiée aux opposants fractionnels de Trump dans la classe dirigeante. La classe ouvrière ne peut rester spectatrice dans le conflit entre Trump et les démocrates. Au contraire, elle doit développer sa lutte contre Trump sous sa propre bannière et avec son propre programme.

Cela signifie le développement d’une lutte politique de la classe ouvrière qui soit indépendante, fondée sur le programme du pouvoir ouvrier, de l’unité internationale de la classe ouvrière et du socialisme, en opposition aux deux partis et à toutes les factions de la classe capitaliste.

(Article paru d’abord en anglais le 1ᵉʳ novembre 2017)