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L’AfD entre au Bundestag : un parti d’extrême droite de l’élite dirigeante allemande

Par Christopher Hosang et Johannes Stern
3 octobre 2017

Pour la première fois depuis l’effondrement du Troisième Reich il y a 72 ans, un parti d’extrême droite, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), est entré dans le Bundestag (parlement) allemand avec un résultat électoral à deux chiffres. Comme ce fut le cas avec le NSDAP d’Hitler (les nazis), cependant, l’ascension de l’AfD n’est pas un accident politique.

Dans les conditions de la crise la plus profonde du capitalisme depuis les années 1930, les forces néo-fascistes sont délibérément consolidées par la classe dirigeante pour mettre en œuvre sa politique de militarisme, de sécurité intérieure et de destruction des droits sociaux contre l’opposition populaire croissante.

Les germes dont l’AfD est issu sont évidents à partir de tout examen des plus de 90 députés de l’AfD qui prendront leurs sièges au Bundestag le 24 octobre. La plupart des députés ont été recrutés directement dans l’appareil d’État, en particulier l’armée, le pouvoir judiciaire et la police – ou étaient auparavant membres de l’un des partis « traditionnels » de l’Allemagne.

Il n’y a guère personne qui incarne autant les liens étroits entre l’AfD et l’establishment capitaliste que sa tête de liste aux élections, Alexander Gauland. Le vice-président de l’AfD, âgé de 76 ans, était un fonctionnaire de haut rang de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) dans l’État de Hesse pendant 40 ans avant de fonder l’AfD en 2013. Dans sa longue carrière politique, Gauland a travaillé pour la magistrature de Francfort et le ministère fédéral de l’environnement. De 1987 à 1991, il a dirigé la chancellerie du land de Hesse sous son mentor, le ministre-président Walter Wallmann (CDU).

Au cours de la campagne électorale du Bundestag, Gauland a publiquement fait l’éloge de la Wehrmacht d’Hitler et a également appelé à « expulser » Aydan Özoguz, le commissaire allemand à l’intégration, en Turquie. En fait, Gauland a toujours défendu des positions d’extrême droite et militaristes. En tant que membre de la CDU, il se plaignait des « relations perturbées avec la force militaire » de l’Allemagne et du « manque d’appréciation pour la Bundeswehr (armée allemande). Les Allemands devraient finalement abandonner leur « pacifisme général », a-t-il déclaré, car les questions décisives de l’époque seraient tranchées par « le fer et le sang ».

La deuxième présidente de l’AfD, Alice Weidel, est un produit du brusque virage à droite de l’ensemble de la classe dirigeante ces dernières années. Weidel préconise des politiques néolibérales strictes et a été préparée et promue par des milieux politiques influents. En tant qu’étudiante supposée « douée », elle a reçu un soutien pour compléter son doctorat de l’Institut Konrad-Adenauer, affilié à la CDU. Avant d’intégrer l’AfD en 2013, elle a travaillé dans le domaine de la gestion d’actifs de Goldman Sachs et Allianz Global Investors Europe en Allemagne à Francfort-sur-le-Main le centre financier allemand.

De nombreux autres députés de l’AfD ont également des liens étroits avec la politique et les grandes entreprises. Environ un cinquième travaille comme entrepreneur ou consultant pour les grandes entreprises et les grands groupes. Vingt et un députés sont des anciens membres de la CDU ou de son organisation-sœur bavaroise, l’Union sociale chrétienne (CSU), onze étaient auparavant membre du parti du néo-liberalisme le FDP et cinq provenaient du SPD social-démocrate. Norbert Kleinwächter (représentant l’AfD à Brandebourg) était précédemment actif dans l’Alternative électorale pour le travail et la justice sociale (WASG), qui a fusionné avec le Parti du socialisme démocratique (PDS) stalinien pour former le Parti de gauche (Die Linke) en 2007.

La faction AfD au Bundestag comprend également une proportion relativement importante de policiers et de soldats. Il s’agit notamment de conseillers militaires tels que l’ancien colonel Rüdiger Lucassen de la Bundeswehr, qui a également travaillé pour l’OTAN, et le soldat René Springer, un assistant personnel de Gauland. Un autre ancien officier est Peter Felser, qui, avec l’éditeur extrémiste de droite Götz Kubitschek, a publié un livre sur le déploiement militaire de la Bundeswehr en Bosnie. Gerald Otten (AfD Bavière) est un ancien pilote de combat et colonel dans l’armée de réserve. Il est actuellement directeur commercial de Eurofighter chez Airbus.

Les représentants de la police comprennent Lars Herrmann, le commissaire de police de Leipzig, le porte-parole adjoint de l’AfD dans le land de Bade-Wurtemberg, Martin Hess et le formateur de police Wilhelm von Gotberg. En 2001, l’ancien membre de la CDU von Gotberg a recherché la polémique en décrivant l’Holocauste comme un « instrument efficace pour criminaliser les Allemands et leur histoire » et en citant avec approbation le néo-fasciste italien Mario Consoli.

Les juges parmi les députés de l’AfD comprennent des personnages aussi infâmes que Jens Maier. Lors d’une réunion au printemps organisée par le magazine d’extrême droite Compact, cette figure de second rang de l’AfD en Saxe a cherché à exonérer le terroriste norvégien d’extrême droite Anders Breivik, affirmant que les meurtres de masse de Breivik était la conséquence du « désespoir apporté par les cultures étrangères. » Deux autres représentants de l’extrême droite du milieu juridique sont le procureur Thomas Seitz et le procureur général Roman Reusch (de Berlin).

Près de la moitié de la faction parlementaire de l’AfD appartient à l’aile nationale-conservatrice et à l’extrême droite du parti, qui épouse de plus en plus publiquement les traditions du nazisme. Ulrich Oehme, un courtier en assurances de Chemnitz, a collé des affiches dans la campagne électorale portant le texte électoral nazi « Tout pour l’Allemagne », bien que ce slogan ait été officiellement interdit. Selon les membres du parti, le vice-président de l’AfD en Saxe, Siegbert Droese conduit une voiture bleue, l’« AfD-combi », dont la plaque d’immatriculation est L-AH1818 – les initiales d’Adolf Hitler.

Les discours de représentants de la faction AfD ethnique-nationaliste appelée « L’Aile », qui entrera au Bundestag avec un grand nombre de députés, rappellent 1933. Jürgen Pohl, un compagnon intime du néo-nazi Björn Höcke (AfD de Thuringe), a déclaré dans la campagne électorale qu’il s’agissait d’un « défi biblique » pour expulser tous les « étrangers illégaux ». Lors d’une conférence en Thuringe, il a menacé : « Vous êtes toujours assis là-bas, des lâches […] Mais une fois de plus, la droiture régnera et les gens vont juger. Que Dieu vous vienne en aide ! »

L’entrée au Bundestag de cette lie fasciste résulte directement du renouveau en Allemagne d’une politique étrangère agressive et d’une politique de grande puissance, activement poursuivie par tous les partis capitalistes. Comme ce fut le cas dans les années 1930, la préparation des nouvelles guerres par la classe dirigeante va de pair avec la propagation de la saleté du nationalisme extrême et du racisme dans la construction d’un nouveau parti d’extrême-droite.

(Article paru en anglais le 2 octobre 2017)