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L'attitude de Trump envers Porto Rico: Vos vies n'ont pas d'importance

Par Eric London
3 octobre 2017

Presque deux semaines après que l'ouragan Maria a touché Porto Rico, toutes les formes d'infrastructure sociales sur ce territoire américain ont été détruites en totalité.

S'adressant à la presse vendredi, la mairesse de San Juan, Carmen Yulín Cruz, a affirmé avoir assisté avec horreur au propos de la secrétaire par intérim du département de la Sécurité intérieure des États-Unis (DHS), Elaine Duke, qui affirmait que la réponse du gouvernement à l'ouragan était une «excellente nouvelle». Duke a ajouté qu'elle était «très satisfaite» de la réponse du gouvernement et a salué le «nombre limité de décès».

Au contraire, signale Cruz, «quelque chose proche du génocide» se prépare à Porto Rico à cause de l'absence d'intervention du gouvernement. Elle a «supplié» Trump de corriger les efforts d'aide bâclés, ajoutant, «Nous sommes en train de mourir ici».

Qu'une telle situation puisse exister dans un des territoires du pays le plus riche de la planète est une autre condamnation sans appel du capitalisme américain, qui prouve constamment son inaptitude à répondre aux besoins sociaux les plus fondamentaux de la population.

L'aristocratie financière a répondu avec une totale indifférence aux besoins immédiats de millions de personnes désespérées, des gens appauvris luttant pour leur vie sur ce territoire. Son principal souci n'est pas de sauver des vies à Porto Rico, mais plutôt d'adopter de nouvelles baisses d'impôt à Washington. Dans la mesure où Porto Rico se trouve dans son radar politique, c'est pour utiliser le désastre afin de garantir les paiements de la dette à l'égard des créanciers de l'île, Wall Street, et d'imposer un régime d'austérité tant à Porto Rico que sur le continent américain.

Le président Trump a qualifié la réponse américaine de «fantastique» ce jeudi, et a ajouté vendredi, «Les résultats obtenus sont incroyables en regard de la perte de vies. Les gens ne peuvent croire à quel point c'est un succès, relativement parlant».

Le contraste entre ces affirmations insensibles et la terrible réalité expose le caractère oligarchique de la vie sociale américaine. À l'écart, et indifférent aux besoins des masses de personnes, l'élite dirigeante manifeste un total mépris à l'égard de la vie humaine.

Les détails provenant des zones ravagées commencent à émerger. L'entièreté du réseau électrique est inopérante et ne sera pas réparée avant six mois. 90% des maisons sont endommagées. 44% des 3,5 millions d'habitants sont sans eau potable.

La plus grande partie de l'île n'a plus de signal cellulaire. Les hôpitaux sont à court de médicaments, de diesel pour les génératrices et d'eau potable. Les réserves alimentaires sont basses. Les pompes pour évacuer l'eau des toilettes et des bains sont hors service. 80% des récoltes ont été détruites.

Le système d'égout ne fonctionne plus et les eaux ont répandu des déchets chimiques et humains à travers l'île. Les cas de maladies transportées par l'eau sont en croissance et la population de moustique explose. Des responsables et des proches n'arrivent toujours pas à entrer en contact avec plusieurs villages appauvris dans l'arrière-pays. Les guichets automatiques et les cartes de crédit ne fonctionnent pas, ce qui rend l'achat de nourriture presque impossible sans argent comptant.

Les efforts d'aide ont été un grotesque spectacle d'indifférence et d'incompétence. Un gouvernement capable d'acheminer des billions en main-d'œuvre et en équipement à travers le monde pour mener la guerre s'est montré peu disposé et incapable de mobiliser l'aide d'urgence à une île à moins de trois heures d'avion de New York. L'élite dirigeante américaine est bien meilleure pour tuer que pour sauver des vies.

Le gouvernement a bloqué la livraison de tonnes de cargaisons d'aide étrangère de nourriture et de fournitures médicales sur la base de la loi Jones, qui limite le transport de marchandises des navires étrangers entre les ports américains. Ce n'est que jeudi – une semaine après que la tempête a frappé – que l'administration Trump a levé les restrictions de la loi Jones sur Porto Rico, et ce pour seulement un court intervalle de 10 jours.

Plus de 10.000 caisses pleines de nourriture, d'essence, d'eau et de matériel médical sont restées pendant plusieurs jours sur les quais du port de Porto Rico. Le département de la Sécurité intérieure des États-Unis, l'agence responsable de la distribution des biens à travers l'Agence fédérale des situations d'urgence (FEMA), n'avait aucun plan établi pour livrer ces ressources.

Plusieurs routes, longtemps négligées à cause des coupes dans les dépenses en infrastructure sur l'île, sont infranchissables. Les vents ont abattu les lignes téléphoniques hors terre et les tours de télécommunication et ont détruit les centrales électriques de Porto Rico, qui ont une moyenne d'âge de 44 ans. Les camions ne peuvent livrer l'essence pour les génératrices puisqu'ils n'ont eux-mêmes pas assez de carburant pour se rendre.

Des responsables municipaux de petits villages se sont plaints que le gouvernement n'a pas délivré l'aide nécessaire même où les routes sont intactes. Roberto Ramirez Kurtz, le maire Cabo Rojo, a indiqué à la National Public Radio, «Les routes sont ouvertes. J'ai réussi à venir ici. Alors, pourquoi n'ont-elles pas été utilisées pour transporter des marchandises?»

En conséquence, le bilan des morts continue à s'alourdir. Alors que le total officiel des décès se situe entre 15 et 19, le Centre pour le journalisme d'investigation (CPI) a écrit que ce nombre sous-estimait grandement le nombre de victimes. Il établit le bilan à des centaines et plus. Des sources ont indiqué au CPI que des «corps s'entassent» dans les morgues et les hôpitaux à travers l'île.

Encore et encore, tempêtes et désastres naturels mettent à nu l'irréconciliable antagonisme entre les besoins sociaux de la population et le parasitisme et l'avarice des riches. Alors que des billions sont disponibles pour la guerre, la surveillance, la militarisation de la police et des cadeaux aux entreprises, la classe dirigeante affirme qu'il n'y a «pas d'argent» pour protéger les pauvres et les travailleurs face aux dangers d'être tués en masse par le vent et la pluie.

Ne laissant jamais passer une occasion, Trump a ignoré le bilan des morts qui s'alourdit et menacé de retenir les fonds d'urgence en tant qu'objet de marchandage pour demander à ce que Porto Rico paie une plus grande proportion de ses dettes à l'égard de ses créanciers de Wall Street dans les procédures de faillite.

Lors d'un discours vendredi devant une salle remplie de PDG qui salivaient devant ses propositions de réductions d'impôt, Trump a affirmé: «Ultimement, le gouvernement portoricain devra travailler avec nous afin de déterminer comment cet effort de reconstruction massif, qui sera l'un des plus importants jamais vu, sera financé et organisé. Et ce que nous ferons avec l'énorme dette déjà sur l'île.»

Trump a exprimé, d'une manière plus explicite et violente, ce que l'aristocratie financière pense. Alors que les démocrates élèvent une opposition symbolique contre la gestion de l'aide par Trump sur la base que l'administration agit «trop lentement», ce n'est pas seulement une administration présidentielle qui est à blâmer, mais tout le système capitaliste axé sur le profit.

Quoique les militaires soient officiellement mobilisés pour contribuer aux opérations de secours, l'objectif réel est d'intimider et de réduire l'opposition sociale alimentée tant par la tempête que par le plan d'austérité imposé par Wall Street suite aux procédures de faillites entamées par l'île. Cela a été le rôle fondamental des forces militaires américaines depuis 119 ans en tant que force d'occupation sur l'île.

La destruction de Porto Rico soulève la nécessité de dépenses immédiates de milliards de dollars pour sauver les vies de ceux risquent de mourir ou d'être malades, et de milliards de plus pour fournir des ressources telles que de la nourriture, de l'eau, de l'essence et des fournitures médicales et pour reconstruire et moderniser les infrastructures publiques. Tous ceux qui ont perdu leur maison ou leur emploi doivent être entièrement compensés et indemnisés.

Cela ne peut être accompli sous le capitalisme. Tout cela requiert la confiscation de la richesse de l'aristocratie financière, la nationalisation des banques et des entreprises afin de les mettre sous la propriété du public et sous le contrôle démocratique, et réorganiser l'économie américaine et mondiale non plus pour l'atteinte du profit, mais pour répondre aux besoins de la race humaine.

(Article paru en anglais le 30 septembre 2017)