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États-Unis, manifestations à Saint-Louis

La police déclare qu’elle « a le contrôle » alors que la répression en est à son 5 jour

Par Genevieve Leigh
21 septembre 2017

« Nous avons le contrôle [de la situation] », a annoncé le chef du département de police de Saint-Louis, dans le Missouri, Lawrence O'Toole, lors d’une conférence de presse lundi après un week-end de troubles dans la ville lors de l’acquittement d’un policier blanc qui a assassiné un noir homme en 2011.

« C’est notre ville et nous allons la protéger », a déclaré O'Toole. L’escalade de la répression policière brutale à Saint-Louis survient alors que les manifestations sont entrées dans leur cinquième jour mardi.

Contrairement au caractère largement pacifique des manifestations, la police a affiché des niveaux alarmants de belligérance et d’arrogance dans la répression des manifestants. Lundi matin, des groupes de policiers anti-émeutes, en train de défiler dans les zones dont les manifestants avaient été chassés, chantaient : « À qui sont les rues ? À nous ! » se moquent des manifestants avec un slogan couramment utilisé lors des rassemblements.

Les déclarations autoritaires du chef de la police et de ses officiers ont été marquées par l’arrestation de 123 manifestants lors d’un rassemblement massif dimanche soir. Les arrestations ont été menées à l’aide d’une technique de police hautement critiquée appelée kettling (encerclement et isolement d’une foule par des cordons policiers), dans laquelle la police entoure et piège les manifestants afin qu’ils ne puissent pas en échapper. Ils sont ensuite arrêtés en masse pour avoir refusé de se disperser.

Presque un jour après le rassemblement de masse, la police a refusé de divulguer des informations sur combien de personnes arrêtées restaient en détention. Les manifestants ont critiqué le service de police pour avoir gardé plusieurs personnes en prison pendant plus de 24 heures, même s’ils n’avaient été accusés que d’infractions mineures, principalement parce qu’ils ne se dispersaient pas.

Sans être découragées par des pluies intermittentes et une forte présence policière, des centaines de personnes se sont rassemblés à l’extérieur de la prison de la ville de Saint-Louis lundi soir pour se solidariser avec ceux qui restèrent derrière les barreaux. Ils ont chanté : « Libérez les nôtres ! » à l’extérieur de la prison.

Des dizaines de vidéos sur les médias sociaux ont émergé tout au long de la semaine, montrant des policiers anti-émeutes qui attaquaient des foules de manifestants non armés de tous âges et groupes ethniques, avec du gaz lacrymogène et du gaz poivré.

La situation est si tendue que la maire démocrate, Lyda Krewson, a annulé les réunions de la mairie prévue pour mardi et jeudi soir. Dans un communiqué, elle a déclaré que les commentaires qui auraient été normalement entendus lors des réunions de la mairie « se déroulent actuellement dans les rues, dans ma boîte aux lettres et dans les médias sociaux en ce moment ».

Alors que la déclaration de Krewson contenait une menace peu crédible d’enquêter sur les tactiques d’intimidation utilisées par les policiers contre les manifestants pacifiques, elle a permis à la police de fonctionner comme elle l’entend. En fait, Krewson a félicité la police pour avoir fait un « excellent travail » lors des manifestations.

Krewson a continué à être un partisan affiché de la police. « Franchement, je ne pense pas que ces deux positions soient dichotomiques », a-t-elle déclaré au New York Times. « Il ne devrait pas être difficile de comprendre ce que disent les manifestants et aussi en même temps de soutenir l’application de la loi ».

Les troubles ont commencé vendredi après que le juge du Circuit de Saint-Louis, Timothy Wilson, a déclaré le policier Jason Stockley, 36 ans, « non coupable » de meurtre au premier degré et d’usage criminel d’une arme dans le meurtre d’Anthony Lamar Smith, 24 ans, malgré les preuves écrasantes du meurtre et des preuves ADN que Stockley a dissimulé des preuves sur la scène du crime.

Immédiatement après l’annonce du verdict « non coupable », des foules de plus de cinq cents personnes se sont rendues dans les rues. Au cours du week-end, le nombre de manifestants s’est élevé à environ mille à leur point culminant. Les manifestations se sont répandues dans toute la ville et dans la banlieue, y compris des marches de centaines de personnes dans deux centres commerciaux locaux. Lundi, plus de cent élèves du secondaire ont quitté les cours et ont organisé un rassemblement dans la banlieue de Kirkwood. Deux cent cinquante autres étudiants ont protesté à l’école secondaire de Webster Groves.

Les responsables locaux ont offert leur soutien total au service de police grâce à leurs comptes Twitter et Facebook.

Le gouverneur de Missouri, Eric Greitens, un Démocrate devenu Républicain et ancien des Navy Seals (forces d’opérations spéciales), a précisé qu’il ne tolérerait aucune perturbation. Dans un article sur Facebook publié le dimanche, il a écrit : « Par le passé, nos dirigeants ont laissé les gens briser les fenêtres, piller, et allumer des incendies. Ils les ont laissés le faire. Mais pas cette fois-ci. » Greitens a critiqué publiquement l’approche de son prédécesseur à propos des manifestations qui ont suivi le meurtre de Michael Brown par des policiers en 2014 à Ferguson, dans le Missouri.

Lors d’une conférence de presse le mois dernier, Greitens a cité Ferguson comme une raison pour avoir plus de policiers pour patrouiller Saint-Louis. Il a dit que depuis Ferguson, la police « n’a pas eu l’impression d’avoir été aidée à patrouiller et à “maintenir la paix” ».

Les préoccupations de Greitens pour le bien-être des policiers sont difficiles à digérer. Dans les trois années écoulées depuis le meurtre de Michael Brown à Ferguson, dans le Missouri, plus de 3000 personnes aux États-Unis ont perdu la vie à cause de la violence policière. Aucun agent, y compris celui qui a tué Brown, n’a été tenu responsable par l’Administration Obama pour les milliers de meurtres de la police menés sous sa présidence, une tendance qui se poursuivra sous Trump.

Les agents de police ont reçu une immunité globale par les plus hauts niveaux de l’establishment politique pour terroriser les communautés pauvres et ouvrières pendant des décennies.

Jusqu’au 18 septembre, 860 personnes ont été tuées par la police en 2017, soit 13 de plus que la même période l’année dernière. Au moins onze personnes ont été tuées par la police à l’échelle nationale depuis le verdict de l’affaire Stockley le vendredi 15 septembre. Trois personnes ont été arrêtées lundi soir lors d’une manifestation contre le meurtre de Scout Schultz, un étudiant blanc de Georgia Tech de 21 ans.

Les événements qui se déroulent à Saint-Louis sont représentatifs des tensions croissantes entre la classe dirigeante et les masses de travailleurs aux États-Unis et dans le monde entier. Aujourd’hui, vingt personnes possèdent plus de richesses que la moitié la plus pauvre des Américains. Ceux qui vivent dans des communes riches vivent jusqu’à 16 ans de plus que leurs voisins dans des régions pauvres. Les niveaux d’inégalité sans précédent ont créé une situation insoutenable et la classe dirigeante américaine le sait.

Les manifestations naissantes contre les attaques sur la classe ouvrière – à propos de la violence policière, des droits des immigrants et des soins de santé – ne sont qu’un prélude aux bouleversements sociaux massifs. Ces luttes rencontreront une répression violente par la classe dirigeante qui utilisera le cadre d’un état policier, établi par l’Administration Obama, pour défendre leurs richesses, leurs pouvoirs et leurs privilèges.

La criminalité et l’absence de scrupules de la classe dirigeante sont incarnées dans la présidence de Donald Trump, qui a favorisé avec zèle la police et les forces militaires depuis son arrivée au pouvoir.

(Article paru d’abord en anglais le 20 septembre 2017)