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WSWS : Nouvelles et analyses : Europe

Le sÚnat franšais adopte le projet de loi sur l'interdiction du port de la burqa

Par Kumaran Ira
24 septembre 2010

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Le 14 septembre, le Sénat français a adopté le projet de loi interdisant dans tout l’espace public le port du voile intégral, comme la burqa ou le niqab, qui sont portés par certaines femmes islamiques. La loi a été adoptée à une majorité écrasante de 246 contre une.

La décision du gouvernement conservateur du président Nicolas Sarkozy d’interdire la burqa et qui est soutenue par l’ensemble de l’establishment politique fait partie d’une attaque grandissante contre les droits démocratiques et est une violation du principe de l’Etat de droit.

Le vote du Sénat d’interdire la burqa a été éclipsé dans la presse par le conflit qui a surgi la semaine dernière entre Sarkozy et des responsables de l’Union européenne au sujet de la déportation ciblée de Roms. La commissaire européenne à la Justice, Viviane Reding, avait critiqué la politique de Sarkozy contre les Roms comme une « discrimination basée sur l’origine ethnique ou la race. »

En dressant implicitement un parallèle avec les déportations de Roms par la France durant l’occupation nazie, elle a ajouté : « Je pensais que l’Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après la Seconde Guerre mondiale. »

Comme il est maintenant évident, l’interdiction du port de la burqa était le moyen politique pour opérer un brusque tournant dans la politique officielle française vers des mesures sécuritaires fascistes et de nettoyage ethnique.

Selon la loi, les femmes portant une burqa ou un niqab en France se verront infliger une amende de 150 euros et seront obligées de suivre des cours de citoyenneté. Toute personne suspectée de contraindre une femme à porter le voile intégral sera passible d’une amende de 30.000 euros et d’un an de prison.

Le seul vote contre l’interdiction de la burqa a été celui du sénateur de droite, Louis Giscard d’Estaing. C’est ce qui souligne la duplicité de la « gauche » bourgeoise – notamment le Parti socialiste (PS) et le Parti communiste (PCF) – en ce qui concerne l’interdiction de la burqa de Sarkozy. Sur les 116 sénateurs PS, 46 ont voté pour l’interdiction et les autres se sont abstenus. Le parti avait officiellement applaudi le principe d’une interdiction totale, mais avait émis certaines réserves quant à la constitutionnalité de la loi.

Les responsables français ont cyniquement affirmé que l’interdiction de la burqa représentait une défense des droits de la femme et de la laïcité en opposition au fondamentalisme islamique. En présentant la loi, la ministre française de la Justice, Michèle Alliot-Marie, a déclaré de façon grandiloquente, « Vivre la République à visage découvert, c’est une question de dignité et d’égalité. C’est une question de respect de nos principes républicains. »

Elle a ajouté, « Le voile intégral dissout l’identité d’une personne dans celle d’une communauté. Il remet en cause le modèle d’intégration à la française, fondé sur l’acceptation des valeurs de notre société. »

Les commentaires d’Alliot-Marie représentent en fait une répudiation du principe de laïcité. Loin de faire respecter la neutralité de l’Etat sur les questions religieuses, le gouvernement Sarkozy oblige les femmes à abandonner leurs pratiques religieuses en adoptant certaines coutumes sociales pour avoir le droit de sortir de chez elles. Ce ciblage d’une infime minorité de femmes portant la burqa, environ 2 000 sur les millions de femmes musulmanes vivant en France, est un effort conscient pour attiser un sentiment raciste anti-musulman dans le but de détourner l’attention du mécontentement grandissant au sein de la classe ouvrière.

Le Conseil de l’Europe et Amnesty International ont critiqué le projet de loi en disant que l’interdiction « viole les droits à la liberté d’expression et de religion des femmes. »

Dans une reconnaissance implicite du caractère extra-légal de l’interdiction, les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale (la chambre basse) ont soumis la loi au Conseil constitutionnel après le vote au Sénat. Ils ont expliqué que la raison en étant « que sa conformité à la Constitution ne puisse être affectée d’aucune incertitude. »

Il est bien connu que l’interdiction de la burqa est inconstitutionnelle. En mars, le Conseil d’Etat avait émis un avis en reconnaissant que l’interdiction du voile intégral « ne pourrait trouver aucun fondement juridique incontestable ».

Avec l’approbation de la loi par le Sénat, la France devient l’un des premiers pays en Europe à adopter une interdiction de la burqa. Elle avait été adoptée à une écrasante majorité à l’Assemblée nationale en juillet et entrera en vigueur au printemps prochain.

Des lois similaires interdisant la burqa sont en préparation partout en Europe. En Italie, la Ligue du Nord — partenaire de coalition du gouvernement Berlusconi — a annoncé le 17 septembre qu’elle présenterait une copie de l’interdiction française au parlement italien. Marco Reguzzoni, dirigeant du groupe parlementaire de la Ligue du Nord a déclaré, « Nous voulons renforcer l’initiative française. »

En avril, la chambre basse du parlement belge a approuvé une interdiction totale du port de la burqa sous peine d’une amende de 25 euros et de sept jours d’emprisonnement. Toutefois, en raison de la dissolution du parlement peu de temps après le vote et du fait qu’aucun gouvernement n’a été formé depuis, la loi n’est pas entrée en vigueur.

Le PS, le PCF et les partisans du PS issus de la classe moyenne, tel le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) soi-disant de gauche, ont joué un rôle crucial dans la promotion de la campagne antidémocratique de Sarkozy.

A l’origine, la proposition d’interdire la burqa était venue d’André Gerin, député PCF. Après que Sarkozy avait déclaré le même mois lors d’une réunion parlementaire que la burqa n’était « pas la bienvenue sur le territoire de la République », il avait créé une commission d’enquête parlementaire pour réfléchir à la question d’imposer une interdiction. Gerin a dirigé la commission et le PS y a participé.

La campagne anti-burqa a créé un précédent pour Sarkozy en lui permettant d’appliquer d’autres attaques réactionnaires d’abord contre les immigrés et finalement contre l’ensemble de la classe ouvrière. Peu de temps après avoir lancé la chasse à la burqa, Sarkozy a entamé une campagne sur « identité nationale » afin de faire appel au sentiment néofasciste et nationaliste.

Lorsqu’une jeune femme française a protesté pour avoir été arrêtée au printemps dernier alors qu’elle circulait au volant de sa voiture en portant un niqab, le gouvernement Sarkozy a rétorqué en menaçant de priver son mari de sa nationalité française et en l’accusant de polygamie et de fraude aux aides sociales. (Voir : France: Le gouvernement s'acharne sur le compagnon d'une femme portant le niqab)

C’est ce qui a marqué le prélude à un assaut plus général contre les droits démocratiques y compris la menace de déchoir de la nationalité française les citoyens naturalisés ayant été coupables de violences contre des forces de l’ordre ou des fonctionnaires. Cette politique visait à réprimer la résistance populaire contre les violences policières dans les banlieues défavorisées en France et où vivent les immigrés.

D’autres attaques du gouvernement à l’encontre de la population laborieuse comprennent la suppression des allocations familiales pour les familles dont les enfants font l'école buissonnière et le fait de rendre pénalement responsables les parents de mineurs présumés délinquants.

En dehors du Comité international de la Quatrième Internationale et le World Socialist Web Site aucun parti ou publication ne met en garde les travailleurs contre les dangers que pose la campagne anti-burqa.

Le PS et le PCF en sont activement complices. Le NPA tout en émettant des critiques ambiguës à l’égard de la mesure, a soutenu le principe de l’interdiction sur la base de la défense des droits de la femme tout en occultant le contenu antidémocratique de la mesure.

Au printemps dernier, Le Parisien a demandé au porte-parole du NPA, Olivier Besancenot si « une amende de 150 euros pour punir le port du voile dans l’espace public » était « juste ». Besancenot a répondu : « le problème n’est pas l’amende, mais l’utilisation politicienne qui en est faite. La burqa opprime les femmes, mais toute loi serait inefficace et injuste. Qui seraient les grands gagnants ? Les plus extrémistes à droite et les intégristes religieux. Les perdants, ce sont les 4 millions de musulmans qui vivent en France et qui se sentent stigmatisés. »

Besancenot a indiqué qu’il n’avait aucune objection de principe contre l’interdiction, mais seulement une objection tactique.

En janvier, le WSWS écrivait: « Présentés au mépris de l’opinion publique et de la constitution, les préparatifs à l’institutionnalisation d’une discrimination d’Etat contre certaines formes d’expression religieuse musulmane marquent une orientation vers des formes de gouvernement ouvertement antidémocratiques. »

Cette analyse a été totalement confirmée par les événements qui s’en sont suivis, et particulièrement la chasse aux sorcières raciste contre la population rom en France.

(Article original paru le 20 septembre 2010)

Voir aussi:

La campagne contre la burqa marque un tournant anti-démocratique en France [20 janvier 2010]

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