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WSWS : Nouvelles et analyses : Asie

Des tensions sino-japonaises ont surgi au sujet des petites îles contestées de Diaoyu

Par John Chan
27 septembre 2010

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De fortes tensions diplomatiques sont survenues entre le Japon et la Chine après que deux navires garde-côtes japonais sont entrés en collision le 7 septembre avec un bateau de pêche chinois au large des eaux des îles contestées de Diaoyu (appelées Senkakus au Japon). Les deux gouvernements ont adopté une attitude particulièrement dure en insistant pour dire que leur souveraineté sur les îles était « indiscutable » ou « indéniable. »

Le gouvernement japonais a arrêté de façon provocatrice le capitaine et 14 membres de l’équipage du petit chalutier de 166 tonnes et qui ont été emmenés à Okinawa. Tokyo a déposé une plainte auprès de l’ambassade de Chine au Japon contre les activités du chalutier en eaux japonaises. En dépit des protestations de Beijing, un tribunal japonais a ordonné la détention du capitaine du navire Zhan Qiziong qui est accusé d’être entré volontairement en collision avec le navire de patrouille japonais. Il risque une peine d’emprisonnement allant jusqu’à trois ans.

La Chine a envoyé des navires des autorités de pêche dans le secteur controversé. Tokyo a émis samedi dernier une nouvelle protestation en affirmant que le bateau chinois avait tenté d’arraisonner un navire garde-côte japonais à 280 kilomètres au nord-ouest de l’île japonaise d’Okinawa.

Beijing a exigé que Tokyo libère Zhan Qiziong et cesse son « interception illégale » de navires dans les « eaux chinoises ». L’ambassadeur japonais en Chine, Uichiro Niwa, a été convoqué quatre fois par des responsables chinois – la dernière fois par le conseiller d’Etat Dai Bingguo, dont le rang hiérarchique correspond à celui de vice-premier ministre. Selon les médias chinois, Dai a dit à Niwa que Tokyo ne devait pas « sous-évaluer les circonstances et [devait] prendre la décision politique judicieuse » de libérer les pêcheurs. Les membres de l’équipage ont tous été libérés hier, à l’exception du capitaine.

Selon les garde-côtes japonais, il y a une présence accrue de bateaux de pêche chinois dans ou près des eaux contestées depuis la mi-août. Le jour de la présumée collision, le Japon a affirmé que 160 bateaux de pêche chinois avaient été observés dans la région, dont 30 se trouvaient dans ses eaux territoriales – à 22 kilomètres de Diaoyu.

La querelle au sujet de Diaoyu – un groupe de petites îles situées entre Taïwan et Okinawa – s'est intensifiée au cours de la dernière décennie. Le gouvernement japonais, tout comme le gouvernement chinois, s’est servi de la question pour attiser le nationalisme et pour justifier leur réarmement militaire respectif. Les désaccords se sont compliqués davantage en raison de points de vue différents quant à la définition des eaux territoriales dans la Mer de Chine orientale. Ce qui est en jeu, ce sont des ressources d’énergie sous-marines potentiellement importantes tout comme des secteurs de pêche.

Cette récente montée de tension est cependant liée à des rivalités plus générales ne comprenant pas seulement la Chine et le Japon, mais aussi les Etats-Unis. Ces derniers mois, le gouvernement Obama a défié de manière provocatrice les revendications maritimes de la Chine en Mer de Chine méridionale ainsi que celles dans les eaux près de la péninsule coréenne. En juillet, à l’occasion d’un forum de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) à Hanoï, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, a affirmé pour la première fois que les Etats-Unis avaient un « intérêt national » à ce que la « liberté de navigation » soit garantie dans la Mer de Chine méridionale. Beijing a déclaré aux Américains que la zone maritime constituait pour la Chine l’un des « intérêts de base » au même titre que Taïwan et le Tibet.

Le gouvernement Obama est également déterminé à maintenir son énorme base aérienne militaire à Okinawa qui est stratégiquement située au large du territoire chinois. Le Parti démocratique du Japon (DPJ) au pouvoir a été obligé de laisser tomber une promesse faite lors des élections de septembre dernier de fermer la base d’Okinawa. Après avoir cédé aux exigences américaines, Yukio Hatoyama a démissionné de son poste de premier ministre ouvrant la voie à Naoto Kan qui lui a succédé en juin.

Depuis son arrivée au pouvoir, Kan s’est rangé du côté des Etats-Unis et adopté une attitude plus dure face aux conflits territoriaux avec la Chine. Malgré les objections chinoises, les Etats-Unis et la Corée du Sud ont effectué des manœuvres navales conjointes dans la mer du Japon en réaction à l’implication présumée de la Corée du Nord dans le naufrage du bateau de guerre sud-coréen, le Cheonan, en mars. Kan a expédié péremptoirement trois officiers de marine pour participer aux manœuvres. Toujours en juillet, Tokyo avait annoncé des projets d’agrandir la flotte sous-marine japonaise pour la première fois depuis 1976 afin de contrer la « menace navale chinoise ».

Le mois dernier, le gouvernement Kan a prévu d’effectuer le listage de 25 petites îles se trouvant en dehors du principal archipel japonais comprenant Diaoyu/Senkaku comme « propriété nationale ». Le communiqué a explicitement souligné que les îles et leurs ressources sous-marines minérales et de pêche appartenaient « exclusivement » au Japon. Bien que cela n’a pas encore été confirmé officiellement, les médias japonais ont également rapporté que Tokyo organisera des exercices militaires conjoints de grande ampleur avec les Etats-Unis en se concentrant sur la « conquête d’îles ».

Vendredi dernier, le gouvernement a publié son Livre blanc sur la Défense mettant en garde contre les activités navales accrues de la Chine, y compris celles « dans les eaux près du Japon ». Il a émis des préoccupations concernant le fait que les dépenses militaires de la Chine avaient quadruplé au cours de la dernière décennie tandis que celles du Japon avaient diminué de 4 pour cent en raison de la croissance molle de l’économie. Dans sa conclusion, le document constate que le Japon a besoin de l’armée américaine pour son effet dissuasif à l’égard de la Chine.

Les relations du Japon avec la Chine sont un élément significatif dans la décision d’Ichiro Ozawa de défier Kan aujourd’hui à la direction du DPJ et de ce fait d’être candidat au poste de premier ministre. Ozawa a réclamé une reprise des négociations avec Washington au sujet de la base à Okinawa et a proposé une politique étrangère plus indépendante qui n’est pas alignée aussi étroitement sur les Etats-Unis. Il a exigé de meilleures relations avec la Chine.

L’attitude d’Ozawa reflète les préoccupations grandissantes au sein de l’élite patronale du Japon, à savoir que le soutien de Tokyo pour une politique plus agressive de Washington ne détériore les relations économiques avec la Chine, premier partenaire commercial du Japon. Le commerce entre la Chine et le Japon a atteint l’année dernière 238,7 milliards de dollars et pourrait atteindre 300 milliards de dollars cette année.

La Chine adopte aussi une attitude dure au sujet de Diaoyu et de l’interpellation du capitaine du chalutier. A Beijing, quelques dizaines de manifestants se sont rassemblés la semaine dernière et lundi devant l’ambassade du Japon. Pour le moment, le gouvernement chinois contrôle les manifestations, y compris un projet de nationalistes viscéraux de Hong Kong et de Macao de s’installer sur les petites îles et d’en proclamer la souveraineté territoriale de la Chine.

Mais le régime chinois pourrait facilement déclencher de répugnantes protestations anti-japonaises comme ce fut le cas en 2005 lorsque des manifestants avaient attaqué des entreprises et des personnes japonaises. Durant ces vingt dernières années, le Parti communiste chinois a sciemment promu le nationalisme, notamment le chauvinisme anti-japonais afin de détourner l’attention des tensions sociales grandissantes existant à l’intérieur du pays. Ce faisant, il fait porter à l’ensemble du peuple japonais la responsabilité des crimes du militarisme japonais durant les années 1930 et 1940 en encourageant délibérément les antagonismes à l’égard de ce que l’élite dirigeante chinoise considère comme l’un de ses principaux concurrents en Asie.

Juste avant l’incident naval survenu la semaine passée, tous les neuf cadres dirigeants chinois, dont le président Hu Jintao, ont assisté à la célébration publique de l’anniversaire de la défaite du Japon lors de la Seconde Guerre mondiale qui a eu lieu dans le Musée de la Guerre de résistance du peuple chinois contre l’agression japonaise.

Un commentaire publié aujourd’hui dans le Global Times, journal sous le contrôle de l’Etat, en a appelé au gouvernement pour envisager des « mesures de représailles plus sévères » si le Japon n’acceptait pas de libérer le capitaine du chalutier chinois. « Le Japon ne s'est peut-être pas encore rendu compte de combien il avait à perdre en raison de ses actions », a-t-il déclaré en faisant allusion au fait que le Japon dépend des marchés d’exportation de la Chine. En se référant aux élections pour la direction du DPJ, il a conclu : « Peu importe qui l’emportera, le dirigeant japonais devra faire face au fait que le Japon ne peut intimider ou contrarier la Chine sans que cela entraîne de sérieuses conséquences. »

Quelle qu'en soit l’issue, l’incident de la semaine passée près de Diaoyu montre clairement le potentiel pour une dangereuse confrontation en Asie du Nord-Est au fur et à mesure que s’intensifie la rivalité entre les grandes puissances impliquant les Etats-Unis, la Chine et le Japon.

(Article original paru le 14 septembre 2010)

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